Vingt-quatre heures après l’explosion qui a soufflé un café de Marrakech et fait 16 morts, tour d’horizon du web marocain.
Horreur, dégoût, incompréhension. Depuis l’attentat qui a tué 16 personnes hier matin dans un café de la place Jemaa El-Fna à Marrakech, les commentaires de marocains sous le choc affluent sur le net. «Je suis choqué, attristé et tous les mots par cette barbarie humaine ; je sais plus comment commencer mon billet, comment crier ma révolte devant cet horrible crime», s’indigne Agharass sur son blog. Sur place, les Marrakchis partagent leurs impressions. La place Jemaa El-Fna, un des hauts lieux touristiques de la ville, est resté entièrement vide hier soir. «A la place d’un festival nocturne de devins, conteurs, restaurants ambulants, chanteurs et danseurs, la place est devenue une zone d’investigation policière», peut-on lire sur le site Maghreblog.

Sur les réseaux sociaux, on s’active pour apporter un soutien aux victimes et à leurs familles. Des actes de solidarité spontanés sont organisés, comme cette collecte de sang pour l’hôpital de la ville. Tout est parti d’un twitt posté par un dénommé Bakhouna hier après-midi: «Urgent besoins de dons de sang au centre de transfusion sanguine de Marrakech !!!» Illico presto, le message a été relayé par plusieurs centaines de personnes. Parmi elles, Mohamed El Baroudi, un habitant de Marrakech. «J’ai vu des appels sur Facebook et sur Twitter. Et je me suis dit que c’était la moindre des choses à faire en ces circonstances», raconte-t-il au NouvelObs.

Un «alibi» pour freiner les réformes?

Dès hier soir, l’émotion et la colère ont laissé place à l’inquiétude. Qui en veut au Maroc? Pourquoi ici? Et surtout, cet attentat va-t-il sonner le glas de la contestation contre le régime du roi Mohammed VI? «Depuis deux mois, à quelques exceptions près, ce mouvement est resté pacifique. (…) L’attentat de Marrakech paraît plus susceptible d’entraver l’action des jeunes de la société civile regroupés au sein du « 20 février » (nom du mouvement ndlr) plutôt que de l’aider», craignait ce matin l’auteur du blog Maroc Espace. Pour Maghreblog, cet événement «ne pouvait pas survenir à un pire moment», et pourrait «faire dérailler ou retarder» le train des réformes engagées par le gouvernement.

Sur le site Goud.ma, Nadia Lamlili va plus loin. Selon elle, le régime pourrait se servir de l’attentat comme d’un «alibi pour baillonner ce formidable mouvement d’éveil des consciences», et réduire les libertés publiques au nom de la lutte contre le terrorisme. Elle se souvient des dérives sécuritaires menées après les attentats de Casablanca, en mai 2003: «Il y a eu près de 5000 arrestations, avec leur lot de tortures et de disparitions forcées, en plus d’une législation anti-terroriste qui a doté les sécuritaires de pouvoirs étendus.» En écho, le blogueur Agharass adopte le même point de vue. «Ce qui s’est passé comme crime a Marrakech doit être puni par l’usage des outils de la justice et non pas par l’arbitraire des sécuritaires», défend-t-il.

Pourtant, l’espoir de changement n’a pas disparu chez les internautes marocains. «Ceux qui croient que le Maroc risque gros avec les manifestations (…) se trompent. C’est cette mobilisation qui va semer les germes d’une démocratie durable. La politique de l’autruche nous fera juste rater un grand rendez-vous avec l’histoire», continue Nadia Lamlili sur Goud.ma. «La vie reprend et le Maroc va se relever», prédit à son tour Ghassen Bouatlaoui sur Twitter, alors que l’auteur de Maghreblog assure que cet événement «ne doit pas perturber la lourde tâche des réformes démocratiques.» Le ministre de la Communication marocain, Khalid Naciri, a d’ailleurs annoncé ce matin la poursuite du processus de démocratisation. Pas sûre que cela suffise à calmer les commentaires du web marocain.

Libération

Originally posted 2011-04-29 16:14:19.

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