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Par Saâd Doussi

Je vous l’avais dit, je vous ai prévenu, hurlant à pleins poumons, perché de la fenêtre de cet espace, que le changement c’était pas pour demain, ni pour aujourd’hui tant qu’on y est. Que les élections c’étaient de la poudre de perlimpinpin pour une démocratie ta3 z3aga. Que cette campagne était pour amuser la galerie et faire semblant devant les étrangers. Que nos députés étaient des marionnettes grassement payées à ne rien faire, à s’engraisser et lever leurs dix doigts.

Je l’avais écrit parce que c’est écrit que la logique doit être respectée. Les législatives du 10 mai ont été fidèles à tous les scrutins que l’Algérie a mâché et recraché, frères dans les résultats et un copier-coller dans   la manière de les traiter. Les urnes ont été d’une implacable logique, obéissant à un rituel séculaire gravé dans les génomes de ce pouvoir qui n’en finit plus de se recréer, de se recycler, se divisant pour mieux se reproduire. Un système ventouse qui s’accroche à la peau d’un pays en suçant la moelle épinière de son peuple.

Un système qui s’ingénie à transgresser toutes les lois divines et humaines pour s’inscrire dans la durée, au moins jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien qui en vaille la peine sur cette terre des hommes libres. Le 10 mai a consacré la continuité avec les mêmes gueules, les vieux réflexes staliniens, les mêmes mentalités de rapine. La fraude tout le monde en parle, tout le monde en a été victime, le peuple algérien en premier, mais selon la version officielle, relayée par des touristes électoraux en guise de gardes chiourmes des urnes, « les élections se sont déroulées dans la transparence la plus totale ». Rhétorique digne des heures les plus noires du parti unique, de la télé unique, de la pensée unique. Des années plus tard, un 05 octobre consommé et des émeutes en boucle, qu’est ce qui reste ? Ou plutôt qu’est-ce qui a changé ? Rien. Des télés uniques, pensée unique, parti unique qui a accouché de sigles creux uniques, le pays vit dans un immobilisme mortel, fonctionnant au ralenti, vivant dans une bulle vide et inutile.

Pire, le 10 mai, on a fait faire à l’Algérie un bond en arrière de plusieurs années où les apparatchiks du FLN possédaient le pays, eux et leurs familles, en toute impunité. A croire les partis qui ont participé à ces élections, la fraude a été totale. Massive. Incontrôlable. Inhumaine. Impitoyable. Et pourquoi elle ne le serait pas. Le contraire m’aurait étonné et l’étonnement des gens encore plus. Comment demander à des hommes qui ont de tout temps triché, fraudé, manipuler et tuer de changer du jour au lendemain pour devenir des modèles de vertu. Des défenseurs de la république et de la démocratie. Comment croire en des gens qui n’ont pas hésité à mettre l’Algérie à feu et à sang, pour conserver le pouvoir et se le léguer entre eux. Djaballah, le chef d’un parti islamiste avait déclaré, quelques heures avant le début de la campagne électorale, qu’il y aurait fraude mais qu’il allait quand même participer. Les résultats affichés, il crie au scandale.

Cheh, bien fait pour vos gueules, puisque vous étiez au courant pourquoi alors avoir cautionné cette mascarade. Pourquoi faire semblant qu’il existe un semblant de démocratie dans un pays gouverné par des septuagénaires. Bouteflika l’a pourtant annoncé depuis Sétif que cette génération devait laisser la place, alors partez, donnez une chance à ce pays de vivre autre chose que cette chape de plomb qui nous asphyxie. Pitié pour ce peuple qui se demande encore de quel droit ces gens-là le gouvernent. Partez messieurs !

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