Malgré un semblant d’accalmie, la Tunisie n’est pas sortie de la spirale de l’instabilité. Car, si des avancées ont été enregistrées sur le terrain sécuritaire, l’horizon politique, lui, semble être bouché.

Pour la première fois depuis l’assassinat du député Mohamed Brahmi le 25 juillet dernier, les politiques semblent vouloir faire un geste vers une sortie de crise. Le président de l’Assemblée nationale constituante, Mustapha Ben Jaafar, a en effet annoncé la suspension des Travaux de l’Assemblée «jusqu’à l’entame d’un dialogue sérieux» entre les différentes parties politiques de la crise.

Ben Jaafar, leader du parti socialiste Ettakatol, esquisse par sa décision un geste d’apaisement et une éventuelle sortie de crise. «C’est une fissure remarquable, nous enregistrons ce pas positif» , réagissait juste après l’annonce le député du parti Nida Tounes Khemais Ksila, l’un des 60 élus qui se sont «retirés» de l’Assemblée depuis près de deux semaines. Ben Jaafar a enfin eu l’humilité d’écouter et de suspendre cette mascarade.»

En revanche, les partisans de la légitimité de l’Assemblée ont tenu une séance plénière en l’absence des députés «retirés», qu’ils se bornaient à appeler à rejoindre les rangs de l’hémicycle. «Nous sommes ouverts au dialogue, mais il ne doit pas y avoir de condition préalable», a répété Sahbi Atig, chef de file des élus Ennahda, citée par Libération. Alors que Tahar Hmila, ex-membre du parti du président Marzouki, lançait : «Le lieu naturel d’un élu est dans cet hémicycle, mais s’il va dans la rue et veut devenir un citoyen ordinaire, alors il peut être frappé par les policiers et ce n’est pas injuste.»

La rue toujours occupée

Dans les rues, les deux clans qui se disputent la « légitimité » campent sur leurs positions. Les partisans et adversaires du triumvirat au pouvoir sont toujours dans les places publiques pour réclamer « le respect de la légitimité » pour les premiers et « le départ du gouvernement » pour les seconds.

Sur le terrain purement sécuritaire, les autorités tunisiennes sont en recherche d’un coup de massue qu’il faut donner aux groupes terroristes. Mais en l’absence d’une expérience locale, les Tunisiens s’orientent vers leurs voisins, notamment l’Algérie. Le ministre tunisien des Affaires étrangères a passé deux jours à Alger pour chercher « une coopération » dans le domaine de la lutte contre le terrorisme.

Le retour en arrière est-il maintenant possible en Tunisie ? Tous les pronostics sont désormais ouverts !

Essaïd Wakli