« Iεdawen n tudert« , Attendu en Kabylie, en France et en Amérique Latine.

Vous venez de terminer le tournage du film « Ennemis de la vie ». Comment s’est déroulé le tournage ?

Dans de bonnes conditions ! L’acharnement des comédiens, tous volontaires, à finir le projet et la volonté de l’équipe technique de mener à bon port le film ont été pour beaucoup dans l’achèvement de cette phase cruciale de la production.

Sur le plan financier et logistique, les structures étatiques ont-elles accompagné le projet ?

A vrai dire, nous n’avons pas sollicité les institutions de l’Etat ni en chapitre de subventions, ni en matière de structures. Dès le départ, nous avons voulu un film indépendant, et nous avons sollicité l’unique aide de la population. L’appel a été entendu, le peuple s’est emparé du projet et la solidarité inter-Kabyle a, encore une fois, très bien fonctionné ; des citoyens nous ont offert les décors, le gîte et le couvert, des dizaines de talentueux comédiens se sont présentés en volontaires pour participer. Les kabyles se sont tellement emparés du film que même l’option de chercher des sponsors a été abandonnée. Vu l’apport collectif considérable, je peux affirmer que le film est non seulement un film d’expression Kabyle mais un film de la Kabylie.

Iεdawen n Tudert ou Ennemis de la vie est un film qui traite de quoi ?

C’est un film qui traite de la situation de la femme kabyle à la croisée des chemins. En filigrane, le film est d’abord un hommage a la femme kabyle qui a su mettre ses pieds dans la modernité tout en gardant la tête bien ancrée dans la tradition. Dans ce film, on entrevoit le combat acharné que livre la femme kabyle pour s’emparer de la vie moderne tout en s’employant à garder intacts les traditions ancestrales, sceau de l’authenticité et de la spécificité kabyle. Le film est aussi une à nu des préjugés et de certaines conduites sociales qui peuvent mettre remettre en cause beaucoup de vie appelées initialement à plus d’épanouissement. A travers le film « ennemis de la vie » on se rendra compte que les vies ne sont pas fauchées uniquement par ceux qui appuient sur la gâchette ou qui dégainent Sabres et machettes, mais aussi par ceux qui croient que tout est carré.

Les premières projections du film sont programmées pour quand ?

Tout dépend de la phase montage. Selon nos estimations, le film sera fin prêt début septembre. Pour l’avant première, j’ai prévu une projection en plein air dans une agora d’un village kabyle, pas encore choisi. En optant pour cette démarche, nous avons voulu rendre hommage aux villages kabyles qui ont donné tant d’artistes et de comédiens, rapprocher le 7ème Art du fin fond de la Kabylie et permettre aux femmes kabyles dites aux foyer de découvrir le cinéma.

Comment comptez-vous exploiter le film ?

Nous allons assurer la meilleure diffusion possible. En plus des projections prévues en Kabylie et dans les grandes villes Algériennes, des projections sont prévues en France grâce au soutien de quelques associations de notre diaspora kabyle et quelques amis français. Une projection est même prévue, et c’est une première pour un film Kabyle, à Buenos Aères grâce au soutien d’un groupe d’intellectuels et d’universitaires argentins. Pour les impératifs de cette première projection d’un film Kabyle en Amérique latine, nous avons sollicité des étudiants en langues et cultures hispaniques pour sous-titrer le film en Espagnol.

Votre dernier mot ?

Le dernier mot revient au public et à la critique cinématographique. Quand à moi, je dis toute ma gratitude à tous ceux et celles qui ont mis la main à la pâte pour réussir ce pari.

Entretien réalisé par Lila A.