L’affaire des essais nucléaires français en Algérie et en Polynésie dans le Pacifique, reléguée dans les oubliettes de l’histoire par la France officielle, revient avec fulgurance sur la scène.

bombeLe ministre français de la Défense, Hervé Morin, a annoncé, hier, dans un entretien exclusif accordé au Parisien, qu’un projet de loi d’indemnisation des victimes d’essais nucléaires sera déposé en janvier prochain devant l’Assemblée française.

Le projet de loi devra autoriser une indemnisation de 100.000 militaires du contingent français, des personnels civils de l’armée et les populations d’Algérie et de Polynésie qui ont été irradiés lors des essais nucléaires, précise le ministre français de la Défense. «Si ce projet est voté à l’Assemblée au premier trimestre 2009, nous accorderons des indemnisations pour les personnels civils et militaires exposés lors des essais nucléaires.

Nous avons arrêté une liste de maladies liées aux effets de la radioactivité», affirme-t-il. Il ajoute que le principe d’un droit à l’indemnisation des victimes concerne exclusivement les personnes qui avaient été exposées lors des essais nucléaires conduites par la France entre 1960 à 1996. Les personnes victimes de radiation après les essais nucléaires, à l’exemple des milliers d’habitants de Reggan au sud algérien, seront exclues de facto de l’indemnisation. «Nous allons introduire dans le décret d’application un seuil à partir duquel les demandes d’indemnisation seront prises en compte», déclare-t-il. La France ne veut pas ouvrir la boite de Pandore.

Ces mesures restrictives tendent, en effet, à limiter au maximum la nomenclature des bénéficiaires de ces indemnisations qui se comptent par centaines de milliers, selon certaines organisations non gouvernementales. Une prise de conscience tardive Cette prise de conscience tardive de la France officielle intervient suite à des pressions des organisations de défense des droits à l’indemnisation des victimes qui avaient saisi la justice française à de nombreuses reprises depuis 2004 pour la reconnaissance des «irradiés de la République».

L’ajournement de ce projet de loi durant plusieurs décennies s’explique, selon de nombreux observateurs, par la volonté du gouvernement de l’Hexagone de limiter au maximum les dégâts. Le nombre des victimes directes des essais nucléaires, que ce soit en Algérie ou en Polynésie, va décroissant d’année en année. Le vieillissement des victimes, les maladies, conséquence directe de la radiation (cancer, maladies cardiovasculaires…) et surtout l’absence d’une prise en charge médicale, sont autant de facteurs qui réduisent l’espérance de vie de ces personnes. Des centaines de milliers de victimes sont éteintes ainsi dans l’anonymat complet avec une complicité des médias français et des ONG françaises de défense des droits de l’Homme qui se cachaient derrière le secret défense. Pour revenir à l’interview accordée par le ministre français au Parisien, Hervé Morin a précisé que son département ministériel «ne fera plus appel des décisions de justice qui lui étaient défavorables lorsqu’une personne obtenait des indemnisations devant le tribunal des pensions.»

Depuis de longues années, des vétérans des essais nucléaires conduits par la France de 1960 à 1996, en Algérie et dans le Pacifique, demandent la création d’un fonds d’indemnisation sur le modèle de celui créé pour les victimes de l’amiante. Jusqu’en 2006, l’Etat français a refusé de reconnaître que les essais nucléaires avaient eu une incidence sur la santé de 100.000 militaires du contingent, de personnel civil, ainsi que sur les populations d’Algérie et de Polynésie, lieux des essais. Des conséquences horribles Au sud de l’Algérie, les essais nucléaires français ont eu de graves conséquences sur la santé des habitants et l’environnement.

Le nombre de victimes des essais nucléaires français en Algérie augmente inexorablement, souvent dans l’anonymat. À ce jour, aucune liste n’est établie. L’absence de dépistage et d’archives sanitaires occulte les innombrables maladies comme le cancer et les décès, entraînés par les radiations. Contrairement aux idées reçues, les victimes ne sont pas seulement les habitants des zones où les expériences ont eu lieu, mais se trouvent aussi très loin. Il y a des possibilités de contamination à plus de 700 kilomètres des régions des essais.

La France coloniale avait effectué son premier test en Algérie le 13 février 1960 à Reggan sous le nom de code «La Gerboise bleue». L’explosion de la bombe atomique -elle était trois fois plus puissante que celle larguée par les Américains sur Hiroshima- a entraîné, ce jour-là, des pluies noires au Portugal. Au Japon, le même phénomène s’est produit provoquant un vent de panique chez la population.

En tout, l’armée française a procédé à 4 essais aériens et 13 autres souterrains dont le dernier en février 1966. Mais d’autres expériences ont eu lieu clandestinement, au moins une quarantaine, sur le site de Hamoudia près de Reggan. Le dossier des essais nucléaires français en Algérie a été ouvert en 1996. Mais depuis cette date, rien ou presque n’est fait pour se débarrasser de ce legs empoisonné.

B. Mahmoud

Source: lefinancier-dz.com