« Il faut avoir le courage de reconnaître que le système de santé publique en Algérie est en dégradation avancée, et il faut absolument réagir au plus vite », a déclaré hier le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, M. Bekkat Berkani Mohamed, au micro de la Chaîne 3.En effet, le président du Conseil, tout en mettant en exergue le caractère dominant du système de santé publique, par «choix politique», a souligné la «nécessité d’une politique nationale d’accès de la population à des soins de qualité, sur la base d’une réforme globale du système de santé et du contrôle strict des ressources financières qui lui sont allouées», a-t- il déclaré.

Estimant que les «solutions idoines existent», le Dr Bekkat Berkani a plaidé pour un rattrapage rapide des retards accusés dans la mise à niveau des infrastructures hospitalières, notamment dans certaines régions du pays où la couverture sanitaire et médicale «accuse un déficit flagrant». Insistant sur l’état de dégradation du système de santé publique, l’invité de la Chaîne 3, dans un véritable réquisitoire, a reconnu qu’il était «très difficile aux Algériens d’accéder aux soins dans les hôpitaux publics, notamment pour certaines pathologies lourdes comme le cancer ».

Au sujet de la surcharge que vivent les centres hospitaliers installés dans les grandes villes du nord du pays, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins a imputé cela à ce qu’il a appelé «le manque de confiance des Algériens dans les structures publiques de santé de proximité».

Et ce qui rend, justement, la réforme hospitalière en cours des plus décisives selon le Docteur Bekkat, c’est «justement le manque de dotations financières au profit du secteur de la Santé, l’insuffisance de formation et d’encadrement du personnel médical et paramédical, l’évolution de la taille de la population en parallèle aux maladies qui, elles-mêmes, connaissent une transition épidémiologique ».

Plaidant pour une véritable feuille de route pour le secteur de la Santé en Algérie, l’invité de Souhila El Hachemi a souligné «l’urgence de consulter l’ensemble des acteurs impliqués dans ce segment stratégique dans la vie nationale, et arriver à dégager des solutions consensuelles pour lutter contre la situation, devenue franchement délétère, dans les établissements publics de santé».

Estimant que la dotation à hauteur de 5% du PNB au secteur de la santé n’est pas «suffisante», comparé d’abord à l’embellie financière que connaît l’Algérie, mais aussi à des pays comme la Tunisie (7%), la France (12%), M. Bekkat Berkani a estimé que l’évolution des techniques médicales de plus en plus modernes et le surenchérissement des soins et des médications pour certaines pathologies complexes exigent que l’allocation de ressources financières « soit plus importante au profit du secteur de la santé, qui sous-tend l’avenir du pays en entier. »

Partant du principe que le système de santé publique a montré ses limites, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins a appelé à décharger l’administration hospitalière de services annexes à la santé proprement dite, en faisant contribuer financièrement le malade à certaines «prestations logistiques comme la blanchisserie, la restauration….» «quitte à faire participer le privé pour externaliser certaines prestations médicales qui grèvent inutilement le budget des hôpitaux».

«LA CNAS DOIT SE RAPPROCHER DU PRIVÉ»

La dégradation de la qualité des soins dans les structures de santé publique comme le manque de prise en charge médicale, l’absence d’hygiène, le manque de personnel qualifié, le nombre inquiétant d’erreurs médicales (plus de 100 plaintes par an), l’indisponibilité des médicaments, a «amené un grand nombre d’Algériens à se ruer sur les cliniques privées qui ne sont pas exemptes de tout reproche, loin s’en faut», a reconnu M. Bekkat Berkani, ajoutant que le secteur privé dans le domaine de la santé s’est «développé de façon anarchique pour combler le vide laissé par un secteur public défaillant ».

Répondant à une question sur la tarification, jugée excessive, appliquée dans le secteur privé, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins a imputé cette «anarchie au manque d’engagement de la Cnas dans le système de contractualisation et de conventionnement avec le secteur privé, sachant très bien que cette institution de protection sociale est ellemême un des organes du système de solidarité nationale».

La fuite des médecins algériens à l’étranger, la révision du cadre juridique et réglementaire régissant les structures privées de santé, dont «certaines versent carrément dans le business», le contrôle à posteriori qui doit être appliqué à ces structures privées, surtout par rapport au respect rigoureux du cahier des charges, la formation des médecins et leur nombre «satisfaisant» comparé aux normes OMS, les disparités dans l’affectation des médecins spécialistes au détriment de certaines régions du pays, l’incohérence du service civil que les praticiens de la santé «sont les seuls de toutes les corporations a y être assujettis», le plan anti-cancer et nombre inquiétant de cas en Algérie (plus de 40.000 par an), la médecine gratuite «dépassée par le temps», et les résultats attendus de la nouvelle carte sanitaire sont les autres points que le Dr Bekkat a abordé sur les ondes de la Chaîne3.

Lu sur Presse-dz.com