Par F | janvier 16, 2013 11:58
ANSEJ

Les dispositifs destinés à développer l’emploi des jeunes sont en plein boom depuis les décisions adoptées en février 2011. S’ils exercent une influence croissante sur la société algérienne, leur impact économique réel est cependant plus sujet à controverse.

Les chiffres communiqués ces derniers jours par le ministre du travail confirment de façon spectaculaire  la montée en puissance de l’ANSEJ.et de la CNAC. Avec Plus de 60 000 micro entreprises financées et plus de  120 000 emplois créés l’année dernière, l’Ansej augmente encore de 50% ses performances déjà exceptionnelles de 2011. Les chiffres concernant le dispositif jumeau de la CNAC  sont également en augmentation très sensible. Ils ont conduit à la création au cours de l’année 2012 de près 30 000 micro entreprises qui auraient généré plus de 60 000 emplois. À l’origine de l’accélération des activités des 2 agences en 2011 et 2012 leurs DG mentionnent les décisions prises le 22 février 2011, qui ramènent l’apport personnel au niveau symbolique de 1 ou 2% du montant de l’investissement,  ainsi que les facilitations dans l’accès aux locaux.

La “démocratisation” de l’Ansej

La «démocratisation» de l’accès aux crédits d’une agence comme l’Ansej qui avait, il n’y a pas si longtemps, la réputation d’être réservée aux rejetons de la  nomenklatura nationale est l’aspect le plus frappant des évolutions des 2 dernières années, Entre 2010 et 2012,on est passé  de 20 000 à 60 000 dossiers agréés pour l’ANSEJ. En ajoutant la CNAC ,on arrive à 90 000 créations de micro entreprises l’année dernière. Des chiffres qui inciteront  à se poser de façon croissante la question de l’impact réel de ces dispositifs sur l’économie et la  société algériennes. Rien que pour L’Ansej ce sont déjà depuis la création de l’agence en 1997 plus de 230 000 micro entreprises et environ 600 000 emplois qui ont été créés. Les jeunes algériens seraient – ils devenus pour beaucoup d’entre eux des entrepreneurs ? Et quel genre d’entrepreneurs ?

Ces questions ont déjà fait de façon sporadique leur apparition dans le débat national.  Les responsables des deux dispositifs ont tenté  de répondre à diverses objections formulées couramment au cours des dernières années. L’Ansej est-elle une “agence de transport”? Non, semble répondre son DG  Mourad  Zémali, qui indique que le transport de marchandises représentait (quand même !) environ 16 000 cas( environ 40%) parmi les  projets lancés en 2011 et le transport de voyageurs seulement un peu plus de 1 500, localisés particulièrement dans le sud du pays. Le reste des projets accompagnés par l’Agence concerne surtout, par ordre d’importance, les services, le BTP et l’agriculture.

Les crédits alloués aboutissent-ils véritablement à la création d’une activité ? Les “déperditions”, voire les détournements de crédits souvent évoqués par la presse nationale, sont minimisés par le DG de l’Ansej, qui assure que “les micro entreprises sont de bonnes clientes pour les banques”, Mourad Zémali évoque enfin la question essentielle de la viabilité économique des entreprises créées dans la cadre de l’Ansej en affirmant que leur taux de mortalité ne dépasse pas 2,5%  des entreprises, créées depuis 1997. Des informations et des assurances qui sont encore très loin de clore un débat qui ne manquera pas de rebondir dans les mois et les années qui viennent en posant de façon pressante la question de l’évaluation des dispositifs mis en place.

L’emploi des jeunes , combien ça coûte ?

Il n’existe pour l’instant aucune évaluation  du coût financier global des différents dispositifs mis en place par les pouvoirs publics. Pour la bonne raison qu’aucune institution gouvernementale n’a jugé utile de la faire jusqu’à présent. Au niveau le plus global , un spécialiste du traitement de ces dossiers au sein d’une banque publique se livre à une tentative de chiffrage  : « en retenant l’hypothèse d’un crédit moyen de 4 millions de dinars,  les financements ANSEJ et CNAC qui ont concerné au total un peu plus de 90 000 dossiers en 2012  pourraient s’élever  à prés de 360 milliards de dinars soit pas très loin  de 5 milliards de dollars.»

