Me Saïd Younsi, l'avocat de Kamel Chikhi, dit "Kamel El Bouchi", l'importateur de la viande congelée dans laquelle a été découvert, le 29 mai dernier à bord d'un navire au large du port d'Oran, les 701 kg de cocaïne, n'est pas allé avec le dos de la cuillère pour relever des "incohérences" contenus dans le dossier de l'enquête préliminaire relative à cette affaire. Dans un entretien accordé au quotidien francophone "El Watan", celui-ci a évoqué la visite rendue par "un responsable au ministère de la Justice" à son mandant. "Pour quelle raison ce responsable se déplace-t-il en prison pour discuter avec Kamel Chikhi ?", s'est demandé l'avocat. Allant plus loin, ce dernier a également cité des "faits troublants" relatifs au "filtrage" des vidéos enregistrées dans le bureau de Kamel Chikhi et qui sont la cause de l'inculpation de plusieurs personnes. "Parmi les images, on voit un conservateur dans le bureau de Kamel Chikhi, avec un juge, président d’un tribunal administratif. Le conservateur est en prison, le magistrat n’a jamais été inquiété. Je ne dis pas que ce dernier est impliqué", dira-t-il à ce propos. Younsi est également revenu sur les déclarations de l'ancien patron de la police, le général-major Abdelghani Hamel, qui avait parlé de "graves dépassements lors de l’enquête préliminaire" et a affirmé "détenir des informations sur le dossier". L'avocat estime que l'ancien premier policier du pays devra être appelé à la barre puisqu'il détient "une part de vérité qui pourrait aider la justice à élucider cette affaire". Pour ce qui est de l'enquête, il n'y a rien de nouveau "à l’exception de l’envoi des commissions rogatoires". Younsi évoque, par ailleurs, l'attitude des autorités portuaires espagnoles qui avaient procédé au changement des scellés (ouverture) du conteneur en question "sans la présence du représentant de la société de transport maritime, du commandant de bord et du chargé de la sécurité des conteneurs à bord du navire". De plus, l'avocat affirme que rien dans le dossier n'indique comment les services de sécurité algériens ont été informés de la présence de cette drogue. "Si l’information est venue d’Espagne, pourquoi alors les autorités portuaires de Valence ont-t-elles laissé partir la marchandise ?", s'est-il demandé. En dernier lieu, Younsi a relevé une autre "incohérence" dont l'origine cette fois-ci est le service de sécurité algérien qui a mis la main sur la cocaïne. "C’est quand même intrigant que le navire soit arraisonné avant qu’il n’arrive au port", a-t-il déclaré, avant d'ajouter : "On aurait pu le laisser décharger la marchandise pour savoir à qui la drogue était destinée". En réponse, l'homme à la robe en noire a tracé quelques pistes. Il se pourrait qu'il y est "une volonté de brouiller les pistes menant vers les véritables propriétaires de la marchandise" ou bien "cette affaire a été utilisée dans le but de régler des comptes".

Elyas Nour

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