oil 1.- Les richesses en Algérie de 1963 à 2009 (capital argent) à ne pas confondre avec l’accumulation du capital créant de la valeur, a suivi le processus de positionnement des cadres dans les secteurs névralgiques ou même secondaires de l’économie et surtout son domaine public en fonction des positionnements au sein de la société, des relations tribales, expliquant la faiblesse de véritables entreprenants créateurs de richesses. Ces richesses, tributaires de relations de clientèles et donc de la redistribution inégalitaire de la rente des hydrocarbures façonnent l’actuelle la structure sociale en Algérie, structuration en mutation non encore achevée, pas de changement dans le fond mais dans la forme entre 1963 et la période 2009. Cela n’est pas propre à l’Algérie puisque la formation des États nationaux dans la plupart des pays d’Afrique (expliquant parfois ces guerres fratricides exacerbées par les luttes géo-politiques de certaines grandes puissances) et le monde arabe a vilipendé cette structure, mais en dépit de ses discours, l’État national, tant dans sa formation que de sa déformation, a toujours trouvé l’action des équipements anthropologiques de la tribu sur son chemin. Les modernisations politiques et économiques se sont heurtées toujours à cet ordre qui arrive toujours à trouver les parades pour travailler l’individu et le modeler dans les sillages de ses profondeurs identitaires. Car au sein de l’espace source d’enjeux, de conflits et de concurrence, les hommes vivent un rapport plus fécond et plus harmonieux avec leur espace qui n’est pas celui de l’administration comme l’a analysé avec profondeur l’expert de renommée mondiale Hernando De Soto (voir la contribution exclusive de cet auteur sur Etat de droit et sphère informelle dans l’ouvrage du docteur A. Mebtoul l’Algérie face aux enjeux de la mondialisation édition Dar El Gharb 2003 en trois langues arabe- en anglais et en français).

2.-Dans l’histoire de l’Algérie, ce sont les hommes avec leurs équipements anthropologiques (identitaires) qui ont façonné les espaces. Si nous prenons les grandes agglomérations- Alger- Constantine- Annaba- Oran, nous assisterons à un processus d’urbanité plus poussé qui a engendré des villes globalement cosmopolites. La structure sociale est très hétéroclite mais n’empêche que tant dans les ceintures rurales qu’à l’intérieur, nous relevons des plaques ethniques assez puissantes. Dans ces petits îlots, nous trouvons souvent des leaders d’opinion discrets mais très efficaces. Il s’agit de ceux très respectés qui interviennent volontairement dans la gestion de la vie communautaire. Il s’agit de ceux qui « font sortir le couscous » pendant les fêtes ou les enterrements. Ceux qui souvent volontairement interviennent dans la gestion des conflits et l’organisation des mariages et les compétitions sportives.

Ceux-là forment une sorte de « capital humain » mal exploité. Cette entreprise de gestion locale sur la base de la discipline des parentés est plus marquée dans les noyaux ruraux qui entourent ces villes. Ce comportement qui négocie souvent des espaces d’autonomie face aux contraintes de l’administration est souvent un paramètre déterminant , contrairement aux discours politiques, pour le partage des portefeuilles ministériels, de différents postes sensibles au niveau de l’Etat, du choix des sénateurs nommés, des élections locales et législatives où la plupart des partis politiques même dits «démocratiques» pour leurs candidats tiennent compte à la fois des relations dans un cadre de la redistribution de la rente, de cet arbre généalogique tribal et pas toujours des compétences et de la moralité d’où une certaine névrose collective et le désintérêt d’une grande fraction de la population pour le politique dont le signe est le fort taux d’abstention. Car avant de donner des leçons de bonne gouvernance aux autres, il faut balayer devant notre porte.

3.-Ainsi, la majorité des entreprises publiques et privées sont fortement imbriquées dans le système administratif lieu de relation de clientèles vivant grâce aux marchés (via la rente) que veulent bien leur donner les pouvoirs publics. Aussi, la majorité des entreprises privées ne sont pas autonomes mais trouvent leur prospérité ou leur déclin dans la part des avantages financiers, fiscaux, leurs parts de marché auprès des entreprises publiques et des administrations. Cette organisation spécifique où l’autonomisation de la décision économique est faible engendre peu d’innovation, d’esprit d’entreprise, assistant plus à des marchandages pour la partage de la rente sous le couvert de discours dits nationaux alors que la logique du secteur privé est le profit qui caractérise son existence même, n’existant pas de sentiments dans la pratique des affaires. Aussi certaines entreprises publiques ou privées sous traitantes ce secteur, vivant du transfert de la rente exercent des pressions pour accroître le protectionnisme néfaste à terme et sont peu enclins à la concurrence internationale avec des alliances contre nature avec les syndicats corporatistes vivant eux mêmes des subventions de l’Etat. Mais il faut reconnaître que depuis quelques temps avec la formation plus élevée, et l’ouverture sur l’extérieur, nous assistons à la naissance de nouvelles entreprises mues par de véritables entreprenants. Pourtant les multitudes pressions administratives, ne leur permettent pas la créativité et l’imagination.

Ainsi la seule sphère réellement autonome vis à vis des sphères du pouvoir est la sphère marchande ou industrielle informelle. Cela explique qu’au lieu que l’intégration soit dominée par des économies contractuelles ou organisées, nous assistons à une dynamique informelle. La raison essentielle trouve un fondement socio-historique avec le poids du politique en Algérie accentué par des structures familiales et tribales qui se consolident en période de récession économique. Ces analyses opératoires rendent d’actualité la vision ibn khaldounienne afin de mettre fin à une société anomique dans la mesure où existe une corrélation entre la mauvaise gouvernance, le non développement et le poids des relations informelles dominées par les relations tribales. Il s’agira impérativement d’intégrer cette sphère dominante par la délivrance des titres de propriété devenant citoyenne, car acquise aux réformes pouvant constituer une force sociale dynamisante. Dès lors s’impose la nécessité d’une véritable révolution culturelle pour inculquer l’esprit d’entreprise et libérer l’ensemble des énergies créatrices.

4.-En résumé, un processus de mutations internes est en train de se faire qui annonce de nouvelles mutations identitaires qui peuvent être soit négatives ou positives fonction de la gouvernance. C’est que la prospérité ou le déclin des civilisations de l’Orient et de l’Occident avec ce brassage des cultures à travers le temps, ont montré qu’il ne s’agit pas de renier les traditions positives qui moulées dans la trajectoire de la modernité, peuvent être facteurs de développement : l’expérience du Japon et de bon nombre de pays émergents l’attestent car un peuple sans sa culture est comme un peuple sans âme. Pour concrétiser un développement durable hors hydrocarbures, tenant compte du renouveau écologique défi du XXIème siècle condition d’une paix durable, la bonne gouvernance est le fondement stratégique pour l’émergence de nouvelles catégories d’acteurs où doit être bannie la médiocrité bâtie sur les relations de clientèles, une opposition crédible comme alternance au pouvoir et la revalorisation des compétences, ère du XXIème siècle (les scientifiques, les villes de la haute technologie, les universités de pointe..). Ce renouveau implique plus de réformes, de moralité, de justice sociale, la concentration des revenus en faveur des couches spéculatives destructrices de richesses, le manque de cohérence et de visibilité dans la politique socio-économique et la marginalisation du savoir, devenant inquiétants pour l’Algérie de demain.

*Abderrahmane MEBTOUL- Docteur D’État Es Sciences Economiques
*Mohamed TAYEBI – Docteur D’État En Sociologie- option anthropologie culturelle tous deux professeurs d’ Université

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