Le 25 Janvier, des élections législatives se sont tenues en Grèce après la vacation du poste de la présidence et l’échec du parlement dans l’élection d’un nouveau président. Tous les sondages donnent le parti de gauche Syriza favori, mais reste la grande question : Syriza pourra-t-il constituer seul une majorité ?

Qui est Syriza ?

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En 2001, s’est constitué en Grèce « l’espace de dialogue pour l’action commune de gauche », entre partis, associations et factions de gauche, qui a facilité la constitution de listes électorales communes aux communales de 2002, ayant pu réaliser des gains, surtout à Athènes. Cette action commune s’est renforcée pour donner lieu à une coalition, après ralliement d’autres factions, portant le nom de Syriza, suite à quoi, il a donné lieu à la fondation du parti unifié « Syriza » en 2012, ayant tenu son 1er congrès en Juillet 2013. Syriza a obtenu 3,3% des voix en 2004 (5% en 2007, 16,8% en mai 2012) pour arriver à 26,8% aux élections de Juin 2012. Aujourd’hui, les sondages avancent l’obtention de Syriza de plus de 35% des voix aux élections de dimanche. Ce parti a obtenu 26% des voix grecques aux élections européennes de 2014. Son leader Tsipra a été le candidat du parti de gauche européen au poste de président du parlement européen.

Contexte grec et programme de Syriza

La Grèce vit une réelle crise ayant conduit le pays au bord de la faillite. En 2010, la dette en Grèce a atteint 175% du PIB, ce qui a conduit les autorités européennes et le FMI à imposer des conditions difficiles au pays pour lui emprunter les fonds nécessaires. Ceci a été la principale raison de l’instabilité politique due à la précarité, la faiblesse des coalitions et le rapprochement des résultats. En 2014, le taux d’endettement est resté au niveau de 175% du PIB, ce que Syriza explique par la volonté des bailleurs de faire prosterner les grecs et les acculer à payer les intérêts seulement pendant 5 ans : Selon une étude académique, les crédits de la Troïka ont été utilisés à 70% pour payer la dette et ses intérêts et à 19% dans la recapitalisation des banques.

La Grèce vit de ce fait une grande crise sociale et économique : taux de chômage de plus de 60% au milieu des jeunes urbains, réduction des services sociaux, …, comme elle souffre de l’évasion fiscale et la prolifération du secteur informel.

Syriza rappelle l’exemple allemand en 1953 : L’Allemagne, sortant de la guerre, vivait une crise profonde, et a bénéficié des bailleurs (dont la Grèce) un moratoire de 5 ans pour le remboursement de la dette et sa reprogrammation sur 30 ans. Le parti se demande pourquoi l’Allemagne aujourd’hui et les autres bailleurs ne veulent pas faire pareil en faveur de la Grèce. De ce fait, le parti promet de négocier avec les partenaires européens pour la reprogrammation de la dette, l’annulation des politiques d’austérité, l’élargissement de l’assiette fiscale pour l’amélioration des services publics, le développement de l’investissement productif de l’Etat, la réduction du chômage, l’amélioration des salaires et l’octroi d’aides directes aux citoyens vivant dans l’extrême pauvreté. Le parti part d’une conception Keynésienne de l’économie en proposant de donner un nouveau souffle par le biais de la demande intérieure et critique l’austérité qui appauvrit le peuple et ne permet pas à la roue de l’économie de revenir sur les rails du développement.

L’Europe change et vire à gauche :

Syrisa trouve beaucoup de support de la part de partis de gauche avec qui il est associé dans le parti de gauche européenne. Le parti Podemos espagnol (Les sondages le donnent vainqueur des prochaines élections), dont le leader est Pablo Iglecias, avec qui il partage beaucoup en matière de programmes et d’objectifs, est considéré comme le plus grand allié européen pour Syriza, avec le front de gauche français de Mélenchon. Ces partis ont en commun le fait d’être issus ou d’être de grands supporters du mouvement des « indignés » qui a envahi les rues de plusieurs villes européennes (Grèce, Espagne, Angleterre, France, Italie, …) en parallèle avec la mouvance arabe de 2011, réclamant l’arrêt de l’expansion néolibérale et plus de justice sociale en opposition au courant dur représenté par la chancelière allemande Angela Merkel.

La gauche marocaine doit contempler la leçon de la nouvelle gauche européenne et des « indignés » :

Primo : La montée de Syriza en Grèce et les indications de montée de Podemos en Espagne et d’autres partis de la nouvelle gauche est la meilleure réponse à l’assertion « Montée des forces de l’extrême droite en Europe ». Lorsque la gauche se positionne dans la perspective des préoccupations du peuple et s’éloigne du discours de droite (identité, austérité, …), le peuple lui rend bien l’ascenseur. La victoire de la nouvelle gauche dans le monde est l’expression des peuples et de nouvelles forces politiques de messages intelligibles : un autre monde est possible, loin de la dictature du capital et des institutions monétaires internationales,  un monde où les peuples ont l’opportunité du développement et de la répartition équitable de la richesse.

Secondo : L’échec des politiques d’austérité en Grèce, imposées par la Troïka, et en conséquence la dégradation des services publics et la faiblesse des capacités de l’Etat dans l’investissement productif. L’austérité n’a servi qu’au remboursement des intérêts de dettes de l’Union Européenne et la recapitalisation des banques. L’abandon de la souveraineté en faveur des institutions financières implique inéluctablement plus d’appauvrissement des peuples. Avec la crise, c’est le citoyen ordinaire qui paie le prix à coup d’augmentation d’impôt, de dégradation des services publics et de pertes d’emplois … de ce fait, le vote majoritaire du peuple grec pour Syriza est une forme de rééquilibrage des relations sociétales.

Tercio : Au Maroc et au Maghreb, nous devons tirer les leçons de l’expérience des « indignés » : L’émergence de nouvelles forces politiques issues des mouvements de rue des « indignés » pour être leur relais institutionnel a eu un grand effet sur les aspirations des peuples à braver l’injustice et de récupérer leur souveraineté.

A bon entendeur !

Mounir Bensalah

Coordinateur national du Mouvement Anfass Démocratique

www.anfass.ma