Crise Avicole en Algérie : Le Poulet Face à la Flambée des Prix du Soja et du Maïs

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Crise Avicole en Algérie : Le Poulet Face à la Flambée des Prix du Soja et du Maïs

Dans l’ombre des grandes métropoles algériennes, un drame économique se joue dans les fermes avicoles. La hausse des prix du soja et du maïs sur le marché mondial, deux composants essentiels de l’alimentation des volailles, met en péril la filière avicole algérienne. Cette situation, exacerbée par la dépendance du pays aux importations de ces matières premières, annonce des jours sombres pour les éleveurs et les consommateurs algériens.

La Hausse des Prix Mondiaux : Un Coup Dur pour l’Aviculture Algérienne

À la bourse de Chicago, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le prix du soja, qui oscillait autour de 9 dollars en 2018, a atteint des sommets inégalés en mai 2022, avec un pic à 17,11 dollars. Bien que légèrement redescendu, le prix reste élevé, s’établissant à 13,8 dollars mi-novembre. Cette hausse est principalement attribuée à la sécheresse persistante dans des régions clés du Brésil, un des principaux producteurs mondiaux.

L’Algérie, qui importe massivement ces produits pour nourrir ses volailles, se trouve dans une position délicate. Les éleveurs, déjà sous pression, voient leurs charges exploser, 80 % de celles-ci étant liées à l’alimentation des volailles. Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a bien tenté de réagir en exonérant de TVA le maïs et le tourteau de soja, mais les alternatives restent limitées.

Des Prix en Hausse, Une Production en Souffrance

Les conséquences de cette crise ne se font pas attendre. Les prix du poulet, déjà élevés, risquent de grimper davantage, affectant directement le pouvoir d’achat des consommateurs algériens. Les éleveurs, quant à eux, se retrouvent dans une situation précaire. Le prix du quintal de soja a presque triplé, passant de 5.000 à 12.000 DA, et celui du maïs a presque doublé, de 3.000 à 5.500 DA.

Cette situation est d’autant plus alarmante que la majorité des élevages de volailles en Algérie ne respectent pas les normes sanitaires optimales. Les indices de consommation, qui mesurent la quantité d’aliments nécessaires pour produire un kilo de poulet, sont désastreux en Algérie par rapport aux standards internationaux. Une amélioration de cet indice pourrait pourtant permettre d’économiser significativement sur les coûts d’aliments.

Vers une Autonomie Alimentaire ?

Face à cette crise, une question se pose : l’Algérie peut-elle envisager de produire localement du maïs et du soja ? D’un point de vue agronomique, c’est possible. Cependant, les défis sont nombreux, notamment en termes de coûts de production et d’adaptation des cultures aux conditions climatiques locales. Des alternatives comme la féverole, le pois protéagineux ou l’orge pourraient être envisagées.

Cette crise met en lumière la nécessité pour l’Algérie de développer davantage son secteur agricole. Le recensement des terres emblavées en céréales réalisé en 2022 a révélé que sur les 7 millions d’hectares de grandes cultures, seulement 1,8 million étaient semés en céréales. Il existe donc un potentiel considérable pour augmenter la production locale et réduire la dépendance aux importations.

Stratégie de l’Offre et de la Demande : Repenser la Consommation

La crise actuelle soulève une question fondamentale : faut-il continuer à privilégier les protéines animales ou encourager une consommation plus large de protéines végétales ? La réponse pourrait résider dans un équilibre entre les deux. Les protéines végétales texturées (PVT), par exemple, pourraient se substituer à la viande de poulet dans les cantines scolaires et universitaires.

Cette approche pourrait non seulement alléger la pression sur la filière avicole mais aussi contribuer à une alimentation plus diversifiée et potentiellement plus saine pour la population.

Un Tournant pour l’Aviculture Algérienne

La crise que traverse actuellement la filière avicole en Algérie est un signal d’alarme pour le pays. Elle met en évidence la vulnérabilité d’une économie trop dépendante des importations et souligne l’urgence d’une réforme agricole. Cette crise pourrait être l’occasion de repenser la production et la consommation alimentaires en Algérie, en favorisant une approche plus durable et autonome. La route est longue, mais les enjeux sont cruciaux pour l’avenir économique et alimentaire du pays.

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