Des financements dans lesquels les banques publiques sont en première ligne. On sait que, dans les 2 dispositifs qui ont été uniformisés, 70% du crédit  est à la charge des banques  à coté du prêt non rémunéré représentant 28 ou 29% du crédit qui est consenti par les agences concernées tandis que l’apport personnel à été ramené au niveau symbolique de 1 à 2% du crédit.

Les banques face à un problème spécifique d’impayés ?

La terminologie adoptée par les banques algériennes à propos des « dispositifs mis en place par les pouvoirs publics » ou des « dispositifs du gouvernement » est  certainement révélatrice du peu d’enthousiasme que  ces dispositifs d’exception inspirent encore  aux responsables des établissements bancaires algériens. Leur montée en puissance récente et l’importance qu’ils sont susceptible de prendre au fil du temps dans le portefeuille des banques est – elle de nature à soulever notamment  un problème spécifique d’impayés ? Les informations fournies par les banques sont pour l’instant  muettes sur ce chapitre.  Un cadre de l’Ansej mentionnait récemment  sur les ondes d’une chaine de radio nationale le chiffre de 4000 dossiers de bénéficiaires défaillants déja présentés à la caisse de garantie, tandis que 6000 dossiers supplémentaires seraient en cours de traitement et devraient s’ajouter à ce total. Des chiffres à rapprocher  des 230 000 crédits accordés par l’Ansej et qui renseignent sur l’ampleur d’un problème à propos duquel les pouvoirs publics préfèrent, pour l’instant,  observer une certaine discrétion.

Les “emplois d’attente”  sur la sellette

Même s’il sont loin de faire l’unanimité et ont donné lieu notamment à de nombreuses critiques de la part du patronat, les dispositifs liés à la micro entreprise, paraissent donner des résultats économiques -sous réserve d’un inventaire et d’un diagnostic plus approfondi que ceux qui ont été menés pour l’instant – non négligeables. Il n’en est pas de même du reste des mesures adoptées par le gouvernement dans le domaine de l’emploi des jeunes, qui relève plus d’un “traitement social du chômage” que d’une véritable politique de l’emploi.

Ces dispositifs, assez peu connus et médiatisés, concernent pourtant un nombre de plus en plus important de jeunes Algériens, et sont pour l’instant la principale parade au chômage de masse mise en œuvre par les autorités algériennes . Les trois dispositifs de renforcement d’emploi, à savoir l’emploi saisonnier d’intérêt local (Esil), les travaux d’utilité publique à haute intensité de main-d’œuvre (Tup-himo) et l’indemnité pour activités d’intérêt général (Iaig), permettaient, au cours des dernières années, de faire bénéficier les 200 000 jeunes employés chaque année dans le cadre de ces dispositifs d’une rémunération mensuelle en général largement inférieure au salaire minimum.

Les décisions adoptées en février 2011 portaient sur l’extension de 9 à 12 mois des contrats de travail relatifs à ces “emplois d’attente”. Combien sont-ils aujourd’hui , ces jeunes ,en général diplômés, qui doivent se contenter de ces emplois précaires et sous rémunérés et auxquels on doit ajouter la population croissante des vacataires du secteur public dont le statut est à peine plus enviable ? Personne ne le sait .

Une mention particulière pour la création des contrats de pré-emploi  qui à des objectifs plus ambitieux. Située entre le traitement social et le traitement économique, cette mesure, mise en place depuis quelques années, prend partiellement en charge les salaires des jeunes primo demandeurs d’emplois pendant une période pouvant aller jusqu’à 3 ans. Un dispositif bien assimilé par les employeurs du secteur privé, qui ont recruté dans ce cadre plus de 20 000 jeunes diplômés  depuis  2010.

Hassan Haddouche


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