Le Roi du Maroc Mohammed VI : généreux envers l’Afrique, mais où est la solidarité envers les pauvres du Maroc

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    Roi du Maroc Mohammed VI

    Le roi du Maroc Mohammed VI est critiqué pour son absence de réponse à la crise économique et sociale actuelle au Maroc. Malgré les protestations contre la vie chère et l’inertie du gouvernement, le monarque a préféré se réfugier au Gabon, loin des Marocains démunis.

    Cependant, le roi a fait preuve de générosité envers les agriculteurs gabonais et sénégalais en leur faisant don de 2 000 tonnes et 5 000 tonnes de fertilisants, respectivement. Certains patriotes ont salué cette initiative en vantant les mérites de la « diplomatie du phosphate », qui consiste à rallier les pays africains à la proposition marocaine de plan d’autonomie pour le Sahara occidental.

    Malgré cela, de nombreux Marocains estiment que le roi aurait dû faire preuve de solidarité avec les petits agriculteurs marocains qui souffrent également de la cherté des engrais. En effet, le roi est le patron des Domaines agricoles, la plus grande entreprise d’agriculture et d’agroalimentaire au Maroc, dont les deux tiers de la production sont destinés à l’exportation et le tiers restant au marché national.

    Certains se demandent donc pourquoi le roi n’a pas utilisé sa position pour aider les Marocains en situation de précarité, au lieu de se concentrer sur les pays africains. Alors que la protestation gagne le royaume, le pouvoir aurait pu agir pour alléger la misère sociale des Marocains.

    En fin de compte, le don de fertilisants du roi Mohammed VI aux pays africains amis peut être salué, mais de nombreux Marocains estiment que la situation de précarité dans leur propre pays doit être abordée en premier lieu.

    Maroc : une crise économique durable risque d’attiser la contestation sociale

    Le Maroc traverse une crise économique durable qui risque d’attiser la contestation sociale. Selon une enquête de l’Office national du développement humain (ONDH) en 2019, près de 45% des Marocains se considèrent comme pauvres, dont 38,6% dans les zones urbaines et 58,4% dans les zones rurales. De plus, 3,2 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté ou la vulnérabilité à la suite de la crise du Covid-19.

    Le secteur agricole, affecté par la sécheresse de l’année dernière, est également en détérioration, ce qui a conduit à une baisse de la croissance prévue pour 2023, selon un rapport de la Banque mondiale sur les perspectives économiques mondiales. Le rapport Davos 2023 du Forum économique mondial confirme également que le Maroc est sérieusement menacé par la crise du coût de la vie, l’inflation, la hausse des prix des produits de base, les risques d’approvisionnement et la dette.

    Cette crise économique durable nourrit l’exode rural vers les centres périurbains, qui sont abandonnés par l’État et les partis politiques, où le mécontentement social est canalisé et pris en charge par des mouvances islamistes telles que l’association Al Adl Wal Ihsane (Justice et spiritualité) ou par des forces de gauche comme le Front social marocain (FSM).

    Le taux de pauvreté globale atteint les 30,2 % dans des provinces comme Oued-Eddahab (sud), selon la cartographie de la pauvreté au Maroc (2004-2014) du Haut-Commissariat au Plan (HCP). Cette précarité et l’exclusion sociale pourraient alimenter subrepticement des mouvances de protestation, notamment dans des zones périurbaines où l’insécurité, le crime et la radicalisation sont des facteurs d’implosion de l’ordre social.

    Face à cette situation alarmante, les autorités marocaines doivent prendre des mesures urgentes pour lutter contre la crise économique et prévenir une possible explosion sociale. Le Maroc ne peut pas se permettre de continuer à ignorer les problèmes socio-économiques qui rongent sa population et qui risquent de mettre en péril la stabilité du pays.

    Immobilisme sidérant de l’exécutif face à la flambée des prix alimentaires au Maroc

    Alors que le mois sacré du Ramadan approche à grands pas, les Marocains font face à une flambée des prix alimentaires qui les place dans une situation précaire. Pourtant, le gouvernement semble avoir été pris de court par cette situation, ne prenant pas les mesures nécessaires pour anticiper cette hausse des prix.

    Le Plan Maroc Vert, lancé pour développer l’agriculture du pays, n’a pas réussi à améliorer la contribution de ce secteur à l’économie, qui est tombée à seulement 2,9 %, contre 6 % avant le lancement de ce programme. En outre, la gestion monopolistique des terres agricoles n’a fait qu’aggraver la situation.

