Entretien exclusif avec le Pr Noam Chomsky. Partie 5 et fin.  » C’est complètement aberrant pour moi d’attribuer les attentats du 11 septembre à l’administration Bush » (+ audio)

    0

    Exclusif. Pour sa première intervention dans un média maghrébin, le grand intellectuel engagé américain Noam Chomsky* a choisi Algerie-Focus.Com.

    Dans un entretien téléphonique qui a duré 40 minutes, Noam Chomsky nous a livré ses analyses sur les révoltes populaires en Tunisie, en Égypte et dans d’autres pays et l’embarras des États-Unis, d’Israël et de l’Europe qui craignent de voir des régimes “amis” tomber et remplacés par des démocraties libres.

    Nous avons également abordé avec lui plusieurs autres points : la situation en Algérie, le positionnement militaire américain dans la région du sahel, la nature de l’AQMI, etc.
    Il a aussi été question dans l’entretien, des dernières révélations de Wikileaks, de la politique d’Obama au Moyen-Orient, du cas iranien, de la politique israélienne, des attentats du 11 septembre,…

    Partie V : A propos des attentats du 11 septembre

    Remarque : le son dans cette vidéo est un peu haché à cause d’un problème technique lors de l’enregistrement de l’entretien. Nous avons veillé à retranscrire fidèlement les réponses du Pr Noam Chomsky ci-dessous/

    Algerie-Focus.com : Une majorité de l’opinion publique américaine ne croit plus à la version officielle sur les attentats du 11 septembre. Des organisations civiles réclament la réouverture de l’enquête. Le président Iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a demandé dernièrement dans une tribune à l’Onu la nomination d’une commission indépendante pour enquêter sur ces attentats. Quelle est votre avis ?

    Noam Chomsky : Cela concerne un certain nombre d’américains mais pas la majorité des Américains. Ils se posent des questions sur la version officielle sur ce qui s’est passé le 11 septembre, mais il ne faut pas exagérer. Il faut reconnaître que les États-Unis sont un pays très étrange, je n’ai jamais vu rien de tel dans ma vie, il y a une colère, une désillusion, une méfiance à l’égard de toutes les institutions.

    Il existe une aversion du Congrès, des banques, des corporations, du gouvernement, des scientifiques et presque tout est sujet à un extrême scepticisme sinon à une grande colère. Idem pour les institutions créées pour le 11 septembre, je pense, c’est une réflexion de ce qui se passe pour la plupart de la population, il ne faut pas oublier que pendant 30 ans les revenus réels de la majorité de la population ont stagné, avec des heures de travail qui se sont envolées par rapport à l’Europe. Les bénéfices étaient très bons et dans la ligne attendue.

    Cependant tout a une fin, et c’est très visible, cela s’est concentré sur une très petite partie de la population, 1% ou même moins. Les gens se sont accommodés des longues heures de travail, des dettes, de l’inflation des biens, ils ont acheté des maisons dont les prix augmentaient, mais il y a eu l’éclatement et aujourd’hui nous sommes dans une sérieuse crise économique.

    Les gens ont peur, ils ne sont pas rassurés, ils doutent de leurs futurs. L’industrie manufacturière qui donnait du travail à beaucoup est en grand péril et dans ces circonstances il y a un grand antagonisme a l’encontre des partis politiques, du Congrès, des autorités… et on peut prévoir, lorsque ces types de forces sont en jeu, que cela est dangereux, extrêmement dangereux.

    Mais en ce qui concerne le 11 septembre, tout le monde sait que s’ils lancent une nouvelle enquête officielle, l’enquête a déjà été menée, ils reviendront avec les même résultats. Enquêter,c’est ce que les officiels font aux États-Unis, et dans d’autres pays, et ils n’ont rien trouvé. De plus, ils comprennent le scepticisme et la colère de la population.

