Son excellence le président de la république bolivarienne du Vénézuela, M. Nicolas Maduro, est depuis hier en Algérie pour une visite officielle de 2 jours. Sans manquer au respect qui est dû à un invité de marque, dont le pays traverse de surcroit  une période  très difficile, on espère que le dirigeant controversé de « la pire économie du monde » n’est pas venu prodigué des conseils de gouvernance économique aux dirigeants algériens.

Ce voyage du dirigeant bolivarien, disciple et digne successeur du commandant  Hugo Chavez,   intervient au moment même ou le gouvernement algérien vient d’annoncer très officiellement, dans son « plan d’action », qu’il allait utiliser la planche à billet au cours des 5 prochaines années pour faire face aux dépenses de l’Etat.

Voici un peu moins  de trois ans, à peine quelques mois après le début de la chute des prix pétroliers, les chroniques économiques d’Algérie Focus avaient été les premières de la presse nationales  à titrer «  l’Algérie marche sur les traces du Vénézuela ».Une comparaison qui avait semblé à l’époque extravagante à beaucoup de lecteurs et de commentateurs .

Avouons le franchement, le chroniqueur d’Algérie focus n’y croyait pas vraiment  lui-même et son objectif était seulement d’attirer l’attention sur les risques  extrêmes associés  à une politique de croissance sans freins des dépenses publiques .Malheureusement il semble que notre pays soit voué à la réalisation inéluctable d’une sorte de  « scénario du pire ».

570 milliards d’importations en 15 ans

Résumé des chapitres précédents .Ce n’est pas le chroniqueur d’Algérie focus qui le dit mais le document retraçant le plan d’action du gouvernement Ouyahia qui l’écrit en toutes  lettres .Entre le début des années 2000 et Juin 2014, l’Algérie a connu une période de prospérité financière sans précédents. Les prix du baril de pétrole ont battu des records historiques et les recettes extérieures du pays ont dépassé certaines années le niveau considérable de 80 milliards de dollars.

Qu’a-t-on fait de cet argent ? C’est le bilan établi par le nouveau plan d’action du gouvernement qui le dit encore .Beaucoup d’infrastructures économiques ont été construites au cours des 15 dernières années dans des domaine très nombreux  .Voies ferrées, routes, autoroutes, centrales électriques, barrages etc …Sans parler d’un effort sans précédent dans la réalisation de logements de toutes natures .Très bien.

Mais il ya un revers à cette médaille ; Au cours de cette même période les importations de notre pays n’ont pas cessé d’augmenter et sont passées d’un peu plus de 9 milliards de dollars par an  en 2001 à près de 60 milliards en 2014 .Au total, le chiffre est mentionné explicitement par le programme Ouyahia : l’Algérie a importé pour 570 milliards de dollars de marchandises diverses en 15 ans. Au cours de la même période nos exportations hors hydrocarbures n’ont pas dépassé au total le montant de 25 milliards de dollars .En 2001, nos exportations non pétrolières s’élevaient  à un peu moins de 2 milliards de dollars par an .15 ans plus tard , en 2015, elles étaient toujours ……d’un peu moins de 2 milliards de dollars .Conclusion :En 15 ans notre pays s’est contenté de dépenser la manne pétrolière sans parvenir d’aucune manière à diversifier son économie et ses revenus .

Un pays qui vit au dessus de ses moyens depuis 2014

C’est dans cette situation qu’est intervenu le contre choc pétrolier de juin 2014 .Il a révélé de façon brutale que notre pays vit « au dessus de ses moyens ».Un déficit extérieur de 35 milliards de dollars en 2015 et un déficit interne des finances publiques de  plus de 20 milliards de dollars la même année .Un pays « normal » diminuerait ses dépenses pour les adapter à ses revenus .Pas l’Algérie, dont les dirigeants ont préféré depuis 3 ans consommer les réserves financières qui avaient été constituées en 15 ans entre 2000 et 2014.

La planche à billet une trouvaille digne du modèle vénézuélien

Eté  2017, plus de réserves  financières dans les caisses de l’Etat ;Le fond de régulation des recettes, le fameux FRR, est vide et les revenus des emprunts réalisés en 2016 ont également été consommées .C’est M . Ouyahia en personne qui le dit .Est ce que l’Etat  va se décider à réduire ses dépenses ? Pas du tout ; Il vient de faire une trouvaille extraordinaire, digne du « modèle vénézuélien » .Elle s’appelle la « planche à billet ». Le gouvernement va changer la loi pour obliger la Banque d’Algérie à lui prêtre de l’argent sans aucune limites.

Le gouvernement de M .Ouyahia  promet, c’est juré, de faire quand même  un effort pour réduire à l ‘avenir ses dépenses mais il se donne quand même 5 ans pour le faire et revenir à une situation d’équilibre budgétaire en…. 2022 .Le problème c’est que M. Sellal avait promis lui de le faire en 3 ans  et de rétablir l’équilibre des finances de l’Etat en 2019.

A la réflexion, M .Maduro a bien fait de venir en Algérie et ses conseils et son expérience en matière de planche à billet seront certainement d’une grande utilité pour les dirigeants algériens.

 

Yazid Taleb