L’idée de créer une synergie entre les pays du sud de la Mare Nostrum et leurs voisins du nord, a tout pour plaire. Depuis que la mondialisation n’est plus un mot, mais une réalité partagée par beaucoup de gens, et que les Etats-Unis ne sont plus en mesure de prétendre au titre exclusif du premier gendarme du monde, car d’autres pôles de puissances émergentes comme la Chine, l’Inde et relativement aussi le Brésil en Amérique Latine, sont devenues des pièces lourdes dans l’échiquier mondial, l’heure est aux blocs constitués.

Les pays du nord de la Méditerranée arrivent plus au moins à se mettre d’accord sur l’essentiel dans le cadre de l’Union Européenne. Les pays arabes du Golfe ont leur Ligue Arabe, reconnue pour ses pétrodollars. Obama montre un côté pragmatique dans le reposionnement de son pays – qui désormais s’est rendu compte de sa vulnérabilité après l’expérience en Irak et en Afghanistan – et semble calmer ses ardeurs, et tente de se refaire une santé afin de préserver sa place de grande puissance, mais néanmoins pas l’unique puissance.

Au côté sud de la Méditerranée, il fait plus chaud, dans le thermomètre comme dans les relations en dents de scies qu’entretiennent les gouvernements de l’ensemble maghrébin. Chaud aussi dans la température du sang, celle qui met du nif là où il faut mettre de l’intelligence. C’est en Afrique du nord, où cinq pays – l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie – sont liés par un projet appelé l’Union du Maghreb Arabe( UMA). L’enfer est pavé de bonnes intentions.

Les cinq pays peinent à se mettre au travail collectif, chacun d’eux préférant tracer son chemin seul. Les besoins des populations, le positionnement géographique, les aspects culturels et historiques qui sont proches, dictent pourtant la nécessité de la création d’une union stratégique véritable,et ce dans la perspective de lancer des projets d’avenir en commun.

Mais (il y a toujours ce satané « mais ») la réalité est toute autre. Il aura fallu un Sarkozy, un président venu du nord, pour prétendre montrer la voie vers la solidarité à ses homologues du sud.
L’Union pour la Méditerranée (UPM) est un remake « made in Sarkozy » du partenariat euro-méditerranée de 1995.

Il est clair que les belles phrases de Sarkozy et son appel «  à tous les peuples qui vivent dans cette lumière miraculeuse,,, »(1), ne peuvent effacer des problèmes épineux et des conflits réels – à l’instar de la question palestinienne – escamotés par l’angélisme calculé du président français.

Un marché ouvert de quatre-vingt millions de consommateurs (qui doivent surtout rester chez eux), que constitue le Maghreb, est aussi à ce titre une autre « lumière », mais cette-fois  économique, pour le nord.

Le sommet du 13 juillet à Paris, marquant le lancement de l’UPM, avait rassemblé des chefs d’États du sud à la recherche d’une bénédiction du nord. Un sourire complaisant du nord en quelque sorte, pour des gouverneurs qui font grimacer leurs gouvernés. Cela fait toujours joli une photo de famille, dans laquelle se mêlent démocrates et présidents à vie.
Abdelazziz Bouteflika, n’était-il pas rentré bredouille de ce voyage ? Oui pour l’Algérie. Non, visiblement, pour lui.

A vrai dire, l’UPM, celle du discours exalté, la belle idée, n’ est qu’une chimère, un rêve de plus, noyé dans la mer des mille et une arrières pensées, qui stratégiques, qui mercantiles, qui individualistes.

Fayçal Anseur

(1) Discours du président Français sur l’UPM à Tanger , le 23 octobre 2007