    Si l’administration Bush a quelque chose à voir avec le 11 septembre (les attentats), ou supposons même qu’elle l’ait organisé – ce qui est complètement aberrant pour moi – dans ce cas ils n’auraient certainement pas accusé les Saoudiens mais les Irakiens, car ce qu’ils voulaient à terme, ce n’était pas un secret, c’était envahir l’Irak. Pourquoi, alors, accuser les Saoudiens et pas les Irakiens ? En fait en accusant les Saoudiens ils ont ruiné la relation qui existait avec l’un de leur plus précieux alliés, avec qui ils ont travaillé côte à côte en Afghanistan. Si l’administration Bush avait directement accusé les Irakiens, ils auraient pu immédiatement faire voter une résolution et avoir le support de l’ONU, sans avoir à inventer toutes ces histoires et fables à propos des relations supposés de Saddam Hussein avec Al Quïda et les armes de destructions massives. Alors, sauf si nous sommes prêts à assumer qu’ils sont purement et simplement fous, cette histoire ne tient pas.

    Entretien réalisé par Fayçal Anseur

    Entretien en Anglais

    Algerie-Focus.Com : It seems that a majority of people in the American public opinion do not believe in the official version of the terrorist attacks of September 11 anymore. Civil organisations are asking for the reopening of the file ; the Iranian President at a recent UNO speech asked for the appointment of a independent commission to investigate on these attacks. What is your position on this subject ?

    Noam Chomsky
    : It is not a majority of the Americans; it is a substantial number of Americans. They question the official version of what happened on 9/11, but one should not exaggerate. You have to recognize that United States is a very strange state, I have never seen anything like it in my life, there is anger, disillusionment and distrust of all institutions.

    There’s a dislike of Congress, of banks, corporations, government, scientists, almost everything is subject to extreme scepticism, if not great anger. It is the same for 9/11, I think; it’s a reflexion of what is happening for the best of years for most of the public. You should bear in mind that for 30 years, for a majority of the public, real incomes have almost stagnated, working hours way far more than in Europe, the benefits were very good the of standard in line.

    Meanwhile this is the end, well that’s very visible, but it is concentrated to a very small part of the population 1% or even less than 1 %. The people have been getting by working for hours, by growing debts, inflating of assets, buying homes for the prices going up, and bursts, and right now we are in pretty serious economic crisis.

    People are frightened unsecure, their futures are in doubt. The manufacturing industry which gave work for people is in a great perish and in those circumstances there is a great antagonism towards political parties, Congress, official stories and towards anything you could mention. And predictably, when those kind of forces are jeopardize that’s dangerous, extremely dangerous, but it’s there.

    But with regards to 9/11 itself, anyone knows that if they are launching official investigation they will come out with the same conclusions as the investigation have been carried out, that is what officials do in the US, and in other countries, and they didn’t come up with anything… Furthermore, they understand the scepticism and anger.

    The idea that the Bush administration had anything to do with 9/11 is pretty difficult to sustain. Let’s suppose that they did or had something to do with it, or suppose that they organised it – which is outlandish in my opinion – well suppose that they did, in that case they would certainly not blamed it on Saudis they would have blamed it on Iraqis, because what they wanted to do in time is no secret was to invade Iraq. Why blame it on the Saudis in that case ? Certainly, they would have blamed on Iraqis. In fact, by blaming it on Saudis they ruined the relationship with one of their most valuable ally who have worked side shows in Afghanistan ; if they’d blamed it on Iraqis, they could have right ahead ran a resolution, have Nato support and did not have to invent the stories and fables about Saddam Hussein supposed relation with AL Quaeda and the mass destruction weapons and so on. Unless we are willing to assume that they are just lunatics that story doesn’t pull off.

    Interview by Fayçal Anseur

    Retranscrition by http://www.algerie-focus.com//

    (*)Biographie de Noam Chomsky

    Noam Chomsky, originaire d’une famille juive de Pennsylvanie, passe son enfance absorbé par la lecture. Après son doctorat, il se lance dans la linguistique, en rejetant les idées en vigueur. Il est connu comme le fondateur de la grammaire générative transformationnelle et enseigne la linguistique au MIT (Massachusetts Institute of Technology) à partir de 1955, puis y devient professeur honoraire.

    Noam Chomsky s’engage publiquement en politique, notamment contre la guerre du Viêt-nam dont il est l’un des principaux opposants. Ses sujets de prédilection : la guerre et la paix, l’intelligence, la créativité, l’humanité, les sciences sociales… dépassent très largement la linguistique. Avec plus de 30 livres et 700 articles, il est l’un des auteurs les plus cités.

