Paris à la Croisée des Chemins : La Débaptisation de l’Avenue Bugeaud et le Défi de la Mémoire Coloniale

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Paris à la Croisée des Chemins : La Débaptisation de l'Avenue Bugeaud et le Défi de la Mémoire Coloniale

Dans les rues de Paris, l’Histoire est omniprésente. Les monuments, les rues, les places, tous portent les noms des personnalités qui ont marqué la ville et le pays. Mais que faire lorsque ces noms sont chargés de controverses et de souffrance, comme celui du maréchal Bugeaud, l’homme surnommé « l’enfumeur d’Algérie » ? À Paris, la mairie se pose la question et envisage sérieusement de « déboulonner » le passé colonial de la France en renommant l’avenue Bugeaud.

Un Hommage à un Passé Tumultueux

L’avenue Bugeaud, située dans le XVIe arrondissement de Paris, porte le nom du maréchal Thomas-Robert Bugeaud, une figure centrale de la colonisation française en Algérie. La statue érigée en son honneur trône au cœur de la capitale depuis plus de 170 ans, un hommage rendu par Napoléon III en 1853. À l’époque, elle était censée commémorer le rôle de Bugeaud dans la prétendue « pacification de l’Algérie ».

Mais derrière cette façade glorifiante, l’histoire de Bugeaud est marquée par la violence et la répression. Chargé de réprimer la révolte de l’émir Abdelkader à partir de 1836, il deviendra gouverneur de l’Algérie en 1841. Pour soumettre la population, il mettra en œuvre des tactiques brutales, notamment la politique de « la terre brûlée » et les sinistres « enfumades ». Ces méthodes étaient synonymes de souffrance et de mort pour les Algériens.

Un Projet Qui Prend de l’Envergure

La mairie de Paris semble enfin prête à répondre aux nombreuses demandes de débaptisation de cette avenue. La maire socialiste Anne Hidalgo a officiellement annoncé le projet le 22 novembre dernier. Son adjointe à la mémoire, Laurence Patrice, a précisé que la mesure ferait l’objet d’un « vœu symbolique » lors du prochain Conseil municipal à la mi-décembre, avec une délibération prévue d’ici à l’été 2024.

Ce projet s’inscrit dans la continuité des efforts du président Emmanuel Macron visant à « réconcilier les mémoires » de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Le gouvernement français avait déjà ouvert la voie en 2020 en évoquant la possibilité de débaptiser l’avenue Bugeaud.

Une Mémoire à Décrédibiliser

La décision de la mairie de Paris est justifiée par le « discrédit » qui entoure la mémoire de Robert Bugeaud et son rôle « éminemment néfaste » dans l’histoire de la France et de l’Algérie. Les termes employés sont forts : Bugeaud est accusé d’avoir commis des actes que l’on qualifierait aujourd’hui de « crimes de guerre ».

Et ce n’est pas seulement en Algérie que le maréchal Bugeaud a laissé son empreinte sanglante. Il a également été impliqué dans la répression d’une révolte républicaine en France en 1834, montrant ainsi un mépris total pour les valeurs de la République.

Anne Hidalgo a confirmé son intention de débaptiser l’avenue Bugeaud tout en se disant « défavorable » à la généralisation de cette initiative. Elle préfère plutôt ajouter une dimension explicative à l’histoire, une approche qui semble difficilement conciliable avec la douleur que représente le nom de Bugeaud pour de nombreuses personnes.

L’Opposition et les Défenseurs de la Mémoire

Bien évidemment, ce projet suscite une opposition féroce, notamment de la part du maire du XVIe arrondissement, Jérémy Redler, issu des Républicains. Selon lui, la débaptisation des rues serait une porte ouverte à un dangereux « engrenage » et constituerait une « horreur » administrative pour les habitants de la rue en question.

Cependant, il est important de noter que le débat ne se limite pas à Paris. En octobre dernier, Jean-Michel Aphatie et Olivier Le Cour Grandmaison, respectivement journaliste et politologue anticolonialistes, ont publié dans le journal Le Monde une tribune intitulée : « À Paris, comme dans les autres villes concernées, la glorification du maréchal Bugeaud n’a que trop duré ». Ils ont rappelé les crimes du maréchal et ont appelé à la débaptisation des rues portant son nom ainsi qu’au déboulonnage des statues à son effigie.

Un Hommage à un Résistant

Le nouveau nom envisagé pour l’avenue Bugeaud est celui d’un résistant français, Hubert Germain. Ce choix symbolise un virage majeur dans la mémoire de Paris et de la France, passant d’une figure controversée de la colonisation à un homme qui s’est battu pour la liberté et la résistance.

La question qui se pose maintenant est de savoir si la mairie de Paris réussira à concrétiser ce projet qui, au-delà de changer un nom de rue, pose des questions essentielles sur la manière dont la France choisit de se souvenir de son passé colonial et de son impact sur les peuples colonisés.

La décision de la mairie de Paris d’envisager la débaptisation de l’avenue Bugeaud est un pas significatif vers la réconciliation avec un passé colonial douloureux. Elle suscite des débats passionnés, mais elle reflète également une prise de conscience croissante de l’importance de réexaminer l’héritage colonial de la France. Que ce projet aboutisse ou non, il reste un signe que la mémoire collective est en mouvement, cherchant à reconnaître les souffrances passées et à évoluer vers un avenir plus inclusif et équitable.

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