Le 31 janvier 1830, Le Conseil des ministres décide d’organiser une expédition en Algérie. La conquête de l’Algérie de 1830 à 1871, marque la fin de la domination ottomane  et le début  de la domination française. D’abord nommés « possessions françaises dans le Nord de l’Afrique », ces territoires prendront officiellement le nom d’Algérie, le 14 octobre 1839.

La population algérienne est estimée à 3 millions d’habitants avant la conquête française de 1830. Selon l’ouvrage Coloniser, exterminer de l’historien  Olivier Le Cour Grandmaison, « le bilan de la guerre, presque ininterrompue entre1830 et 1872 souligne son extrême violence; il permet de prendre la mesure des massacres et des ravages commis par l’armée d’Afrique. En l’espace de quarante-deux ans, la population globale de l’Algérie est en effet passée de 3 millions d’habitants environ à 2.125.000 selon certaines estimations, soit une perte de 875.000 personnes, civiles pour l’essentiel. Le déclin démographique de l’élément arabe  était considéré comme bénéfique sur le plan social et politique, car il réduisait avantageusement le déséquilibre numérique entre les  indigènes et les colons. » Plusieurs observateurs s’accordent à dire que la conquête de l’Algérie a causé la disparition de presque un

Sous Louis Philippe 1er  de 1830 à 1848,  l’Emir Abd El Kader figure charismatique fondatrice de l’Etat algérien selon certains historiens, résista pendant de longues années à l’occupation coloniale. Il  attaque des tribus alliées de la France et bat le général Trézel dans les marais  de la Makta  près de son fief de Mascara   dans l’Ouest algérien. Il encercle la ville voisine d’Oran  pendant 40 jours. Arrivé en renfort de métropole, le général Bugeaud inflige une défaite à Abd El Kader. Le traité  de Tafna est signé le 30 mai 1837 entre le général Bugeaud et  l’Emir qui reconnaît la souveraineté de la France. En échange de pouvoirs étendus sur les provinces de Koléa, Médéa et Tlemcen il peut conserver 59 000 hommes en armes. L’armée française passe, en septembre 1839, les « Portes de fer » dans la chaîne des Bibans, territoire que l’émir comptait annexer. Abd El-Kader, considérant qu’il s’agit d’une rupture du traité de Tafna, reprend, le 15 octobre 1839 la guerre contre la France.

Le 14 août 1844 le général Bugeaud écrase l’armée du sultan marocain à la bataille d’Isly. L’armée marocaine se replie en direction de Taza. Le sultan s’engage alors à interdire son territoire à Adb El-Kader en traitant avec la France. Le 23 septembre les troupes d’Abd El Kader sortent victorieuses lors de la bataille  de Sidi Brahim  engagée par le colonel Montagnac. En décembre 1847 Abd El Kader se rend aux spahis (nomades des régions steppiques de l’Algérie).  Placé en résidence surveillée pendant quatre ans en France, l’émir est libéré par Napoléon III, visite plusieurs villes de la métropole avant de rejoindre Damas.  Il passe le restant de sa vie en Syrie.

Le 11 décembre 1848 la nouvelle Constitution proclame l’Algérie partie intégrante du territoire français. Bône, (Annaba actuellement) Oran et Alger   deviennent les préfectures de trois départements français. Les musulmans et juifs d’Algérie deviennent « sujets français » sous le régime de l’indigénat.  Le territoire de l’ex-Régence d’Alger est donc officiellement annexé par la France, mais la région de la Kabylie  qui ne reconnaît pas l’autorité française résiste encore. L’armée française d’Afrique contrôle alors tout le nord-ouest de l’Algérie. Les succès remportés par l’armée française sur la résistance d’Abd el-Kader, renforcent la confiance française, et permettent de décréter, après débats, la conquête de la Kabylie qui doit intervenir à l’issue de la guerre  de Crimée (1853 -1856) qui mobilise une partie des troupes françaises. C’est à cette époque  que  Fatma  N’soumer  la femme rebelle marqua une grande résistance. Elle est arrêtée le 27 juillet 1857 dans le village de Takhliit Ath Atsou  près de Tirourda. Placée ensuite en résidence surveillée à Bénbi-Slimane   elle y meurt en 1863, à l’âge de trente-trois ans, éprouvée par son incarcération.

En mars 1871, profitant de l’affaiblissement du pouvoir colonial à la suite de la défaite française lors de la guerre franco-prussienne   (1870-1871), une partie de la Kabylie se soulève favorisée par plusieurs années de sécheresse et de fléaux. La révolte échoue et une répression est organisée par les Français pour « pacifier » la Kabylie avec des déportations. Dès lors  le  seul moyen de prévenir les révoltes, c’est d’introduire une population européenne nombreuse,  de la grouper sur les routes et les lignes stratégiques de façon à morceler le territoire en zones qui ne pourront pas à un moment donné se rejoindre.

La loi du 21 juin 1871   (révisée par les décrets des 15 juillet 1874 et 30 septembre 1878) attribue 100. 000 hectares de terres en Algérie aux immigrants d’Alsace-Lorraine. De 1871 à 1898 les colons acquièrent 1. 000. 000 d’hectares, alors que de  1830 à 1870 ils en avaient acquis 481.000. Le 26 juillet 1873  est promulguée la loi Warnier  visant à franciser les terres algériennes et à délivrer aux indigènes des titres de propriété. Cette loi donne lieu à divers abus et une nouvelle loi la complétera en 1887. Son application sera suspendue en 1890. Le Code de l’Indigénat  est adopté le 28 juin 1881   distinguant  deux catégories de citoyens : les citoyens français (de souche métropolitaine) et les sujets français, c’est-à-dire les Africains noirs, les Malgaches, les Algériens, les Antillais, les Mélanésiens.  Ce Code était assorti de toutes sortes d’interdictions dont les délits étaient passibles d’emprisonnement ou de déportation. Après la loi du 7 mai 1946 abolissant le Code de l’indigénat, les autochtones  sont autorisés à circuler librement, de jour comme de nuit, et récupérer le droit de résider où ils voulaient et de travailler librement. Cependant, les autorités françaises réussirent à faire perdurer le Code de l’indigénat en Algérie jusqu’à l’indépendance en maintenant le statut de musulman et en appliquant par exemple le principe de responsabilité collective qui consistait à punir tout un village pour l’infraction d’un seul de ses membres. L’Algérie possède un nouveau statut en 1900 : elle bénéficie d’un budget spécial, d’un gouverneur général qui détient tous les pouvoirs civils et militaires.

Sarah Haderbache