fay Le fondateur et rédacteur en chef de Algerie-Focus.com, Fayçal Anseur, a donné une interview au journal El Watan au sujet de la presse algérienne sur le Net et à l’occasion du premier anniversaire du journal, lancé le 1 er novembre 2008

« Peu de sites d’information algériens sont lancés par des journalistes »


El Watan: Parlez-nous de votre site, un bref état des lieux, quelques chiffres, dates…

Fayçal Anseur : Algerie-Focus.com a été lancé le 1er novembre 2008. Nous avions un gros défi à relever alors : démontrer que l’on peut créer un journal algérien sur internet avec peu de moyens financiers (150 euros comme capital) et humains (5 journalistes et un webmaster), mais qui serait capable, malgré tout, d’intéresser les lecteurs grâce à son contenu nouveau proposé dans l’esprit de l’internet 2.0.

Un an après, les résultats ont dépassé toutes nos attentes. De 700 lecteurs uniques par jour, nous sommes passés à une moyenne de 13 000 lecteurs par jour, soit à peu près 400 000 lecteurs uniques par mois. Le journal est aujourd’hui bien référencé par Google et souvent repris par d’autres sites et journaux.

Algerie-Focus.com c’est aussi des exclusivités et une trentaine de dossiers traités avec, à chaque fois, un invité, des articles, des caricatures et un sondage d’opinons. Nous avons donné la parole à des personnalités connues, comme à d’autres controversées, décriées voire censurées ailleurs. Nous ne sommes pas forcément d’accord avec nos invités, mais notre objectif final est d’informer, provoquer des débats, crever des abcès. En somme promouvoir la liberté d’expression en faisant modestement du journalisme démocrate, si je puis dire.

– Quels sont les avantages et les inconvénients d’un journal en ligne ?

Le premier avantage d’un journal en ligne c’est d’abord la facilité qu’offre internet pour la création d’un journal. Maintenant, il faut bien sûr l’alimenter et c’est à ce niveau que la question de sa pérennité se pose, sans oublier l’aspect pécuniaire qui, bien évidement, se posera ensuite quant à sa survie financière. Il faut s’assurer donc de l’engagement des journalistes à nous fournir des articles régulièrement. C’est un challenge quotidien quand ceux-ci ne sont pas payés pour leur travail, ce qui est le cas pour nous actuellement. Mais il faut, au préalable, établir une relation de confiance et de transparence. Notre journal a cette chance de pouvoir compter sur des personnes animées davantage par le désir d’informer, que par celui de s’enrichir. C’est une question de principe et d’engagement intellectuel.

Pour les inconvénients, il en existe plusieurs et c’est un combat de tous les jours qu’il faut mener pour les contourner. A la différence d’un journal classique, un journal en ligne fonctionne sur l’instantanéité, la rapidité à chercher, vérifier et traiter l’information avant de la diffuser. Le temps et la réactivité jouent donc un rôle important sur internet. Aussi, il est exigé une présence assidue. Je peux citer mon expérience personnelle en tant que journaliste issu de la presse papier. Je sens vraiment la différence. Je passe plusieurs heures par jour devant mon ordinateur.

Par ailleurs, le problème des attaques informatiques constitue un autre écueil. Notre journal est fréquemment la cible d’attaques de hackers, nous faisons le maximum pour éviter les coupures, mais parfois le journal est inaccessible. Cela quand ce n’est la qualité du débit internet en Algérie, qui est en cause. L’exemple de l’Eepad et de ces milliers d’Algériens privés du jour au lendemain de connexion internet, est éloquent à ce propos. D’autre part, je passe énormément de temps à modérer les commentaires des lecteurs. L’aide et l’apport de notre webmaster, Samir Belatèche, un vrai enfant algérien du Net, sont indispensables au journal.

En fait, les Algériens en ont gros sur le cœur, nous le sentons à travers leurs commentaires. Le hic, c’est que parfois certaines personnes confondent facilement le droit à la liberté d’expression avec insultes, diffamations et accusations infondées, etc. Nous faisons de notre mieux pour laisser tout le monde s’exprimer librement, sans recourir à la censure, en supprimant ou en corrigeant simplement les passages indélicats dans les commentaires. Et heureusement beaucoup de nos lecteurs ont compris cela.

– Actuellement, les sites d’informations en ligne se multiplient, pourtant beaucoup ne font que copier/coller des infos d’agences… Y a-t-il une vraie culture des rédactions web en Algérie ?

J’ai fait le même constat que vous. Certes, plusieurs sites algériens ont vu le jour dernièrement, mais peu, à mon avis, sont lancés par des journalistes ou des professionnels de la communication. Pour ma part, je suis heureux qu’il y ait ce genre d’initiatives, que j’encourage au demeurant. La raison est simple : l’Algérie accuse un retard certain en matière de présence sur internet, un média désormais incontournable. Rien qu’en comparaison avec nos voisins marocains ou tunisiens, nous sommes moins visibles sur le Net. Il faut bien commencer quelque part et c’est pour cela que je suis heureux de voir les choses bouger à ce niveau.

Je remarque aussi que les journalistes algériens ne s’impliquent pas assez (via les blogs par exemple, qui sont le b.a.-ba sur internet) ; il s’agit pourtant de l’avenir de leur métier. En Occident, le débat est déjà lancé sur l’avenir de la presse écrite classique, qui traverse une crise profonde à cause d’internet, la fuite des lecteurs et les menaces sur son indépendance éditoriale. L’Algérie n’est pas un village isolé, un jour ou l’autre ce problème frappera à la porte de la corporation.

Concernant les contenus des sites, il faut savoir que de grands journaux comme lemonde.fr, pour ne citer que lui, intègrent dans leurs sites des rubriques dépêches des agences. C’est là un complément d’information, en plus du travail des journalistes. Ils reprennent aussi les articles d’autres journaux partenaires.

Il faut comprendre une chose : sur internet on ne pas parler de concurrence à proprement parler, mais de complémentarité. En d’autres termes, le comportement du lecteur sur internet diffère de celui du lecteur de la presse papier qui a ses habitudes chez le marchand de journaux. Un lecteur sur internet peut en quelques clics visiter plusieurs sites afin de faire sa revue de presse, en multipliant les sources. Par conséquent, plus les sites échangent leurs informations, mieux ils en profitent en gagnant en audience.

– Vous faites régulièrement appel aux lecteurs. Les médias participatifs connaissent-ils de fortes audiences en Algérie ?

Oui, nous essayons de motiver les lecteurs à écrire, réagir et s’exprimer sur notre site. C’est le principe même de l’internet 2.0 : l’interactivité et l’échange. Pour cela, nous leur offrons la possibilité d’interpeller nos invités par leurs questions ; de publier des contributions dans notre « Tribune Libre », nous avons créé récemment une rubrique blogs, dont nous reprendrons les meilleurs articles dans le journal, etc.

Il est vrai, que ce genre de relation journalistes-lecteurs met du temps à s’installer, a fortiori dans l’internet algérien qui est encore en développement. Mais les premiers résultats nous permettent d’être optimistes pour l’avenir.

Pour conclure, je remercie le journal El Watan de m’avoir permis à mon tour de m’exprimer.

Par Sarah Ben

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