Le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a affirmé qu’il ne croyait pas à l’effet domino pour l’Algérie après les événements en Tunisie et en Egypte et que ceci est une « invention de la presse ». « L´effet domino est une invention de la presse, entre autres algérienne qui est très libre. Il fonctionne là où il doit fonctionner, mais pas partout et je ne crois pas qu’il s´applique à l’Algérie qui n’est ni l’Egypte, ni la Tunisie », a déclaré M. Medelci dans une interview au quotidien espagnol El Pais, parue dimanche. Bien qu’il ne croit pas à la contagion, le ministre reconnaît « être inquiet pour ce qui se passe aux portes » de l’Algérie. « Nous le sommes pour nos voisins auxquels nous sommes unis par les liens séculaires, comme nous le sommes pour nous-mêmes », a-t-il expliqué, ajoutant qu' »il y a instabilité et nous avons vu cette mobilisation des forces vives, grâce à Internet, qui pourrait prendre de grandes proportions ».
Au sujet de la tentative samedi de marche non-autorisée, initiée par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), le ministre a rappelé que cette marche a été empêchée par les forces de l´ordre mais « des concentrations ont eu lieu à la place du 1er-Mai où, selon les informations fiables communiquées par la police, il n’y avait pas plus de 500 personnes, auxquelles ont peut ajouter les passants », ajoutant qu´ »il a été prouvé que les organisateurs de ces concentrations sont très minoritaires ».

A propos des réactions des Etats-Unis, de la France et de l´Allemagne sur les tentatives de marche à Alger, et dont plusieurs partis politiques ont dénoncé cette « ingérence », le ministre des Affaires étrangères a rappelé que « Washington a évoqué la nécessaire retenue policière et le respect de le libre-accès à Internet », soulignant qu’en Algérie « la police n’avait ni armes, ni grenades lacrymogène et le réseau Internet fonctionnait normalement ».

« C´est une déclaration prudentielle et non un constat de ce qui s´est passé » en Algérie, a-t-il dit au sujet de la réaction américaine, ajoutant que les propos de la ministre espagnole des Affaires étrangères, Trinidad Jimenez, sur le nécessaire respect du droit de manifestation « n´ont pas été non plus un message destiné à l´Algérie mais un rappel des principes que nous partageons ».

M. Medelci, qui a refusé d’indiquer la date exacte de la levée de l’état d´urgence, a souligné qu’à la faveur de cette décision (levée), les Algériens auront de nouveau la possibilité de manifester, mais pas à Alger où les manifestations « resteront interdites ». « Nous avons gardé un mauvais souvenir des affrontements de 2001 », a-t-il dit à propos de l’interdiction des marches dans la capitale.

« Les Algériens ne veulent pas que les situations antérieures faites de violence se répètent. Même nos partis politiques ne pourront pas occuper la rue, mais nous avons mis à leur disposition toutes les grandes salles, y compris la coupole » du complexe Mohamed-Boudiaf qui peut contenir 10.000 personnes », a-t-il ajouté, soutenant que « jamais les libertés publiques n´ont été réduites durant l´état d´urgence ». Il a assuré que « ce fut une mesure destinée à lutter contre le terrorisme mais maintenant que cette mesure a donné ses fruits, elle peut être levée. Auparavant, nous avions lutté seuls, sans alliés à l´étranger, mais à présent beaucoup se sont rapprochés de nous pour apprendre de notre expérience ».

Au sujet des frontières algéro-marocaines, M. Medelci a affirmé que l’Algérie maintient sa frontière fermée avec le Maroc. « La coopération en matière de sécurité avec le Maroc ne fonctionne pas si mal », a estimé Medelci qui a révélé que les deux pays voisins ont décidé « d’impulser les échanges de visites ministérielles » sur la base d’un agenda où figurent, entre autres, les thèmes de l´énergie, de l’éducation, de l’agriculture.

APS