Les parlementaires affiliés au Front de libération nationale (FLN) de la wilaya de Tébessa sont, visiblement, au centre de tous les scandales qui éclatent dans cette région frontalière du pays.

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Cette fois, ces “élus du peuple” sont au cœur d’un esclandre autour de l’accaparement illicite de centaines, voire de milliers, d’hectares d’assiettes foncières dans la ville de Tébessa et sa périphérie, apprend-on d’activistes locaux engagés dans la lutte contre la corruption.

Selon nos sources, tout a commencé durant l’été 2010. A cette époque-là, un individu s’empare illégalement d’un lot de 1000 m² dans la zone d’activité et de dépôt (ZAD), sur la “route Bekkaria”. L’indu occupant y érige un imposant hangar. Un Procès-verbal est aussitôt établi par la commission de lutte contre les constructions illicites. Le 27 juillet 2010, une décision de démolition (décision n° 477) tombe. Le 29 août de la même année, les services compétents mobilisent la force publique pour mettre à exécution cette décision. Peine perdue. Sur les lieux, le squatteur s’avère intouchable. Vraisemblablement, il avait assuré ses arrières avant de commettre son forfait. Djemiai Achref Eddine, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est le neveu du puissant député (FLN) Djemiai Mohamed.

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Ce jour-là, deux puissants parlementaires du parti au pouvoir, le sénateur Direm Djamel, et le député Sebti Louafi, s’interposent avec leurs véhicules et empêchent l’éradication de la construction illicite, selon une correspondance datée du même jour, adressée par le P/APC d’alors, Belkacem Djamel, au chef de daïra ainsi qu’au wali de Tébessa, dont nous détenons une copie. Dans sa requête, M. Belkacem évoque deux “obstacles” ayant entravé l’application de la loi. Il s’agit d’ “attroupement à l’aide de véhicules devant l’engin” et l’ “opposition de deux parlementaires, Direm Djamel et Sebti Louafi, en leur qualité de représentants du peuple, ce qui, d’après eux, leur confère le droit d’empêcher l’opération de démolition”. Ce qui a, selon le même document, poussé l’ex-édile communal à renoncer à l’opération “afin de préserver l’ordre et la sécurité publics”.

Contacté par nos soins, l’ex-P/APC justifie son renoncement par “le tribalisme qui caractérise Tébessa“. D’après lui, le moindre affrontement pouvait mettre le feu aux poudres et provoquer une guerre entre tribus rivales. “A l’époque, j’ai subi d’énormes pressions. J’ai même failli démissionner de mon poste “, se rappelle-t-il.

Ce forfait a ouvert la voie à d’autres envieux. Ayant constaté l’impuissance de la force publique et la nullité de la loi devant le gangstérisme ambiant dans ce no mans land, de nombreux Tébessis se sont, à leur tour, emparés illicitement d’autres assiettes foncières fort convoitées. Les membres du collectif de lutte contre la corruption parlent d’entre “2000 et 3000 lots de terrains” squatté depuis aux lieudits Trab Ezzehouani, El Arrami et La Roquette, entre autres.

Le contexte de l’époque était favorable à tous les forfaits, pourvu que l’on ne touchât pas à “la stabilité” du pays. Le vent de révolte soufflait fort sur le monde dit arabe, dont la Tunisie, à un jet de pierre de Tébessa. “Durant cette période, souvenez-vous, souligne à juste titre M. Belkacem, les pouvoirs publics ont suspendu la lutte contre tout ce qui pouvait provoquer une grogne généralisée par les citoyens.” Effectivement, à cette époque, le pouvoir a toléré, voire favorisé par son discours, les phénomènes des constructions anarchiques et du commerce informel notamment.

A défaut de pouvoir joindre Djemiai Achref Eddine, nous avons contacté son père Brahim. Celui-ci affirme, en effet, que son fils “avait un hangar à la zone d’activité.” Mais, défend-il, “mon fils était en situation régulière. D’ailleurs, par la suite, il l’a vendu son bien et il est allé s’installer, en famille, en Chine. Je ne suis plus en contact avec lui.”

Quant aux parlementaires FLN, Direm Djamel, Sebti Louafi et Djemiai Mohamed ainsi que l’actuel P/APC de Tébessa, ils sont demeurés injoignables durant toute la journée d’hier et la matinée d’aujourd’hui.

Les membres du collectif “La marche nationale de la jeunesse libre pour la dénonciation des cas de corruption à Tébessa” fustigent, en outre, “des pressions, des intimidations et des menaces au quotidien de la part d’individus à la solde de la mafia locale”. Ils lancent un SOS en direction des pouvoirs publics pour leur assurer la sécurité et l’ouverture d’enquêtes judiciaires à l’encontre des “barons du trafic à Tébessa”.