Au sommet de l’Etat, les événements vont un tantinet trop vite pour le commun des Algériens. Ces jours-ci, un remaniement ministériel se prépare dans le sillage de l’adoption des nouvelles disposition de la constitution qui sont passées comme une lettre à la poste au niveau des deux chambres du Parlement. 

Mais le choix des futurs ministres et hauts responsables en cette période très délicate pour le pays suscite de nombreuses inquiétudes, y compris au sein du sérail et des cercles proches du régime. Depuis plusieurs jours, en effet, Abdelaziz Bouteflika prépare son casting. Celui-ci est mené de manière très dangereuse pour l’avenir du pays car il ne privilégie nullement la compétence, le mérite ou les capacités à prendre des décisions stratégiques. Loin s’en faut! Bouteflika recourt, une nouvelle fois, au sempiternel jeu des « équilibres » ou le « consensus entre les différents clans », a-t-on appris de plusieurs sources bien au fait de ce dossier.

Selon nos sources, le régime est en ce moment divisé en trois principales ailes : d’abord, celle des hommes d’affaires et de l’oligarchie menée par le richissime Ali Haddad et ses acolytes du FCE. Ensuite, l’aile dite politique, conduite par Amar Saâdani et ses partisans au FLN qui a tissé une alliance stratégique avec le général-major Ahmed Gaïd Salah, chef d’Etat-Major de l’Armée, ainsi que d’autres généraux qui lui sont fidèles. Enfin, l’aile d’Ahmed Ouyahia, renforcée récemment par une alliance composée de plusieurs petits partis que le directeur du cabinet de la Présidence de la République a réussi à fédérer autour de sa personne, à l’image du MPA d’Amara Benyounès. Grâce à ce jeu d’alliances, Ahmed Ouyahia signe son retour en force sur l’échiquier politique puisqu’il avait réussi à stopper l’influence du FLN, son rival au sein du sénat, à la suite des récentes élections sénatoriales. Ouyahia a même obtenu l’exploit  de conserver Abdelkader Bensalah, membre du RND, à la tête du Sénat, alors que le FLN voulait rafler ce poste stratégique et la majorité absolue.

Le RND triomphe et bloque le raz-de-marée du FLN. Les manoeuvres d’Ahmed Ouyahia renforcent sa position au palais d’El-Mouradia. De cette bataille presque perdue des sénatoriales,  le FLN d’Amar Saâdani en sort très affaibli. De plus, la nouvelle constitution met à la poubelle de nombreuses propositions portées par le FLN, à l’image de la nomination d’un premier ministre issu de la majorité parlementaire. A cela, il faut ajouter une autre défaite amère pour Saâdani : la mise à l’écart de son allié Ahmed Gaïd Salah de la restructuration des services de renseignement. Toutes les nouvelles directions du renseignement algérien ont échappé au contrôle de Gaïd Salah. Son pouvoir s’affaiblit et les décisions de Bouteflika sonnentt comme un cinglant rappel à l’ordre à  l’égard du général-major qui se croyait incontournable dans les arcanes du pouvoir.

Tous ces événements ont  modifié les rapports de force entre les trois différentes ailes du régime algérien. Abdelaziz Bouteflika, se plaçant en rabitre, redistribue les cartes pour assurer son maintien au pouvoir sans grabuge ni fronde. Des informations insistantes indiquent que le Président compte réhabiliter Ahmed Ouyahia en lui confiant la mission du diriger le futur gouvernement. On murmure également que plusieurs ministres du FLN seront écartés. Des hommes parrainés par Ahmed Gaïd Salah sortiront aindi par la petite porte. L’oligarchie conduite par un Ali Haddad, silencieux ces jours-ci, mais très actif dans les coulisses à travers ses relais, trouvera aussi sa satisfaction dans le retour de certains anciens ministres au pouvoir, à l’instar d’Amara Benyouès.

Toutefois, cette reconfiguration n’est guère rassurante. Même les acteurs les plus proches du régime tirent la sonnette d’alarme : le pays a-t-il besoin en ce moment d’un premier ministre nommé Ouyahia ? L’homme qui a collectionné les échecs durant des années est-il réellement celui qu’exige la situation ? Bouteflika ne semble pas se préoccuper de ces enjeux. Il semble avoir oublié que l’économie algérienne continue de payer les fâcheuses conséquences de la loi de finances 2009, élaborée par un certain Ahmed Ouyahia. C’est ce même homme qui a imposé la généralisation du Crédit documentaire qui a mené le pays à une explosion des importations. Et c’est encore Ahmed Ouyahia qui a suspendu le crédit à la consommation lequel aurait pu booster la production nationale depuis 2009, s’il avait été maintenu.

Plusieurs sources soulignent, par ailleurs, qu’Ahmed Ouyahia entretient de très mauvaises relations avec les experts et les économistes. Il avait joué un rôle pernicieux dans la démission du défunt Mohamed-Salah Mentouri, l’ancien président du Conseil national économique et social (CNES) en 2005. Depuis ce jour-là, l’expertise du conseil est marquée du sceau de la bienveillance à l’égard du gouvernement. Toutes ces données, et bien d’autres encore, soulèvent de nombreuses interrogations sur le bien fondé du casting mené par Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier serait même tenté d’écarter Nouria Benghabrit du ministère de l’Education, alors que celle-ci a entamé un excellent travail de modernisation qui avait redonné de l’espoir aux élites algériennes.

Quoi qu’il en soit, le cercle Présidentiel qui préside aux destinées de l’Algérie inquiète par ses manœuvres politiques sournoises et compromet dangereusement l’avenir du pays, en reléguant au second plan les critères de compétence dans la nomination des responsables appelés à occuper les hautes fonctions de l’Etat.

Originally posted 2016-02-07 12:35:57.

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