Lu sur Jeune Afrique

Confortablement réélu pour un quatrième mandat, le chef de l’État est déjà attendu sur de nombreux dossiers. Réformes économiques, structurelles et institutionnelles… Il a cinq ans pour parachever sa mission.

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« J’y suis, j’y reste. » Candidat à sa propre succession, Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis avril 1999, a été réélu ce 17 avril (avec 81,49% des suffrages exprimés) au terme d’une campagne électorale dont il a été absent pour cause de maladie. Signe patent de son handicap, le chef de l’État a voté sur un fauteuil roulant. À 77 ans, Bouteflika aura donc réussi à se maintenir au palais d’El-Mouradia, où il achèvera sans doute sa longue carrière politique alors que les présidences à vie sont passées de mode depuis les révolutions qui ont renversé trois dirigeants en Tunisie, en Égypte et en Libye. Mais Bouteflika n’est pas Ben Ali, ni Moubarak et encore moins Kaddafi, et il faut bien admettre que l’Algérie constitue un cas à part dans le monde arabe.

Vieux briscard de la politique, qu’il pratique depuis plus de cinquante ans, le président revient pourtant de loin. Victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) il y a tout juste un an, on le disait fini. On disait aussi que son clan, mené par Saïd, son frère cadet, avait perdu la main et que l’armée, ou du moins le puissant Département du renseignement et de la sécurité – DRS, les services secrets -, s’opposait à sa reconduction à la tête de l’État. Des voix s’étaient même élevées pour réclamer sa destitution en invoquant l’article 88 de la Constitution, qui prévoit une procédure d’empêchement en cas de maladie grave. Douze mois plus tard, le voilà reparti pour un nouveau mandat de cinq ans.

Discours populistes et promesses farfelues

« On a trop vite enterré Bouteflika, explique l’un de ses proches sous le couvert de l’anonymat. Dès la fin de sa convalescence à Paris suivie de son retour à Alger, il a minutieusement préparé sa réélection. Il a d’abord confié à son Premier ministre [Abdelmalek Sellal] le soin de faire campagne à sa place. Il s’est habilement appuyé sur le chef d’état-major [Ahmed Gaïd Salah], a restructuré le DRS pour en limiter l’influence. Ensuite, il a sonné le rappel des proscrits, comme Belkhadem ou Ouyahia [ses anciens Premiers ministres], pour reconstituer l’union sacrée autour de lui. De son côté, son frère s’est assuré le soutien des hommes d’affaires pour financer sa réélection. Certes, le président a été absent pendant la campagne, et alors ? Nous n’avons jamais douté de sa victoire. »

Drôle de campagne. Jamais dans l’histoire récente du pays un avant-scrutin n’aura été aussi tendu. Permanences saccagées, meetings annulés ou empêchés, marches en faveur du boycott, manifestations contre le quatrième mandat, dérapages verbaux… Les Algériens ont été trois semaines durant sur des charbons ardents. Si les débats et les confrontations, sur le terrain ou dans les médias, ont été aussi intenses que passionnants, les électeurs n’en ont pas moins eu droit aux sempiternels discours populistes et promesses farfelues.

Ahmed Ouyahia fera tourner la machine

Pour autant, cette présidentielle aura permis à l’opposition d’occuper de nouveaux espaces de discussion. Défait comme lors du scrutin de 2004, l’ancien chef du gouvernement, Ali Benflis, 69 ans, arrivé en deuxième position avec 12,18 % des voix, est quant à lui crédité d’une bonne campagne. Saura-t-il demain fédérer autour de lui les opposants à « Boutef » pour se positionner favorablement en 2019 ? « Je suis encore une fois victime de la fraude », confiait-il le soir de la défaite. Va-t-il prendre sa retraite ? « Jamais ! Je resterai sur la scène pour défendre mon projet de renouveau national. Je travaillerai avec toutes les forces politiques pour amorcer le changement. » Certes, Benflis et ces mouvements d’opposition, plus ou moins structurés, n’ont pas empêché Bouteflika de l’emporter. Ils n’en joueront pas moins un rôle déterminant dans les prochaines échéances électorales.

Qu’en est-il de l’avenir du président fraîchement réélu ? Il gouvernera comme il le fait déjà, à distance, depuis sa résidence médicalisée, sur le littoral algérois. Privé de voyages à l’étranger et de sorties à l’intérieur du pays, il continuera à s’appuyer sur son cercle familial, notamment sur son frère et conseiller. Pour diriger la présidence, il pourra compter sur son directeur de cabinet, Ahmed Ouyahia, revenu aux affaires après une disgrâce qui aura duré un an et demi. Fidèle serviteur, bon soldat, il fera tourner la machine en l’absence du principal intéressé.

Exfiltré pour diriger la campagne électorale de Bouteflika, Abdelmalek Sellal devrait revenir à la tête du gouvernement. Promu ministre d’État, Abdelaziz Belkhadem pourrait récupérer, dit-on, la direction du FLN, qu’il avait perdue en janvier 2013. Bref, le président reconduira l’équipe qui l’a accompagné lors de ses trois précédents mandats.

Ce fameux quatrième bail, qui a déchaîné passions, conflits et tempêtes médiatiques, s’annonce riche en projets, bien que, sous Bouteflika, le pays ait déjà connu des mutations profondes. « L’Algérie a construit plus d’infrastructures en dix ans (2003-2013) qu’en quarante ans (1962-2002), souligne une enquête de l’Office national des statistiques réalisée en novembre 2013. Les Algériens vivent mieux qu’il y a quinze ans, leurs dépenses ont été multipliées par 2,9 entre 2000 et 2011. » Certes. Mais les attentes de 39 millions d’habitants sont encore immenses, d’autant que le chef de l’État et ses proches ont fait beaucoup de promesses, dont certaines ne seront pas faciles à tenir. Transmission du flambeau aux jeunes, réduction de la durée du service national, amélioration du climat des affaires, construction de nouveaux logements et de routes, création d’emplois, amélioration des conditions de vie, lutte contre la corruption, diminution du poids de la bureaucratie, décentralisation, avènement d’une « deuxième République », garantie de la stabilité du pays… L’équipe du président fera-t-elle preuve d’efficacité et de rigueur pour respecter ses engagements ?

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