Viande au Ramadan 2024 : Les Algériens face à un choix crucial

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Viande au Ramadan 2024 : Les Algériens face à un choix crucial

À l’approche du Ramadan 2024, une question essentielle se pose pour les Algériens : mangeront-ils de la viande locale ou étrangère ? Cette interrogation est au cœur des préoccupations des professionnels de la filière viande rouge en Algérie, et elle soulève des inquiétudes quant à l’avenir de la production nationale. Dans un contexte où les étals des bouchers se remplissent de viande brésilienne et où les prix fluctuent, plongeons au cœur de cette problématique qui touche la table des Algériens.

Une Pénurie de Veaux pour le Ramadan

Miloud Bouadis, le président du Conseil professionnel commun de la filière viande rouge en Algérie, tire la sonnette d’alarme. Ses étables, d’ordinaire remplies à cette période de l’année, sont désespérément vides. Pourquoi ? L’arrêt des importations de broutards, ces jeunes veaux destinés à l’engraissement, est à l’origine de cette situation préoccupante.

Miloud Bouadis s’exprime avec une colère contenue, car il parle au nom des éleveurs engraisseurs algériens. Dans ses installations modernes, les auges, abreuvoirs et cornadis témoignent du professionnalisme de cet agriculteur. Il explique : « Cette année est particulière, car d’habitude, nous anticipons le Ramadan en préparant l’engraissement des veaux pour qu’ils soient prêts à temps. Mais cette année, les étables sont vides. On ne nous a pas permis d’importer des veaux à engraisser. Aujourd’hui, toute la filière des engraisseurs est à l’arrêt. Aucun engraisseur n’a acheté de veaux. »

Malheureusement, il déclare officiellement : « Il n’y aura pas de veaux engraissés pour le Ramadan. » Cette déclaration a des conséquences importantes, car cela signifie que l’Algérie devra importer de la viande de veau déjà engraissée, abandonnant ainsi la filière locale. Les producteurs locaux, autrefois engagés dans l’engraissement des veaux, devront envisager une reconversion.

Les Causes de l’Absence d’Importations de Veaux

Plusieurs facteurs contribuent à cette pénurie de veaux en Algérie. Tout d’abord, une taxe de 30 % à l’importation de bovins sur pieds est toujours imposée aux importateurs algériens, ce qui rend ces opérations coûteuses.

En outre, la maladie hémorragique épizootique (MHE) qui sévit en France, en Italie et en Espagne a conduit les services vétérinaires algériens à interdire toute importation de bovins sur pieds depuis la France. La MHE, bien que préoccupante, est gérée par des soins vétérinaires appropriés, mais cette mesure de précaution a affecté les importations algériennes.

L’Enjeu de l’Autonomie Alimentaire

Pour Miloud Bouadis, l’avenir de la filière algérienne de la viande réside dans la production nationale d’aliments pour le bétail. Il estime que l’augmentation des prix des aliments du bétail devrait inciter les éleveurs locaux à produire leurs propres fourrages.

Il souligne : « On ne doit dépendre de personne. » Il souhaite également que les éleveurs aient un rôle plus actif dans le choix des races animales pour l’engraissement, car certaines races prennent du poids plus rapidement que d’autres.

Pour que la filière bovine à viande soit rentable en Algérie, il est essentiel de maîtriser les marges des différents intermédiaires et de réduire le coût élevé des fourrages. La production alimentaire pour le bétail est une priorité pour atteindre l’autosuffisance. Cependant, cette tâche reste un défi majeur dans un pays semi-aride.

Les Complexités de la Filière Bovine Algérienne

En Algérie, l’importation de broutards implique de nombreux acteurs, des armateurs aux importateurs, des propriétaires de lazarets aux transporteurs. Ces opérations ont généralement été réalisées à partir de la France ou de l’Espagne.

La Turquie, quant à elle, préfère importer des broutards en provenance de pays moins chers que la France. Les éleveurs locaux doivent également faire face à la fluctuation des prix des aliments pour le bétail, ce qui affecte leur rentabilité.

Les Défis à Relever

L’avenir de la filière bovine à viande en Algérie est lié à sa capacité à surmonter les défis actuels. La maîtrise des marges, la réduction des coûts de production, la recherche de l’autonomie alimentaire et la gestion des flux d’importation sont autant de défis à relever.

Alors que le Ramadan 2024 approche, les Algériens se trouvent à un tournant décisif en matière d’approvisionnement en viande. Les choix qui seront faits auront des répercussions sur l’industrie de la viande en Algérie et sur la sécurité alimentaire du pays. Il est essentiel que les acteurs de la filière, des éleveurs aux importateurs, travaillent ensemble pour assurer un approvisionnement adéquat en viande locale pour les consommateurs algériens.

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