Tout va bien en Algérie. Ils voudraient qu’on les croit et surtout qu’on se taise. Qu’on ne pense plus au changement, une nécessité existentielle au regard de la déliquescence de notre société, qu’on regarde ailleurs, qu’on applaudisse les quelques dérisoires évolutions socio-économiques enregistrées  et qu’on la ferme. Tout va bien en Algérie, disent les bien-pensants, les conservateurs et les opportunistes qui profitent d’un ordre social établi sur l’hypocrisie et la mauvaise foi. Après tout, nous sommes musulmans et nous irons tous au paradis !  Et pourtant, toutes les bornes ont été dépassées en Algérie.

Il n’est pas question de s’étaler ici, comme nous le faisons chaque jour, sur les fléaux sociaux, la corruption, les détournements des richesses nationales ou l’autoritarisme du régime. Non, le mal qui guette depuis plusieurs années l’Algérie et la ronge jusqu’à l’os est, à la fois, plus terrible et plus insignifiant ! Ce mal est devenu si ordinaire qu’il s’est complètement banalisé.  Mais la banalité n’annule pas la gravité car les incivilités empoisonnent désormais la vie des Algériens et des Algériennes. Détritus par terre, déchets sur la voie publique, crachats, insultes, injures à l’encontre d’autrui, bousculades, pieds sur les sièges dans les trains et les bus, conversations vulgaires,  on ne compte plus les incivilités qui transforment l’espace public en une véritable jungle où  aucune règle de la bienséance n’est respectée. A l’extérieur de leur maisons, nos compatriotes se comportent comme s’ils étaient partis en guerre contre la morale et le vivre-ensemble. Ils urinent dans la rue, ils se bagarrent pour un oui ou pour un non, ils agressent les femmes, les enfants et les personnes âgées, ils polluent et détruisent l’immobilier urbain, les comportements les plus vils se déroulent sous les yeux ébahis de nos aînés qui ont vécu et connu, naguère, une Algérie paisible, sereine et surtout mieux éduquée. L’éducation, justement, ce mot revient sur toutes les lèvres car il constitue un véritable problème de société.

La mauvaises éducation, c’est l’explication qu’on ne cesse d’invoquer pour expliquer tel écart de conduite ou telle incivilité. Mais, le temps passe et la loi de la jungle étend chaque jour son autorité sur notre territoire où les inégalités sociales et la qualité de vie médiocre créent un véritable mal-être. Et ce mal-être nourrit de plus en plus ces moeurs rétrogrades qui menacent quasiment nos valeurs morales, religieuses et humaines. Les autorités, quant à elles, affichent une indifférence révoltante. Par leur silence complice, elles encouragent cette immoralité ambiance qui plombe la vie sociale dans notre pays. Et pourtant, les solutions aux incivilités existent bel et bien. De nombreux pays ont lancé des campagnes de sensibilisation pour s’attaquer à ce problème de société. Dans plusieurs pays à travers le monde, le fait de déposer, d’abandonner, de jeter ou de déverser, en lieu public ou privé, à l’exception des emplacements désignés à cet effet par l’autorité administrative compétente, des ordures, déchets, déjections, matériaux, liquides insalubres ou tout autre objet de quelque nature qu’il soit, y compris en urinant sur la voie publique,  est puni d’une amende lourde.

En Chine, un pays qui aspire à devenir une grande puissance mondiale, les autorités n’ont pas hésité à lancer une campagne de “civilisation” pour bannir les incivilités de l’espace public. Ainsi, en 2006, la municipalité de Pékin a lancé une campagne pour encourager les gens à ne plus cracher, jeter des détritus ou laisser des crottes de chien sur la voie publique. Des amendes ont été mises en place pour les contrevenants et, quelques années plus tard, cette campagne a donné ses fruits puisque, de l’avis commun des étrangers qui visitent régulièrement la Chine, les Chinois ont appris à se conduire dans les lieux publics comme ils le font chez eux. Pourquoi ne pas s’inspirer de cette expérience ? Pourquoi persistons-nous à croire que l’Algérien n’est pas concerné par l’élégance du comportement qui va de pair avec l’élégance morale ? Il est clair qu’aujourd’hui, l’Algérie doit connaître une révolution. Mais cette révolution doit être surtout dirigée contre les incivilités. Et pour cela, il faudra tôt ou tard rétablir la dictature de la loi…