    Face à cette situation, le gouvernement a décidé d’imputer la hausse des prix alimentaires à des intermédiaires agissant de manière spéculative. Cependant, il n’a pas enquêté sur la possible implication des sociétés de distribution d’hydrocarbures, comme Afriquia, appartenant au chef du gouvernement.

    En outre, les autorités ont décidé d’interdire l’exportation des produits agricoles du Maroc vers les pays de l’Afrique de l’Ouest, sans toutefois remettre en question les exportations agricoles royales qui contribuent à la fortune de Mohammed VI, évaluée à plus de 7 milliards de dollars en 2022.

    Pendant ce temps, de nombreux Marocains vivent dans la précarité, n’arrivant plus à subvenir à leurs besoins et étant contraints de fouiller les poubelles pour manger à leur faim. La décision d’interdire l’exportation des produits agricoles du Maroc pour sécuriser les besoins du marché national ne résoudra pas cette situation, mais aggraverait plutôt la crise économique actuelle.

    Le pouvoir semble plus préoccupé par la vitrine diplomatique du royaume que par la réalité sociale des Marocains, en particulier les plus pauvres, qui sont les premières victimes de la crise économique actuelle. Après 23 ans de règne, le roi Mohammed VI n’a pas réussi à juguler l’aggravation des inégalités sociales, malgré le lancement de l’Initiative nationale pour le développement humain en 2005.

    Face à cette situation, il est temps pour le gouvernement de prendre des mesures efficaces pour améliorer la situation économique du pays et répondre aux besoins des citoyens, au lieu de se concentrer sur la vitrine diplomatique du royaume.

    La « révolte des affamés »

    Dix-huit ans après son lancement, le projet royal de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) n’a pas atteint les objectifs escomptés, c’est même devenu un gouffre financier qui aurait engendré de nombreuses irrégularités, en l’absence de suivi et d’évaluation des projets annoncés comme réalisés. Cette situation est mise en évidence par le dernier rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) 2021/2022, qui a classé le Maroc à la 123e position sur 190 pays en matière de développement humain, perdant ainsi deux places par rapport à l’année précédente.

    Il est difficile de concevoir que le royaume soit ainsi classé derrière ses trois voisins maghrébins : l’Algérie, la Tunisie et même la Libye qui a vécu deux guerres civiles ! La pandémie de covid-19 a mis en lumière les défis auxquels le système de santé publique marocain est confronté. Le gouvernement a donc lancé, en décembre 2022, la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) à tous les Marocains, une initiative salutaire qui, malheureusement, a été entachée par des scandales de fraude et d’irrégularités.

    Le projet de l’AMO a été largement médiatisé, mais il est difficile de savoir si les citoyens marocains en ont réellement bénéficié. Les anomalies majeures révélées par les médias, notamment le scandale public inhérent à la mise en place frauduleuse de données relatives au Registre social unifié (RSU), sont choquantes. À Casablanca, des agents administratifs auraient inscrit des milliers de femmes à leur insu dans le registre de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

    Ces femmes ont été trompées en croyant qu’elles devaient adhérer à la Chambre de commerce, d’industrie et d’artisanat de Casablanca pour profiter de l’AMO, sachant que ces femmes n’exercent aucune profession. Des centaines de femmes déshéritées victimes d’un État escroc ont décidé d’organiser des sit-in pour demander leur éradication de la CNSS, vu qu’elles ne sont pas actives et qu’elles n’ont pas les moyens de verser une cotisation mensuelle de 140 dirhams (13 euros), dont la première non remboursable a déjà été versée par les victimes.

    Parmi elles, une femme sexagénaire en sanglots a déclaré qu’un agent l’aurait enregistrée en tant que brodeuse alors qu’elle est atteinte de déficience visuelle grave. Cette situation est inacceptable et doit être condamnée. Le gouvernement marocain doit agir rapidement pour éradiquer la corruption et mettre en place des politiques sociales plus efficaces pour aider les citoyens marocains les plus vulnérables.

    Assistanat et dépendance : le modèle de gouvernance marocain en question

    Le Maroc se targue souvent d’être un modèle en matière de respect des droits des femmes. Pourtant, face aux agissements des pouvoirs publics envers ses citoyens, nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi les Marocains ont perdu confiance en leurs politiques et institutions. Dans un pays démocratique, de tels comportements auraient nécessité l’ouverture d’une enquête judiciaire.

