Chakib Khelil : La Justice Suisse Répond à l’Appel de l’Algérie

0
Chakib Khelil : La Justice Suisse Répond à l’Appel de l’Algérie

L’Algérie, en quête de justice et de recouvrement des biens détournés, s’est tournée vers la Suisse pour traquer deux anciens ministres du régime d’Abdelaziz Bouteflika, Abdeslam Bouchouareb et Chakib Khelil, accusés de corruption. Cependant, les réponses de la Confédération suisse à ces demandes d’entraide judiciaire ont été diverses, révélant ainsi les complexités d’une quête pour mettre fin à la corruption.

La Promesse d’Abdelmadjid Tebboune

Lors de sa campagne électorale, Abdelmadjid Tebboune avait promis de récupérer les biens détournés par les responsables politiques et les hommes d’affaires du régime Bouteflika. Une promesse qui avait soulevé des doutes, mais qui était porteuse d’espoir pour un pays fatigué de la corruption et des scandales financiers.

Quatre ans après son accession au pouvoir, le bilan du président Tebboune est contrasté. Les libertés civiles et la liberté d’expression demeurent encadrées, mais la promesse anticorruption a progressé, visant principalement les personnalités politiques et les hommes d’affaires les plus exposés.

Les Cibles : Abdeslam Bouchouareb et Chakib Khelil

Abdeslam Bouchouareb, ancien ministre de l’Industrie, avait été éclaboussé en 2016 par les Panama Papers, révélant sa société offshore panaméenne et ses transactions bancaires à Genève pendant son mandat. Chakib Khelil, ex-ministre de l’Énergie et président de la société pétrolière nationale Sonatrach, était quant à lui accusé de corruption depuis 2013.

En 2020 et 2021, peu après l’arrivée au pouvoir du président Tebboune, les autorités algériennes ont adressé des demandes d’entraide à la Suisse pour saisir les avoirs des deux anciens ministres.

La Demande d’Entraide pour Abdeslam Bouchouareb

La demande d’entraide visant Abdeslam Bouchouareb a été déposée en juin 2020 et a été révélée par un arrêt du Tribunal pénal fédéral (TPF) en octobre 2023. Cette demande est liée à un projet de construction d’un barrage qui aurait nécessité l’importation de canaux en acier. Cette transaction aurait été surfacturée pour verser des commissions de 11,5 millions de dollars au ministre et à son partenaire, Ali Haddad.

Les Panama Papers avaient également révélé que les sociétés offshore d’Abdeslam Bouchouareb et Chakib Khelil étaient gérées par le même intermédiaire français, G.F*. Près de 1,7 million de dollars ont été séquestrés à Genève dans le cadre de cette entraide.

Abdeslam Bouchouareb a été condamné à 100 ans de prison en Algérie dans plusieurs affaires, ce qui en fait l’ancien cacique le plus lourdement condamné de l’ère Bouteflika. Actuellement en fuite, son lieu de résidence est inconnu, et un mandat d’arrêt international pèse sur lui.

La Demande d’Entraide pour Chakib Khelil

En revanche, la demande d’entraide visant Chakib Khelil n’a pas été acceptée par la Suisse. L’Office fédéral de la justice (OFJ) a considéré que cette requête était irrecevable en raison de son non-respect des exigences du droit suisse. Le gouvernement algérien a été prié de fournir des informations complémentaires, mais les réponses sont restées en suspens.

Le Bilan de la Quête Anticorruption

Le gouvernement algérien affirme avoir récupéré 4 milliards d’euros de biens mal acquis auprès d’anciens responsables. Cependant, la quête anticorruption du président Tebboune s’est principalement concentrée sur une poignée de personnalités trop exposées pour être sauvées.

Abdeslam Bouchouareb et Chakib Khelil étaient déjà marginalisés par le pouvoir avant l’arrivée du nouveau président, symbolisant ainsi la chute du régime Bouteflika.

Les Avocats de la Défense

Abdeslam Bouchouareb était représenté en Suisse par les avocats Benjamin Borsodi et Charles Goumaz du cabinet Schellenberg Wittmer, mais ils ont refusé de faire des commentaires.

Chakib Khelil, quant à lui, est en fuite et n’a pas pu être contacté pour une prise de position. Condamné par contumace à 20 ans de prison pour corruption en Algérie en janvier 2023, sa situation juridique demeure complexe.

La Quête Continue

La quête de l’Algérie pour mettre fin à la corruption et récupérer les biens détournés se poursuit, malgré les obstacles et les réponses diverses de la Suisse. Abdeslam Bouchouareb et Chakib Khelil demeurent des figures emblématiques de cette lutte anticorruption, symbolisant une époque révolue de la politique et des affaires en Algérie.

Alors que l’Algérie s’efforce de tourner la page sur son passé de corruption, la route vers la transparence et la justice reste semée d’embûches. La quête continue, et le monde observe avec attention les développements de cette lutte acharnée contre la corruption politique et économique.

Article précédentScandale dans la Ligue 1 Mobilis : Suspensions des Présidents de l’USS et de l’USB
Article suivantMémoire algéro-française : L’Écriture Commune de l’Histoire, Entre Enjeux et Désaccords