L’Algérie à la Croisée des Chemins : Le Défi Européen de se Passer du Gaz Naturel

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L'Algérie à la Croisée des Chemins : Le Défi Européen de se Passer du Gaz Naturel

Alger, Algérie – Au cœur des enjeux mondiaux de l’énergie, l’Algérie se trouve à un carrefour critique de son avenir économique et énergétique. Le spectre d’un projet européen visant à « sortir du gaz naturel » plane au-dessus de ce pays, qui dépend en partie de ses exportations de gaz pour ses recettes en devises.

Le marché mondial du gaz naturel connaît déjà des secousses dues aux conflits internationaux et est sur le point d’en connaître d’autres, principalement en raison des transitions énergétiques en cours. L’objectif majeur est la réalisation du projet européen visant à réduire considérablement la dépendance au gaz naturel.

Les Enjeux pour l’Algérie

Sadek Boussena, ancien ministre algérien de l’Énergie et ancien PDG de Sonatrach, la compagnie nationale algérienne du pétrole et du gaz, a soulevé ces questions cruciales lors d’une récente conférence organisée par le Club Energy d’Alger. Selon lui, ces questions devraient être débattues lors de la COP 28, sous la pression de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), des pays européens et d’organisations non gouvernementales.

L’AIE, qui a longtemps promu « l’ère du gaz naturel », a radicalement changé de cap, préconisant désormais un abandon « très rapide » de cette source d’énergie pour atteindre les objectifs de neutralité carbone d’ici 2050, face à l’urgence climatique. Selon ses projections, la demande mondiale de gaz naturel pourrait chuter de 4 000 Gm3 aujourd’hui à 920 Gm3 d’ici 2050.

L’Europe, en particulier, envisage de réduire sa consommation de gaz de 70 % d’ici la même échéance.

Les Complexités de la Transition Énergétique

Cependant, Sadek Boussena se demande si l’Europe peut réellement se passer du gaz naturel, surtout lorsque les États-Unis et la Chine ne suivent pas le même rythme, et que de nombreux pays émergents ne semblent pas disposés à exclure le gaz naturel de leur transition écologique.

Le passage à d’autres sources d’énergie est une question complexe. Les énergies ne se substituent pas nécessairement les unes aux autres, mais s’accumulent avec le temps. Par exemple, la consommation de bois et de charbon a augmenté ces dernières années malgré la montée en puissance d’autres énergies.

De plus, la disponibilité des énergies de remplacement n’est pas garantie, et des questions de financement se posent pour les énergies renouvelables. Il y a également la question des prix du gaz en cas de réduction de sa demande. Selon les prévisions de l’AIE, une baisse de la demande de gaz pourrait faire chuter les prix, ce qui pourrait mettre en péril l’industrie américaine du gaz naturel liquéfié (GNL), une perspective que les États-Unis ne toléreraient probablement pas.

L’Opinion des Pays Émergents

Les pays émergents, pour leur part, affirment que leur développement dépend encore des énergies fossiles et contestent déjà le calendrier de transition, car certains d’entre eux comptent sur le charbon pour répondre à leurs besoins énergétiques.

Sadek Boussena se demande donc s’il est réaliste d’appeler à l’arrêt immédiat des investissements pétroliers et gaziers, à moins que cela ne serve à sensibiliser l’opinion publique et les gouvernements sur l’urgence de lutter contre les émissions de CO2.

L’Algérie : Atouts et Défis

En ce qui concerne l’Algérie, Sadek Boussena estime que l’avenir proche implique des ajustements significatifs tant dans ses exportations que dans sa consommation intérieure. Le pays pourrait subir des pressions croissantes de la part de ses partenaires internationaux, ce qui pourrait entraver ses projets gaziers.

Cependant, l’Algérie possède de nombreux atouts qui pourraient lui permettre d’exporter davantage de gaz. Ses réserves conventionnelles estimées à 4 700 Gm3 la placent en tête des pays producteurs. Elle est le principal producteur et exportateur de gaz en Afrique et le sixième au niveau mondial.

Elle dispose également d’infrastructures robustes, notamment des gazoducs vers l’Europe et une capacité de GNL significative. Ses capacités potentielles d’exportation sont estimées à environ 80 Gm3, soit près de 30 milliards de mètres cubes de plus que son volume actuel d’exportation.

L’Algérie est également proche de ses marchés européens, ce qui lui donne un avantage concurrentiel. Elle peut exploiter davantage ses capacités de liquéfaction, réduire le torchage et développer la pétrochimie.

La Question du Gaz de Schiste

Cependant, l’un des facteurs clés pour augmenter les volumes exportés reste le développement de nouvelles zones de production, y compris le gaz de schiste. Selon Sadek Boussena, cette ressource reste l’un des piliers de la stratégie gazière de Sonatrach, la compagnie nationale algérienne.

Toutefois, il appelle à la prudence, soulignant qu’il est essentiel d’aligner le développement du gaz de schiste avec les tendances mondiales en matière d’offre, de demande, de réduction des émissions de CO2, d’environnement et de prix du gaz naturel sur le marché mondial.

L’avenir de l’Algérie en tant que producteur et exportateur de gaz est donc étroitement lié à la complexité des enjeux énergétiques mondiaux, à la nécessité de répondre aux besoins nationaux tout en saisissant les opportunités offertes par un marché mondial en mutation. Le pays devra naviguer avec prévoyance et stratégie pour relever les défis à venir tout en continuant à jouer un rôle vital sur la scène énergétique mondiale.

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