    Très connu pour son activisme politique et notamment sa critique de la politique étrangère des États-Unis- notamment leur soutien inconditionnel à Israël- et des médias, Noam Chomsky, sympathisant de l’anarcho-syndicalisme, se définit lui-même comme un anarchiste socialiste. Chomsky considère que le mot “terrorisme” permet aux gouvernements de se dédouaner de la dimension terroriste de leurs propres politiques. Il est également un fervent défenseur de la liberté d’expression.

    En ce qui concerne les médias, Noam Chomsky a cherché à révéler les processus par lesquels ceux-ci tendent à enfermer les sociétés démocratiques dans un carcan idéologique. Il montre comment les médias inondent l’électorat sous un flot d’informations beaucoup trop dense pour qu’il puisse servir de support à la réflexion et qui conduit à des analyses à sens unique, basées sur des présupposés jamais remis en question. Démythifiant la prétendue neutralité des médias, Chomsky dévoile leur servilité envers le pouvoir.

    Très apprécié à l’extrême gauche, Noam Chomsky est soumis à de vives critiques de la part des libéraux et des partisans de la droite américaine. Cependant, reconnu comme l’un des plus grands intellectuels vivants, Noam Chomsky a reçu de nombreux diplômes honorifiques des plus grandes universités du monde. Il est l’auteur d’une centaine de livres

    • نبذ ة عن حياة وأفكار نعوم تشومسكي:
    أمضى نعوم تشومسكي , النمحدر من عائلة يهودية من بنسلفانيا, طفولته منغمساً في المطالعة. بعد نيله شهادة الدكتوراه, تفرّغ للبحث في علم الألسنيات رافضًا بقوة بعض الأفكار. يعرف بأنه مؤسس قواعد النحو التوليدي المتحول. قام بتدريس علم الألسنيات في معهد ماساتشوستس للتكنولوجيا منذ العام 1955, ليصبح لاحقاً أستاذا فخريا لهذه المادة.
    إنخرط تشومسكي في الشأن السياسي العام , وكان أبرز المعارضين لحرب فييتنام. تخطت إهتماماته مجال الألسنيات لتشمل قضايا: الحرب والسلام, الذكاء, الإبداع, الإنسانية والعلوم الإجتماعية. يعتبرمن بين المؤلفين الأكثر ذكرًا كمراجع لبحث خاصة وأنه خط ما يزيد عن ال30 كتابا و700 مقال.
    إشتهر بحراكه السياسه لا سيما انتقاده لوسائل الإعلام و للسياسة الخارجية الأميركية خصوصا لدعمها غير المشروط لاسرائيل. كما عرف بتعاطفه مع العمل النقابي الفوضوي , واصفا نفسه با”لإشتراكي الفوضوي”
    يعتبر نعوم تشومسكي أن مصطلح “إرهاب” يسمح للحكومات بتبرير البعد الإرهابي لسياساتها الخاصة. وهو من أشد المدافعين عن حرية التعبير.
    فيما يتعلق بوسائل الإعلام , فضح تشومسكي علاقتها الملتبسة بالسلطة نازعًا القناع عن فكرة حيادها المزعوم. وجهد في كشف الطرق التي تتبعها لتقييد المجتمعات الديموقراطية أيديولوجياً. فهي تغرق الناخبين بكم هائل وكثيف من المعلومات بشكل موجه يفرض (a revoir stp)عليهم تحليلات ذات معنى موحد مبنية على إفتراضات جدلية.
    يتعرض تشومسكي , المقدر جدا من اليسار المتطرف, لانتقادات شديدة من قبل الليبراليين وأنصار اليمين الأميركي. مع ذلك, نال العديد من شهادات الشرف من أرقى الجامعات في العالم ليبقى معروفًا كأحد أكبر المفكرين الأحياء.

    Article précédentOxford Business Group/ Ce que l’Algérie est en train de faire pour moderniser son enseignement supérieur
    Article suivantEquipe nationale/ Gourcuff accuse Raouraoua d’imposer des joueurs