
Après dix-huit mois de relations glaciales, un vent de dégel souffle entre Paris et Alger. Dimanche 15 mars 2026, un entretien téléphonique entre Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, et son homologue algérien Ahmed Attaf, a officiellement renoué les canaux de communication au plus haut niveau. Ce développement marque un tournant pragmatique dicté par l’urgence des crises régionales.
Un dialogue renoué face aux crises internationales
L’appel, initié par la partie française, a permis de passer en revue les principaux enjeux diplomatiques d’intérêt commun. Au cœur des discussions : l’escalade régionale autour de l’Iran et la guerre au Moyen-Orient, où le poids diplomatique de l’Algérie et sa voix au sein des instances internationales sont cruciaux.
Les deux capitales ont livré des lectures nuancées de cet échange. Le Quai d’Orsay a mis l’accent sur la nécessité d’obtenir des résultats « tangibles » et a évoqué les récentes discussions sur le Sahara occidental pilotées par Washington. Une mention qui sonne comme un aveu en creux de la perte d’influence française sur ce dossier.
Côté algérien, le ton est plus large, englobant les perspectives d’avenir de la relation bilatérale, la situation sécuritaire au Sahel et les répercussions internationales des conflits actuels.
Un nouveau rapport de force
La presse des deux pays souligne la nature pragmatique de ce rapprochement. En France, l’événement est perçu comme la fin d’une crise diplomatique profonde, catalysée par le contexte géopolitique tendu. La visite de Laurent Nuñez à Alger mi-février avait déjà préparé le terrain, ouvrant la voie à une reprise de la coopération sécuritaire.
En Algérie, l’analyse porte davantage sur l’évolution du rapport de force. Les observateurs notent que dans un monde en recomposition, la France a besoin de l’Algérie — pour son gaz, son rôle stabilisateur régional et sa capacité de médiation. Le fait que l’appel émane de Paris est perçu comme un signe de ce rééquilibrage.
Le retour de l’ambassadeur français en vue ?
Ce « léger frémissement » diplomatique pourrait rapidement se concrétiser. Selon plusieurs sources concordantes, le président Abdelmadjid Tebboune ne s’opposerait plus au retour de l’ambassadeur français, Stéphane Romatet, à Alger. Rappelé en 2025 suite à une série de tensions, son retour marquerait la normalisation officielle des relations.
Si l’heure n’est pas encore à la réconciliation totale, le réalisme géopolitique l’emporte. Les intérêts économiques partagés, les besoins énergétiques européens et les liens humains tissés par la forte diaspora algérienne en France rendent ce dialogue incontournable. Reste à voir si ce dégel résistera aux écueils politiques et historiques qui jalonnent régulièrement la relation franco-algérienne.


