Alors que le Brésil se prépare à accueillir la coupe du monde de Football du 12 juin au 13 juillet 2014, le programme de « pacification » des favelas semble montrer ses limites. Une émeute violente a en effet éclaté mardi 22 avril à Rio, dans une favela proche du quartier touristique de Copacabana.

Un jeune retrouvé mort dans une favela

Dans la soirée de mardi, des violents affrontements sont survenus entre la police et des habitants révoltés de la favela Pavao-Pavaozinho à Rio de Janeiro. Raison de leur colère, l’assassinat arbitraire d’un jeune du quartier. Très populaire dans la favela, ce jeune danseur brésilien de 25 ans, nommé Douglas Rafael da Silva Pereira, alias « DG », a été retrouvé mort. Sa mère a indiqué à Globo, une chaine de télévision locale : « c’est comme si on l’avait transpercé avec un objet en fer. Il y avait beaucoup de sang, comme si on l’avait traîné contre les murs”. Selon des amis de la victime, celui-ci aurait été tabassé à mort lundi par des agents de l’UPP de la favela, l’Unité de Police Pacificatrice. Ils l’auraient pris à tort pour un trafiquant de drogue après un affrontement et auraient ensuite caché son corps, indique l’AFP, alors que la police a d’abord fait croire à « une chute ».  Aux  dernières nouvelles, le ministre régional de la Sécurité publique, José Mariano Beltrame, a indiqué que le corps de Douglas « avait été perforé par une balle d’arme à feu et que le tir avait été mortel ».

Des émeutes meurtrières dans la soirée de Mardi

Mardi soir, de violentes émeutes ont éclaté suite à la nouvelle vite répandue de la mort de Douglas Rafael da Silva Pereira. Les affrontements ont été très violents et la police a fait usage de gaz au piment et tiré à balles réelles, indique l’AFP. « Tout a commencé vers 17h30. Il y a de la fumée partout, des tirs dans la rue et des personnes courent pour rentrer chez elles. De nombreux camions du Bope (police d’élite, ndlr) viennent de monter dans la favela. On est bloqué chez nous, on ne peut pas sortir », a raconté à l’AFP un étudiant français qui habite à l’entrée de la favela.

Pendant les violences, un déficient mental de 27 ans, «Mateus » a été tué d’une balle en pleine tête par un policier selon des témoins. Selon les habitants, un enfant de 12 ans serait également mort sous les balles de la police pendant les émeutes.

Une pacification oppressante

Depuis 2008, une politique de « pacification » des favelas a été lancée, avec, notamment, la création d’une unité de police pacificatrice (UPP). Cette unité vise à pacifier les favelas, jusqu’alors aux mains des trafiquants de drogues, afin d’organiser des événements internationaux dans la ville dans les meilleures conditions. Outre la coupe du monde de Football à partir de Juin prochain, le Brésil accueillera également les jeux Olympiques de 2016. Autant de défis majeurs pour Rio de Janeiro, où les favelas restent des nids de criminalité.

Cependant, ces mesures signifient davantage de présence policière dans ces quartiers informels pauvres, et une présence souvent violente. « Nous sommes loin d’atteindre l’idéal, à savoir que ces communautés se sentent protégées par la police», a déclaré à l’AFP Ignacio Cano, du Laboratoire de la violence à l’Université d’Etat de Rio de Janeiro. Amnesty International averti des dérives et des bavures policière engendrées par un tel déploiement dans les favelas. « La police et l’occupation militaire des favelas de Rio suscitent des inquiétudes, en raison de l’usage excessif de la force et du contrôle militaire des communautés» avait indiqué le 10 avril cette organisation internationale. Synthèse de ce sentiment d’oppression policière, une habitante de la favela témoigne : “L’un d’eux m’a traité de pute et de salope, en disant que les défenseurs des droits de l’homme défendent les bandits. N’ont-ils pas de mère ? Les favelas doivent s’unir et descendre dans la rue pour dire que nous voulons la paix mais pas de cette police assassine. Je dis aux touristes : “ne venez pas pour la Coupe du monde!” ». « Quelle est cette Coupe du monde, quels sont ces Jeux Olympiques qui s’abreuvent du sang de jeunes innocents? », hurle en larmes Daisy Carvalho, militante des droits de l’Homme à Rio, au milieu de barricades encore fumantes. Un sentiment d’injustice et de colère envers la police anime donc les habitants défavorisés des favelas, sentiment qui s’accroit à mesures qu’approche la coupe du monde, en même temps que la présence policière se fait de plus en plus pesante pour « pacifier » la ville.

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