Par Fadéla Hebbadj, philosophe et écrivain

Le dispositif de rétention des sans-papiers se transforme en camps de transit, avec « la directive retour » adopté le 18 juin 2008 par le parlement européen. Cette « directive retour », censée représenter un progrès pour l’Union Européenne, fait apparaître des solutions scandaleuses et inappropriées au regard des droits humains.

La logique d’internement comme mode de gestion légale des relations entre les hommes, passe en perte et profit les plus grandes valeurs humaines. Elle inscrit au fronton de l’Europe son glorieux impératif catégorique : traitons les sans-papiers comme des criminels, offrons l’hospitalité aux personnes les plus vulnérables ; des enfants, des femmes enceintes, des malades, des vieillards, des demandeurs d’asile, en les incarcérant.

Voici un de ses amendements :

Amendement 67, Article 15 bis : les enfants accompagnés de leurs familles ne sont placés en rétention qu’en dernier ressort et pour un minimum de temps.

« La directive retour », très allusive sur les conditions et la durée dans des centres de rétention, légalise purement et simplement l’installation des enfants dans des prisons. La suite de cet amendement accompagne son ambiguïté :

Les enfants qu’ils se trouvent ou non dans des lieux de rétention ont droit à l’éducation et à la récréation, notamment le droit de se livrer à des activités ludiques ou récréatives conformes à leur âge.

Le conseil européen a décidé que les enfants pourraient avoir une récréation. Voici notre nouveau monde de liberté : l’enfermement des enfants avec une petite ronde l’après-midi. Cela signifie-t-il que les adultes resteront incarcérés sans récréation ?

Dans cette aire d’incarcération, l’Europe se referme sur elle-même. Sa seule alternative est d’enfermer des enfants ; l’un des derniers geste de son naufrage, car en violant et bafouant les conventions sur la protection des enfants et des droits humains comme l’interdiction d’emprisonnement sans faute et sans jugement, elle proclame la guerre à la vie et signe ainsi sa séparation d’avec les lumières. Comment peut-on invoquer les droits de l’homme et l’intérêt supérieur de l’enfant et organiser sa destruction ? Notre vieille Europe est bien hypocrite pour adopter une directive aussi contradictoire, bien sénile pour n’avoir plus envie d’entendre le monde qui l’entoure.

La réalité est encore loin de ce que l’on peut imaginer. Les rapports des centres et locaux de rétention administrative sont tragiques. Je cite le témoignage d’un membre de la Cimade, organisme d’Etat sur la rétention administrative, tiré d’un dossier de presse daté du 2 juin 2008 :

« Nous voyons chaque jour un peu plus l’inacceptable. Il est de notre devoir aujourd’hui –ne pas parler serait cautionner- de dire haut et fort que trop, c’est trop ! Quand on commence à « gérer » l’expulsion de personnes comme une usine gère et prévoit sa production, on peut s’attendre au pire. Et le pire arrive. Il faut arrêter cette politique du chiffre. Il y a urgence…comment combattre ce sentiment d’injustice, d’arbitraire ?

Les situations que nous rencontrons tous les jours sont insupportables : des femmes enceintes, des futurs pères dont les enfants doivent naître quelques jours après leur renvoi à qui on répond : « en attendant, il n’est pas né, vous pourrez revenir le voir », des parents renvoyés sans leurs enfants, des nourrissons pour lesquels est prévu, depuis peu, du matériel de puériculture, des enfants qui voient leurs parents traités comme de dangereux délinquants, des enfants que la police est venue chercher à l’école, humiliés devant leurs camarades de classe, des enfants escortés dans les tribunaux, des demandeurs d’asile baillonnés parce que l’administration a désormais la conviction que tout ce qu’ils peuvent avoir à dire des craintes qu’ils évoquent est dilatoire et sans fondement… nous acceptons d’avoir juridiquement tort mais sommes certains d’avoir humainement raison. »

« Faire du chiffre, toujours plus de chiffre, pour les donner en pâture à l’opinion » préconise Hortefeux. La Cimade quant à elle, n’a pas cessé d’alerter les autorités et l’opinion publique sur les traitements inhumains et humiliants liés à cette politique du chiffre.

cette industrialisation à humilier de l’humain, sa prétention à gérer l’humain avec des chiffres est humainement inacceptable.

La responsabilité de l’Europe est clairement engagée. L’indifférence de la presse dans certains pays d’Europe, marque sa misérable complicité politique. Ses amendements qui voudraient nous faire croire, qu’’ils agissent en fonction de l’intérêt supérieur de l’enfant, mentent. Leur véritable intérêt est le bien supérieur du citoyen européen. Ce n’est donc pas de sénilité dont l’Union Européenne est atteinte mais de vénalité.

L’Union Européenne maltraite comme des voleurs, des hommes et des femmes venus des pays avec lesquels elle traite par ailleurs d’alliances économiques et stratégiques. Quel est le véritable brigand dans cette histoire ?

Malgré toutes les protestations des associations qui luttent tous les jours contre des lois qui planifient l’intolérable sur des personnes humaines, les pouvoirs publics restent insensibles. Que souhaitons-nous construire pour nos enfants à nous ? Quelles valeurs souhaitons-nous leur transmettre ? La consommation et le mépris des étrangers ?

Pourtant, nos messagers du futur des mers et du sable, avec leur force de héros sont seuls capables de remettre en question la réalité de nos frontières et de nos consciences nationales. Cette chance de renouvellement, que l’on brime, casse psychiquement et physiquement, est capable d’apporter une énergie et une conscience sociale nouvelle et montre que le biais du projet de la politique européenne, celle-ci a perdu quant à elle, toutes ses réserves d’idées en se bornant uniquement à refermer ses frontières.

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