patrons algériens

Une nouvelle tendance émerge au sein des poids lourds du monde de l’entreprise en Algérie. Désormais, les sociétés privées et les filiales algériennes des multinationales privilégient moins l’ancienneté que la performance individuelle d’un salarié dans leur grille de salaires. C’est ce que révèle l’étude du cabinet de conseil Paymed, un cabinet algéro-tunisien, sur la rémunération en Algérie, dont nous nous sommes procurés une copie.

« Il y a du business en Algérie », sourit Haykel Barbouch, cofondateur du cabinet de conseil Paymed. Il en veut pour preuve les intentions d’embauche des 72 entreprises algériennes, parmi lesquelles des filiales de multinationales, auditées par son cabinet. 69% des directions de sociétés interrogées, soit les deux tiers, disent prévoir de grossir leur effectif en 2015, se réjouit Haykel Barbouch, s’appuyant sur les données collectées par Paymed dans son étude annuelle sur la rémunération en Algérie, dont nous détenons une copie.

7,5 millions de Da par an en moyenne pour un directeur d’entreprise

Les projections du FMI sur l’évolution du taux de chômage en Algérie, qui devrait grimper de 9,8% à 11,7% entre 2013 et 2014, ont beau être pessimistes, les grosses cylindrées du pays se portent bien. En plus de recruter, la grande majorité des entreprises algériennes, sondées par Paymed, notamment Sovac, Cevital et Roubia, affirment avoir l’intention d’augmenter les salaires de leurs employés de l’ordre de 7%. Et cela devrait profiter en priorité au « middle managment », comprendre le « management de proximité ».

« Tout ce qui est chef d’équipe, de service, de département. Ils ont longtemps été les parents pauvre de l’entreprise. On remarque qu’en moyenne leur revenu a été augmenté de 10%. Cela suit une logique d’ajustement », souligne Haykel Barbouch. « On reconnaît enfin leur importance au sein de l’entreprise, ils sont de plus en plus demandés », poursuit le consultant franco-tunisien.

 Les managers et directeurs d’entreprises, qui disposent déjà d’un salaire annuel confortable, respectivement de l’ordre de plus de 3 millions et de 7 millions de DA, vont eux aussi voir leur rémunération rehaussée en 2014, d’après un graphique de l’étude de Paymed. « Depuis quelques années on assiste à une banalisation du package de 5 millions de dinars annuel pour les top managers. Aujourd’hui, ils touchent plutôt un salaire de l’ordre de 7,5 millions de DA, voire plus », analyse Haykel Barbouch. Les directeurs d’entreprise algériens sont ainsi les mieux payés d’Afrique du nord, devant leurs voisins égyptiens, marocains et tunisiens, selon un graphique de l’étude de Paymed.

Jusqu’à 3 millions de DA pour un ingénieur

Le profil que les entreprises algériennes s’arrachent : les ingénieurs d’Etat sans surprise. L’étude de Paymed, présentée mardi 21 octobre à l’hôtel Sheraton d’Alger, souligne ainsi une « tension salariale » en ce qui concerne les postes d’ingénieur. A l’origine, « la fuite des cerveaux algériens à l’étranger », explique Sofiane Chakki, l’associé d’Haykel Barbouch. « L’école algérienne ne produit pas suffisamment d’ingénieurs pour tirer la croissance du pays vers le haut, sachant en plus que les meilleurs d’entre eux ont tendance à émigrer », développe ce consultant franco-algérien.

Dans ce contexte, le salaire annuel des ingénieurs, qui restent au pays, s’envole. Selon Paymed, il est compris dans une fourchette allant de 800.000 à 1,8 millions de DA, certains pouvant même percevoir 3 millions de dinars par an ! « Le salaire d’un ingénieur à l’embauche, même sans expérience est très élevé dans le secteur de l’IT [ndlr Informatique et télécommunication], parce qu’ils ont besoin de leurs compétences très pointues », précise Sofiane Chakki.

Les secteurs d’activités qui payent le mieux

En Algérie, trois secteurs d’activités offrent une rémunération plus avantageuse que les autres, indique l’étude de Paymed. « Historiquement c’est le secteur de l’énergie qui paye le mieux, notamment les cadres d’entreprise. Il a depuis été rattrapé par les secteurs pharmaceutiques et des télécommunications, qui sont bénéficiaires », détaille Haykel Barbouch. En revanche, le marketing est l’un des secteurs qui rémunèrent le moins bien en Algérie, d’après ce cabinet de conseil. « Dans un pays où tout se vend sans publicité on n’a pas vraiment besoin des marketeurs », considère Sofiane Chakki.

L’étude de Paymed met surtout en exergue une nouvelle culture d’entreprise. L’expertise et l’ancienneté ne suffisent plus, l’expérience et le mérite sont désormais les principales qualités valorisées dans la grille de salaire des sociétés algériennes, avance le cabinet de conseil. Alors que, pendant longtemps, les salariés algériens du secteur privé percevaient un salaire fixe, depuis peu une partie d’entre eux, notamment ceux occupant des postes à responsabilités ou les commerciaux, voient un pourcentage de leur rémunération indexé sur leur performance individuelle.

« C’est la gestion par les compétences et les talents de l’entreprise. On responsabilise les employés », observe Haykel Barbouch. Une révolution que les principaux concernés digèrent mal. En Algérie, l’esprit égalitariste, hérité de l’ère communiste, est encore dominant, même dans le secteur privé. Difficile donc pour les chefs d’entreprise d’imposer à leur effectif cette nouvelle culture, confient les deux consultants. Pour l’heure, les agents commerciaux sont les plus touchés par cette nouvelle tendance. « 48% du salaire des commerciaux des entreprises auditées est indexé sur la performance individuelle. Cela explique notamment le fait que cette population active soit relativement volatile », précise Haykel Barbouch.

Si la part variable de la rémunération est de plus en plus répandue dans les grilles salariales des entreprises algériennes, la rémunération différée est une pratique encore peu développée. D’après l’étude de Paymed, 69% des sociétés auditées disent ne pas élaborer de plans de motivation salariale à long terme. « Le cadre légal et fiscal en Algérie ne s’y prêtent pas. La bourse du pays non plus. Donc la rémunération sous forme de stock otpion ou en action n’existe quasiment pas en Algérie », explique Sofiane Chakki.

La voiture de fonction n’est plus un luxe

Le rapport de Paymed aborde enfin la question des avantages en nature, dont bénéficient les salariés. A ce propos, le cabinet de conseil note que les sociétés algériennes ont tendance à pallier les défiances de l’Etat en matière d’infrastructures et de services publics. C’est notamment le cas pour le problème du transport. « Les entreprises proposent soit un système de ramassage collectif, soit des primes pour l’acquisition d’un véhicule soit un véhicule de fonction », fait ainsi remarquer Haykel Barbouch.

À ses côtés, Sofiane Chakki renchérit : « Les cadres algériens exigent d’avoir leur voiture de fonction. Ce n’est plus un luxe. La voiture de fonction est davantage perçue par les cadres algériens comme un élément statutaire que leurs homologues européens, qui préfèrent utiliser leur véhicule personnel et un remboursement kilométrique ». Concernant les modèles de voiture, les BMW ont les faveurs des directeurs d’entreprises tandis que les managers et commerciaux roulent généralement en Renault Megan.

Originally posted 2014-10-22 16:04:47.

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