Islam politique
©Billel Bensalem / APP/MAXPPP - réunion d'opposition sur la possibilité de se présenter aux élections du 18 avril avec un seul candidat, à Alger en Algérie le 20 février 2019, à l'invitation du président du Front pour la justice et le développement, Abdallah Djaballah (MaxPPP TagID: maxnewsworldfour746249.jpg) [Photo via MaxPPP]

Algérie, début des années 90 : l’Islam est politisé et la politique est islamisée. 20 ans plus tard, la religion est encadrée et la politique cadenassée.

Après une décennie rouge, des milliers de morts et d’atrocités télévisées, le tandem explosif islam-politique, interprété par le duo FIS-Pouvoir, n’a finalement accouché que d’un retour (forcé) à l’éternelle case-départ d’avant octobre 88.

La pensée unique gouverne toujours et sûrement pour longtemps encore. La rétrospective de cette époque est consommée et l’issue, tout le monde l’a gobée avec une gorgée de «réconciliation». Mais au bout du compte, l’Algérie profonde s’en sort de cette expérience forte d’une résolution : Islam et politique ne font pas bon ménage.

Et les résidus du militantisme religieux n’existent toujours sur la scène politique nationale -si toutefois celle-ci existe- que pour jouer aux figurants parfaitement maîtrisables. Une question d’équilibre. Un équilibre de façade bien évidemment.

Car, il faut le reconnaître, le religieux reste un argument marketing de taille en Algérie comme partout dans le monde arabe. A cause peut-être d’une relation fusionnelle que l’on adapte à notre pratique confessionnelle. L’Algérie aurait-elle eu une meilleure année 2009 si l’ex-FIS n’avait pas mis son nez dans ce qu’il ne le regardait pas, c’est-à-dire, la gouvernance des Algériens?

Un peuple tellement frustré qu’il était prêt à s’embarquer sur n’importe quel navire pour vivre son rêve perdu de 62. La tentative d’expérience à l’iranienne, lancée par les apprentis-sorciers Belhadj et Madani, a non seulement plongé le pays dans le chaos pendant plus de 10 ans, mais aussi fractionné toute une nation, favorisant l’autorité d’un système qui n’en demandait pas plus pour s’ancrer encore au plus profond de son machiavélisme.

Elle a aussi permis l’émergence d’un Islam «officiel» aux tentacules soufis mais aux interprétations partisanes, avec comme seul point d’identification le gabarit de la barbichette. Qu’a-t-on appris de l’expérience FIS?

Un tel scénario risquerait-il de se répéter? Tout indique que oui. L’origine du mal n’a pas été traitée. L’intégrisme est intact. Et tout le monde y participe : medias, justice, partis politiques et même la loi fondamentale, amendée pour la conjoncture, mais imprégnée d’une schizophrénie paralysante.

L’Algérie de 2008 est celle des communautés religieuses, toutes se revendiquant de et pour l’Islam. La société a été envahie par une cascade de prêcheurs venus de tous horizons vendre leur «islam» remixé. Ses confréries sont-elles de simples canaux de pratiques religieuses, ou sont-elles porteuses de projet politique? La question mérite d’être posée. Quelle que soit la réponse, l’Etat ne peut faire un casting de la religion ou purger ces groupes, au risque de restreindre des libertés individuelles déjà mises à rude épreuve. Quelle solution alors? Il y a un débat que le contexte trouble de l’Algérie actuelle impose. Comment chasser les commerçants de l’Islam de la sphère politique?

Ceux qui veulent l’utiliser comme ascenseur politique, à l’image du FIS et de bien d’autres encore ? Ceux qui ont pris en otage le rêve et la naïveté du peuple algérien ? Comment nettoyer l’Islam même de ces intrus polluants?

Ceux qui sous-traitent et anesthésient le peuple avec leur discours enchanteurs, parce que totalitaires ? Au bout de 20 ans, l’Algérie n’a pas fait mieux que de perpétuer des tendances totalitaires, qu’importent leurs couleurs politiques.

L’Islam et la politique sont un sujet bien plus important et compliqué pour que l’on ne réduise son traitement à quelques lignes approximatives. Mais, pour une Algérie qui a défié et vaincu le néant, il n’a y plus de place, ni de temps, aux gâteries philosophiques. L’Algérie du 21ème siècle a assez de légitimité pour dire non à l’islamisation du politique et à la politisation de l’Islam.

Car si en tant que religion, l’Islam est une confession de paix, nul ne peut en garantir les interprétations subjectives. Encore moins les usages intégristes.

Nassim Brahimi

Comments

Réda – Pas si sûr? |86.72.105.xxx |2008-11-16 09:40:23
Bonjour,

croyez-vous vraiment que les algériens sont rassasiés par
l’islamisme. On a plus l’impression qu’il y a un retour vers une religiosité
bancale, avec son lot de chasse aux sorcières et d’interdits. Je crains qu’on a pas tirer des leçons du passé. Merci pour ce journal qui s’annonce constructif

Redouane B. |41.221.16.xxx |2008-11-16 12:43:14

Finalement, l’algérien reste un consommateur au comportement le plus
complexe. Il consomme son islam comme il consomme une boisson de marque franchisée ; s’en fou du gout et de la saveur originaux tant que l’abondance est garantie par le gouvernement. Les spots et les crédos n’ont plus d’effet sur lui, tout comme l’inefficacité des slogans de l’ère socialiste dont le recyclage a beau rimer avec la conjoncture, sonne toujours faux.

Farida |82.120.207.xxx |2008-11-16 22:31:16

Croyez-vous que l’Islam puisse faire bon ménage avec la politique. Je ne le pense pas. L’Islam doit impérativement rester dans la sphère individuelle et laisser l’Algérie avancer vers la technologie, la diversité, l’éthique par l’égalité entre homme et femme. si non, après les 40 années du pétrole qui restent, on connaitrait un vrai retour à la barbarie, comme pendant les années 90 avec cette fois ci pour y rester.

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