Durant six semaines, les affrontements opposant les Ibadites aux Malikites dans les artères de la vallée du M’zab ont fait trois morts et plus d’une centaine de blessés, outre des dizaines de locaux et maisons incendiés par des inconnus. Aujourd’hui, Le Jeune Indépendant est retourné sur les lieux, dans le but de faire toute la lumière sur ces quarante jours de conflits intercommunautaires. Ghardaïa, samedi 1er février.

Nous sommes au coeur du souk, le pouls rythmant l’activité commerciale de la vallée du M’zab. Ici, les marchands, venus des quatre coins du pays, négocient l’achat ou la vente de différentes marchandises. Tapis traditionnels, vêtements, fruits et légumes, produits électroménagers…

C’est ici que les affrontements se sont produits, opposant les mozabites aux Arabes et faisant des morts et des blessés. Pour en savoir plus, nous nous sommes rapprochés des Mozabites et des Arabes de la région, notamment pour connaître les tenants et les aboutissants de ce chaos dans la région. Pour cela, nous avons interrogé beaucoup de témoins des deux communautés, Ibadites et Malikites, présents lors des affrontements, pour qu’ils nous expliquent les véritables causes des échauffourées sans fin qui ont alimenté l’opinion publique nationale et internationale, au moment où certaines voix ont tenté de faire croire qu’il s’agissait d’un conflit ethnique.

Khaled Nedjari, 28 ans, commerçant de père en fils ayant un local au souk de Ghardaïa, a été le premier témoin à nous raconter les tristes et horribles moments qu’il a vécus lors des affrontements sanglants entre les frères devenus ennemis. «J’étais devant la maison, à Hadj Messaoud, lorsque trois individus ont surgi, battant un homme originaire de la communauté ibadite avant de lui voler sa moto, le laissant pour mort gisant dans une mare de sang. Il s’agit de Kbaïli Mohamed. Il avait 39 ans. Marié, il a laissé trois enfants puisqu’au bout de quelques heures seulement, il rendra l’âme après avoir été atteint d’un coup poignard en plein coeur», explique le jeune commerçant.

Et d’ajouter : «C’était là le début des affrontements à l’arme blanche et aux jets de pierres opposant les Mozabites aux Arabes.» Depuis, les affrontements se sont propagés pour atteindre d’autres quartiers et d’autres communes. Hadj Messouad, Aïn Lobo, Thenia, Souk, Haï Moudjahidine «ZgagLihoud» et Dhaya, ici des affrontements entre les deux parties ont eu lieu, nécessitant l’intervention rapide des forces de police, avant que des renforts de la gendarmerie n’arrivent.

Aujourd’hui, Ghardaïa est toujours en état de siège. Notre témoin, Khaled Nedjari, nous a accompagnés au cimetière Cheikh Ammi Aïssa. Ici, des dizaines d’inconnus ont attaqué, il y a moins d’un mois, le cimetière, classé patrimoine mondial par en 1982. Un cimetière abritant plus de 1 000 défunts. Ici, les assaillants portant des cagoules s’en sont pris à deux gardiens qu’ils ont tabassés, avant de passer à la profanation de dix tombes remontant à plus de 100 ans. «C’était un véritable cauchemar. Les assaillants, au nombre indéterminé, étaient venus du Mont Melika. Ils se sont introduits en escaladant l’enceinte. Je me trouvais sur place au moment où l’attaque s’est produite. Ils étaient armés de couteaux et d’épées.

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