Sous le slogan "Le journalisme n’est pas un crime", des dizaines de journalistes ont tenu un rassemblement au sein de la maison de la presse Tahar Djaout à Alger à l’occasion de la Journée nationale de la liberté de la presse ce lundi 22 octobre. Ce fut l’occasion interpeller les autorités sur le cas du journaliste Saïd Chitour, en détention provisoire depuis 519 jours.

Au-delà de la symbolique de cette date, les journalistes et les patrons de la presse présents lors de ce rassemblement ont décidé de mettre sur pieds un comité de suivi afin d’exercer des pressions sur les autorités. L’objectif étant interpeller les autorités afin qu’un procès juste et équitable ait lieu incessamment.

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Le journaliste Saïd Chitour accusé d’intelligence avec des puissances étrangères et divulgation de documents sensibles se trouve en détention provisoire depuis 17 mois. Son dossier se trouve toujours dans les tiroirs de la justice. Le détenu est malade chronique, il souffre de diabète et d’hypertension artérielle. Une excroissance lui est récemment apparue au niveau du crâne et son état de santé est des plus alarmants.

Des figures de la presse algérienne à l’instar de Ihsane El Kadi, où encore Mustapha Belhouchet ont également pris la parole. Tout le monde s’est mis d’accord pour dire que la liberté de la presse est « au plus bas ». « Notre secteur est à genoux », a affirmé M. Belhouchet avant de déplorer un éparpillement et une quasi-absence de la corporation dans des questions qui, pourtant, la concernent directement.

La mort tragique du journaliste Mohamed Tamalt a laissé comme un gout d’amertume. Une tache noire indélébile. « Il ne faut pas revivre ce qu’on a vécu avec Tamalt (Mohamed Tamalt un prisonnier d’opinion mort en prison en 2016), c’est indécent pour nous. Je le dis et je le pense », a martelé M. Belhouchet, appelant à une mobilisation de tous les médias afin de faire de cette affaire la priorité du moment.

De son côté, Ihsane El Kadi a déploré une régression dangereuse de la liberté de la presse. « Même du temps du parti unique, la situation n’était pas aussi délétère », a-t-il rappelé, soulignant que la famille de la presse est aujourd’hui réduite à se défendre très timidement, non pour défendre des intérêts de la corporation, mais pour sauver des vies ».

Fodil Boumala a également pris la parole pour exprimer sa rage. En véritable passionné, l’intervenant a mis en exergue toutes les incohérences qui frappent cette affaire. Le comportement suspect des autorités et l’instrumentalisation de la justice ont également été mis en exergue. Les affaires comme celle de M. Chitour sont symptomatiques des régimes totalitaires, souligne-t-il.

La famille de Saïd Chitour était également présente lors de ce rassemblement. La mère du journaliste s’est exprimée non sans émotion. « Si ce n’était pas pour toi, je me serais suicidé », lui avait confié son fils. La famille est désemparée et ne trouve plus à quel sait se vouer.

À la fin de ce rassemblement, on s’est mis d’accord sur un certain nombre de points. Il est d’abord question de créer un comité de suivi. La famille de la presse et les médias en général ont été appelés à se solidariser pour porter assistance à Said Chitour et le soutenir. On a également proposé de publier à la Une de toute la presse nationale la photo de Saïd Chitour suivie de contenus concernant cette affaire. Une grève de la faim est également prévue en guise de soutien au détenu. Une liste de journalistes portant cette initiative a, déjà, été établies.  Le journaliste Saïd Boudour a, d’ailleurs, souligné que cette liste reste ouverte à ceux qui veulent se joindre.