Le gouvernement issu des élections du mois de mai et qui devrait être formé prochainement devra affronter, entre autres, un défi considérable en matière de réduction des déficits de nos échanges extérieurs. Pour l’instant la politique des quotas d’importations, mise en place depuis le milieu de l’année dernière, ne semble pas donner de résultats probants.

Les résultats, tout frais, du commerce extérieur pour les quatre premiers mois de 2017 apportent  à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est la réduction du déficit commercial. Elle est sensible: le déficit  a atteint 3,5 milliards de dollars   sur les deux premiers mois de 2017, contre 6,6  milliards sur la même période de 2016. Le déficit a donc été pratiquement réduit de moitié entre les deux périodes.

La mauvaise nouvelle, c’est que cette division par deux du déficit commercial au cours des quatre premiers mois de l’année en cours est imputable presque intégralement au redressement des cours pétroliers. Grâce à l’augmentation du prix du baril, qui a dépassé les 54 dollars en moyenne depuis le début de l’année, les exportations d’hydrocarbures ont atteint près de 12 milliards de dollars en quatre mois .

Un niveau d’importation incompressible ?

Les importations en revanche sont totalement stabilisées depuis le début de l’année 2017, et donnent ainsi l’impression de buter sur une sorte de plancher incompressible dont le niveau se situerait actuellement autours de 45 milliards de dollars. Il s’agit en particulier d’une très mauvaise nouvelle pour le gouvernement de M. Sellal qui continuait, voici encore quelques semaines, d’afficher des objectifs très ambitieux en matière de réduction des importations  après, notons le quand  même, les bons résultats obtenus dans ce domaine depuis deux ans.

L’extrapolation des résultats des quatre premiers mois de l’année à l’ensemble de l’année 2017 donne, en effet, un niveau d’importation supérieur à 46 milliards de dollars alors que les services du Premier ministère, après quelques cafouillages de M.Sellal, annonçaient encore à l’occasion de la Tripartite d’Annaba, un objectif de 35 milliards de dollars d’importations en 2017. On est donc aujourd’hui très loin du compte.

Quels arbitrages ?

Ce décalage entre les chiffres des premiers mois de l’année et les objectifs affichés va obliger le prochain gouvernement à effectuer de nouveaux arbitrages. Il sera face à deux options: une option «minimale» avec la reconduction, probablement révisée en baisse, des quotas déjà fixés en 2016 pour  le rond à béton et les véhicules de tourisme pour lesquels on évoque un quota de 40 000 unités au titre de l’année en cours. Cette démarche, après la publication le mois dernier d’une liste d’une trentaine de produits, pourrait être étendue en 2017 à l’ensemble des «produits de la revente en l’état». Elle devrait cependant avoir un impact limité sur la réduction de la facture d’importation; l’essentiel des économies réalisables sur ces différents chapitres ayant déjà été effectué au cours des  dernières années. A titre d’exemple, la facture d’importation de véhicules de tourisme, qui était encore de 7,3 milliards de dollars en 2013, n’a représenté qu’un montant légèrement inférieur à 1,3 milliards de dollars en 2016.

Les produits de la revente en l’état, qui semblent principalement visés par la nouvelle démarche prônée en particulier par M. Tebboune, sont constitués, de leur côté, par les produits de consommation non alimentaires(hors médicaments) et les produits alimentaires hors produits de première nécessité qui  ne représentent que nettement moins de 10 % des importations nationales. Dans le cadre d’une telle démarche, le déficit du commerce extérieur, bien qu’en diminution très sensible par rapport aux presque 18 milliards de dollars enregistrés l’année dernière, devrait encore rester proche de 10 milliards de dollars en 2017.

L’impossible  durcissement de la politique des quotas 

Une option beaucoup plus lourde de conséquences serait constitué par une extension de la démarche de fixation des quotas à l’ensemble des produits importés, y compris les biens d’équipement et les demi produits qui ont représenté au total près de 80% des importations nationales au cours des deux premiers mois de l’année. Elle aurait en particulier des conséquences importantes sur l’activité économique hors hydrocarbures qui a déjà ralenti sensiblement en 2016. Un risque contre lequel le FMI vient justement, pas plus tard qu’en avril dernier, de prévenir les autorités algériennes, en les invitant à ne pas rechercher «une réduction trop brutale des déficits, mais à privilégier plutôt une démarche progressive».

Hassan Haddouche

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