Cyberguerre au Maghreb : les dessous de la guerre numérique entre le Maroc et l’Algérie

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La cyberguerre entre le Maroc et l’Algérie s’intensifie, avec une escalade des attaques numériques entre les deux pays. Depuis 2020, des collectifs d’« hacktivistes » ont pris pour cible les institutions gouvernementales des deux pays, dans une guerre numérique qui mélange espionnage et cybercriminalité.

La Bibliothèque nationale du royaume du Maroc (BNRM) a récemment publié une mise en demeure à l’attention des hackers algériens, les invitant à arrêter de divulguer des données algériennes en échange de l’arrêt des attaques marocaines. Cette publication est la dernière riposte en date des hackers prétendant défendre la souveraineté numérique de leur pays en attaquant les institutions publiques du voisin.

L’escalade des attaques s’est poursuivie avec la publication de données confidentielles du ministère marocain de l’Éducation nationale, incluant des informations sur près d’un million d’étudiants. En représailles, des données sur des milliers d’élèves algériens ont été mises en ligne.

Cette crise interminable entre Rabat et Alger s’est propagée sur tous les fronts possibles, du sport à la diplomatie en passant par internet. Mais qui sont les groupes qui mènent ces attaques, comment opèrent-ils et quelle menace représentent-ils pour la sécurité numérique au Maghreb ?

Depuis décembre 2020, des collectifs de « hacktivistes » lancent des salves de cyberattaques contre les serveurs et sites web d’institutions gouvernementales. Ces groupes se déclarent de nationalité algérienne ou marocaine, sans qu’il soit possible de le vérifier. Initialement, ces attaques se limitaient à la modification de la présentation d’un site web piraté, mais elles ont pris un nouveau tournant en décembre 2022.

Face à cette situation, les autorités marocaines et algériennes ont renforcé leur sécurité numérique pour protéger leurs institutions publiques et éviter de nouvelles attaques. Cependant, la question de savoir qui gagne la cyberguerre reste en suspens. Seule certitude : la bataille continue et la sécurité numérique du Maghreb est mise à rude épreuve.

La cybersécurité en Afrique : face à la recrudescence des attaques, les gouvernements cherchent des solutions

Les demandes de rançon et les attaques de rançongiciels contre les gouvernements africains sont en recrudescence, avec des groupes cybercriminels cherchant à tirer des revenus de leurs opérations illégales. Cependant, les motivations des « hacktivistes » sont différentes, justifiant leurs actions par un engagement politique.

Dans cette bataille numérique, le choix des institutions attaquées résulterait d’un arbitrage technique, visant les pages les plus vulnérables. Il s’agit principalement de ministères et d’agences publiques moins importantes, qui contiennent moins d’informations sensibles à exploiter.

Face à cette menace grandissante, les gouvernements africains cherchent des solutions en renforçant leurs systèmes informatiques ou en passant à l’offensive. Par exemple, le Maroc a rejoint une plateforme commune de cyberdéfense avec Israël, Bahreïn et les Émirats arabes unis après la signature des Accords d’Abraham en décembre 2020.

Il est clair que la cybersécurité est un enjeu crucial pour les gouvernements africains. Ils doivent faire face à des groupes cybercriminels cherchant à tirer profit de leurs opérations illégales et à des hacktivistes motivés par des convictions politiques. Les gouvernements doivent donc renforcer leurs systèmes informatiques et trouver des solutions efficaces pour contrer ces menaces.

Sommet de la cybersécurité en Afrique : la coopération internationale pour lutter contre la cybercriminalité en augmentation

L’Afrique subsaharienne se mobilise face à la recrudescence des attaques cybercriminelles. En mars 2022, le premier sommet africain de la cybersécurité a eu lieu au Togo, avec l’adoption de la Déclaration de Lomé qui fixe le cap de la coopération entre les États membres de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies. Cette initiative vise à briser la loi du silence à laquelle se conforment les institutions attaquées, qui craignent de préserver leur réputation et de ne pas ébruiter leurs vulnérabilités.

Selon Clément Domingo, cofondateur de l’ONG Hackers sans frontières, la communication est la première étape pour se protéger. Les exécutifs espèrent ainsi rompre avec la loi du silence et encourager une meilleure coopération entre les institutions pour faire face à cette menace grandissante.

La cybercriminalité est un enjeu majeur pour l’Afrique, avec des pertes estimées à 4,12 milliards de dollars en 2021 et une perte de plus de 10 points de PIB, selon Kaspersky. Les gouvernements doivent donc travailler ensemble pour renforcer la sécurité numérique et protéger leurs institutions publiques contre les cyberattaques.

En fin de compte, la coopération internationale et la communication sont essentielles pour lutter contre la cybercriminalité en Afrique et protéger les gouvernements et les institutions publiques contre les attaques. Les pays doivent travailler ensemble pour renforcer leur sécurité numérique et prévenir les pertes économiques qui en résultent. La Déclaration de Lomé est un premier pas important vers cet objectif.

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