Abdou-Semmar1

Je ne suis ni Nostradamus ni Jacques Attali. Et pourtant, je ne veux ni prévoir l’avenir ni prédire le futur. Le présent que je vis me fournit juste quelques clés d’analyse. Des indications qui ne présagent rien de bon pour l’avenir politique de mon pays. Un avenir qui risque de se dessiner autour d’un 5e mandat consécutif d’Abdelaziz Bouteflika.

Ce n’est ni une catastrophe ni une tragédie. C’est peut-être pire. Le «rani beaucoup mieux» d’Abdelaziz Bouteflika n’est pas qu’une phrase qui rassure une opinion publique désemparée. C’est un message politique d’abord. Oui, ce n’est pas une blague : Bouteflika se voit encore Président. Mais ce n’est pas sa volonté de rester au pouvoir qui est la plus inquiétante, c’est surtout la misère politique de l’Algérie qui prépare entièrement le terrain à la reconduction du statu quo.

Si Bouteflika est malade, l’Algérie l’est encore davantage que lui. Une opposition immature et encore incapable de proposer une alternative au pouvoir actuel. Un projet de société inexistant, une élite démissionnaire, des partis politiques qui ne mobilisent nullement l’opinion publique à cause de leur discours stérile. Une scène politique sclérosée déconnectée des évolutions de la société algérienne fait le nid de ce statu quo défendu par les partisans d’un Abdelaziz Bouteflika éternel dans son siège à la Présidence.

Face à des Algériens qui réclament des logements, des voitures, un meilleur pouvoir d’achat, des opportunités pour voyager, des espaces de loisirs pour s’épanouir, notre élite politique n’a rien à leur dire. Et par conséquent, les jeunes affichent leur divorce avec la politique ! Et oui, la classe politique algérienne est plus malade qu’Abdelaziz Bouteflika.

«Lui au moins, il a ramené la paix, l’autoroute et les augmentations de salaires», ne cessent de me dire des jeunes naïfs qui ne sont pas opposés au changement, mais ne voient pas tout simplement qui peut l’incarner. La solution ? Une élite qui explique à ces jeunes qu’avec une autre gouvernance, une autre façon de faire de la politique, une autre génération de dirigeants, ils peuvent gagner davantage leur vie, profiter beaucoup mieux de leur jeunesse.

Il n’y a pas que la sécheresse politique qui risque de favoriser encore longtemps ce « Bouteflikisme » rampant. La faiblesse de nos hommes d’affaire et leur peur permanente des redressements fiscaux contribue à la consolidation du pouvoir actuel. L’Algérie ne dispose de cette classe de capitaines d’industries qui bousculent les autorités avec leurs ambitions de développement et leur soif de la bonne gouvernance. Notre bourgeoisie riche ne cesse de s’embourgeoiser. Elle verse dans l’arrivisme plutôt que dans l’aisance et le raffinement. Accumuler des richesses, accumuler du capital, accumuler de l’argent, le voici le seul rêve de cette bourgeoisie qui préfère pactiser avec un pouvoir vieillissant que de penser à le remplacer, le pénétrer pour changer sa nature.

Le même embourgeoisement a frappé nos écrivains, musiciens, artistes et intellectuels. Ces derniers deviennent indirectement des composantes de ce même régime qu’ils honnissent. L’engagement ne parle presque plus à cette élite culturelle. Le seul souci est de décrocher des subventions au ministère de la culture pour faire vivre ses films, ses livres et ses manifestations. Quant au public, ses attentes, ses aspirations, ses frustrations, ses souffrances, très peu s’en soucient réellement.

Des opposants. Il en faut plus pour faire chavirer le statu quo. Des discours et des paroles enragées, il en faut plus pour mobiliser des algériens désenchantés. En attendant, le régime poursuit ses réformettes : désigner un général à la retraite à la Présidence pour donner l’illusion que le DRS est sous contrôle, changer quelques Juges et des Procureurs, désigner des technocrates au gouvernement, distribuer des logements sociaux, subventionner le voyage des supporters de l’équipe nationale, et voilà le résultat : la paix sociale est assurée. Pourquoi les Algériens ne se contentent que de cela ? Ben, personne ne leur propose mieux !

Il n’en faut pas plus pour donner des certitudes aux partisans de l’éternel Président de la République. On ne change pas une équipe qui gagne. Et cette équipe si son capitaine ne décède pas, rien ne l’empêchera de garder son brassard à la Présidence.

Oui, si le «rani beaucoup mieux» se confirme encire d’ici 2019, il ne faudra pas clamer son étonnement, ou son indignation, si le même Abdelaziz Bouteflika brigue un 5e mandat. Jamais 3 sans 4. Pour le 4em sera pas suivi d’un 5em ? En l’absence d’une société civile engagée, d’une élite qui exerce des pressions sur le pouvoir actuel, l’Algérie va tout droit dans ce mur. Les partisans au changement ne devront pas crier au scandale d’ici 5 ans s’ils dorment sur leurs lauriers pendant les années à venir en tablant uniquement sur une détérioration de l’état de santé de notre ami Bouteflika…

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