    Le roi Mohammed VI, soucieux de son image auprès des personnes défavorisées, utilise chaque année les médias pour montrer son engagement envers les plus pauvres. Lors du mois de Ramadan, il distribue un panier de denrées alimentaires aux sujets démunis, tandis qu’à la rentrée des classes, il remet des cartables aux enfants issus de milieux défavorisés. Pourtant, ce mode de gouvernance, qui touche à la dignité humaine, enferme les citoyens dans l’assistanat et la dépendance.

    Ce n’est pas nouveau. D’un point de vue historiographique, les sultans alaouites ont toujours affiché une « charité publique » motivée par un devoir religieux de veiller sur les plus démunis. Ainsi, la maison royale (dar el-Makhzen) a servi de soupe populaire (harira) ou de plats de couscous après le prêche du vendredi. Les sultans ont également veillé à la distribution de denrées alimentaires aux plus pauvres lors des moments de sécheresse ou d’épidémies, espérant ainsi gagner le soutien de la communauté et la bénédiction divine.

    Cependant, durant le règne de Hassan II, le pays a connu des émeutes en 1981, causées par l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Les journaux étrangers ont alors parlé de 600 à 1 000 victimes, que le ministre de l’Intérieur de l’époque a qualifiées, sur un ton sarcastique et indécent, de « martyrs de la baguette de pain ».

    Aujourd’hui, sous le règne de Mohammed VI, les populations rurales enclavées ont mené à plusieurs reprises des marches pacifistes de protestation en raison notamment de la rareté des ressources en eau et d’un manque de denrées alimentaires de base. Le pays traverse une crise socioéconomique profonde, marquée par l’aggravation des inégalités sociales, l’effondrement du pouvoir d’achat et le basculement d’une bonne partie de la population dans la pauvreté et la vulnérabilité. L’espace des droits et des libertés s’est considérablement rétréci.

    Il est donc urgent pour le pouvoir en place de prendre la mesure de cette crise et d’en tirer les conséquences. La « charité publique » ne doit plus être une réponse à la pauvreté et à l’injustice sociale. Le Maroc a besoin de politiques sociales ambitieuses, d’un système éducatif performant et d’un développement économique équilibré, afin de sortir de la spirale de l’assistanat et de la dépendance.

    Exacerbation contingente des tensions au Maroc

    Au Maroc, la tension sociale est à son comble. Les populations les plus pauvres du pays, frappées par la cherté de la vie, sont convaincues que le gouvernement n’a rien fait pour améliorer leur quotidien. Et pour cause, le régime en place n’a cessé de favoriser les entreprises en réduisant l’impôt sur les sociétés, sans pour autant réduire les inégalités sociales qui ravagent le pays.

    La question qui brûle les lèvres de nombreux Marocains est : « Qu’a-t-il fait pour les pauvres ? ». La réponse est claire pour les personnes les plus démunies : le monarque n’a pas suffisamment investi pour endiguer la misère sociale qui sévit dans le pays. Au lieu de cela, il s’est concentré sur l’augmentation de sa propre fortune personnelle.

    Cette situation ne peut que nourrir une exacerbation contingente des tensions, d’autant plus que les inégalités sociales continuent de s’accentuer. Les personnes les plus pauvres du pays ont de plus en plus l’impression d’être traitées de manière injuste, ce qui renforce leur colère et leur désespoir. Même la prestation remarquable de l’équipe nationale de football lors de la dernière Coupe du monde au Qatar ne saurait contenir indéfiniment cette colère.

    Face à cette situation explosive, le régime en place s’appuie sur un appareil sécuritaire redoutable pour empêcher toute manifestation pacifique. Le moindre rassemblement est considéré comme une tentative de soulèvement et réprimé dans le sang. Ce qui ne fait que renforcer le mécontentement de la population, à un moment où est commémoré le douzième anniversaire des manifestations du Mouvement du 20 février, déclenchées lors du Printemps arabe.

    En somme, le Maroc traverse une période difficile. Les inégalités sociales et la pauvreté y sont toujours plus criantes, tandis que le régime en place semble indifférent à la souffrance des plus démunis. Cette situation risque de conduire à des affrontements violents si des mesures radicales ne sont pas prises rapidement pour résoudre les problèmes sociaux qui minent le pays.

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