Détournement de devises : Un importateur de riz change de registre de commerce en pleine nuit

0
1289

La surfacturation dans les opérations d’importation en vue de transférer illégalement des devises à l’étranger est une pratique devenue ordinaire, voire trop ordinaire, en Algérie. Mais l’ouverture des portes d’une agence bancaire la nuit au profit d’un importateur pour qu’il puisse changer sa domiciliation est une première ! Et que le même importateur se retrouve pendant la même nuit dans les locaux du Centre National du Registre de Commerce (CNRC) pour falsifier son registre est également un cas sans précédent. Et pourtant, cela s’est bel et bien passé à Oran. 

Inédit ! Pour échapper au contrôle des douaniers,  un importateur algérien a réussi en l’espace d’une nuit à falsifier son registre de commerce, modifier sa carte NIF (Numéro d’identification fiscale) et changer sa domiciliation bancaire. Cet importateur a bénéficié de plusieurs complicités pour pouvoir échapper aux Douanes algériennes qui ont bloqué récemment, au port d’Oran, sa cargaison de riz importé. Les douaniers ont découvert que dans les documents présentés par cet importateur opérant au niveau d’Oran et d’Annaba, le riz en question est facturé à 0,4 Dollars le kilo. En revanche, dans son dossier d’importation traité au niveau de l’agence bancaire de Natixis Algérie à Oran, il est mentionné dans ses factures que son riz est facturé à 4 Dollars le kilo.

Cette différence de prix a suscité les soupçons des douaniers algériens qui ont lancé rapidement une procédure pour vérifier si cet importateur n’a pas recouru à la surfacturation pour transférer illégalement des devises à l’étranger. Les soupçons des douaniers se sont vite avérés fondés et l’opération a été bloquée. L’importateur indélicat, pour sauver sa peau, a réagi rapidement en demandant à ses complices au niveau du CNRC d’Oran et à l’agence bancaire d’une Banque Occidentale établie à Alger de modifier ses coordonnées afin d’échapper aux enquêteurs des Douanes algériennes.

Ces dernières ont déposé une plainte contre cet opérateur malhonnête. Ce dernier avait voulu ainsi transférer illégalement, pour chaque tonne de riz importée, pas moins de 4 000 Dollars, alors que le prix réel ne dépasse guère les 400. On ignore encore les quantités exactes de riz importées par cet importateur véreux. Mais cette opération de surfacturation permet facilement de transférer des millions de dollars étant donné que ces importateurs de cet acabit commandent habituellement des navires entiers transportant plusieurs dizaines de tonnes de riz.

Pour de nombreux banquiers algériens, cette nouvelle affaire de détournement de devises relance, plus que jamais, le débat sur l’article 44 du règlement 07-01 de la Banque d’Algérie. Cet article permet aux banques algériennes de procéder  à la remise documentaire, un moyen de paiement pour les importateurs, sans même exiger un document douanier de mise en consommation. Dans ce contexte, rien ne va empêcher cet importateur d’emprunter de fausses identités pour continuer à surfacturer ses importations à Oran, Annaba ou ailleurs en Algérie…