Ces Algériens de l’étranger qui font campagne pour Ali Benflis

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De l’Europe à l’Amérique du Nord en passant par les pays du Golfe, des comités de soutien à Ali Benflis fleurissent un peu partout sur le globe. Apparus de façon spontanée, il y a plusieurs mois, ils se structurent avec l’appui de l’équipe de campagne du candidat.

Les accents se mêlent, les fuseaux horaires se chevauchent, mais, malgré l’éloignement, les expatriés algériens continuent de se soucier des affaires intérieures de leur pays natal. « Nous ne sommes pas des immigrés, nous sommes des Algériens à part entière », affirme Atika Boutaleb, fervente soutien du candidat Ali Benflis. « J’ai laissé des neveux, des amis, des voisins au pays. Au Canada, je vis dignement, ce n’est pas leur cas », explique Malika El Nour, qui partage les même opinions politiques que Atika Boutaleb.

En dehors des frontières nationales, les soutiens à Ali Benflis sont de loin les plus visibles. En anglais, en français et même en suédois, les slogans de la campagne du candidat malheureux en 2004, qui retente sa chance dix ans après, se déclinent en de multiples langues. 

Un engouement né en 2011

Pionnière dans la mobilisation à l’étranger en faveur de Ali Benflis, Atika Boutaleb a lancé une première page Facebook en l’honneur de l’ancien homme fort du FLN en 2011, à l’époque où les voisins arabes étaient touchés par le Printemps arabe. « On a compris que le changement pouvait venir par les urnes en 2014 », se souvient cette chef d’entreprise, expatriée en Californie depuis plus de 15 ans. Elle ajoute : « En octobre 2013, ma page, qui ne faisait que parler d’un homme politique, est devenu une page de soutien à Ali Benflis ». Aujourd’hui, le « Comité de soutien Amérique du nord » fédère plus de 131.000 adhérents. Principalement des jeunes. « En majorité, ils ont moins de 24 ans », indique la gestionnaire de cette page Facebook.

Comme Atika Boutaleb, Malika El Nour n’a pas attendu que Ali Benflis annonce officiellement sa candidature à l’élection présidentielle du 17 avril, à l’hôtel du Hilton à Alger le 19 janvier dernier, pour fonder un groupe de soutien québécois. Sa page Facebook, « Comité de soutien à Ali Benflis à Montréal » compte presque 7.000 sympathisants. Mais ces comités de soutien ont reçu le « feu vert » de l’équipe de communication du candidat pour une campagne de proximité qu’après le 19 janvier. Atika Boutaleb projette ainsi de sillonner la Californie dans les semaines à venir et d’organiser des meetings « là où la communauté algérienne  est la plus nombreuse sur la côte Ouest, c’est-à-dire à Sand Diego et San Francisco, dans un premier temps », confie-t-elle. A plusieurs milliers de kilomètres de là, au Québec, la campagne de terrain a déjà commencé. Touts les lieux de rencontre, du simple café de quartier, à la mosquée en passant par les hammams, offrent l’opportunité de glisser un petit mot en faveur de leur champion, explique Malika El Nour, arrivée à Montréal en 2002. « On ne dispose pas de bureau mais on trouve toujours des espaces de rencontre. On a pris nos habitudes aux cafés de la rue Jean Talon. On a déjà rendu visites aux étudiants dans les facultés de la région comme l’université de Sherbrooke et McGill », précise-t-elle, reconnaissant qu’il est souvent difficile de braver des températures glaciales d’Amérique du nord : « On a plutôt tendance à privilégier les discussions sur skype et les réseaux sociaux en ce moment ».

Des journées de 12 H

Leurs pages regorgent d’informations sur le candidat sans étiquette, entouré toutefois d’une partie des cadres du puissant FLN : vidéos d’anciennes allocutions de Ali Benflis, programme présidentiel, agenda officiel, biographie etc. Un travail de collecte d’informations colossal et chronophage. Pour ces militants engagés auprès de Benflis, la campagne électorale est effectivement devenue une activité à temps plein. « Je suis aux aguets toute la journée, je reçois plusieurs alertes. Je mets à jour ma page Facebook au moins quatre fois dans la journée. Au total, ça me prend plus de 12 heures par jour », raconte Atika Boutaleb, qui a délégué la gestion de son entreprise d’importation d’objets africains de décoration à ses employées, jusqu’au scrutin.

Autofinancés

Nés d’initiative citoyenne, ces comités se structurent avec l’appui de l’équipe de communication de Ali Benflis. On leur envoie du visuel : affichage, portraits du candidat etc. et des éléments de langage pour mieux restituer le discours officiel, indique Fatma-Zohra Bouchemla, qui coordonne les groupuscules répandus sur l’ensemble de la planète, depuis le QG de Ali Benflis, installé sur les hauteurs de Alger. Mais les comités de soutien ne peuvent attendre aucun coup de pouce financier de la part de l’équipe de campagne. « Aucun dinar n’a été donné à ces comités. Il s’autofinancent. Par exemple, à Paris, un commerçants a décidé de mettre son local à disposition », assure Fatma-Zohra Bouchemla, coordinatrice de la campagne à l’étranger.

Qu’est-ce qui pousse ces militants, vivant pourtant loin des tracasseries du quotidien en Algérie, à s’investir autant dans la campagne de Ali Benflis ? La majorité des expatriés algériens interrogés, qui disent voter pour Ali Benflis à la prochaine élection présidentielle, n’était pas de la partie en 2004. Ils se sont pour la plupart contenté de voter pour celui qui a subi une cuisante défaite face au Président sortant Abdelaziz Bouteflika en 2004 et se sont abstenus en 2009 car Benflis ne concourrait pas cette fois-là et parce que les « jeux étaient pipés ». Dix ans après, les pro-Benflis, domiciliés à l’étranger, croient que le deuxième essai sera le bon. « L’énergie autour de cette campagne est différente. Le changement est très attendu. Les faiseurs de rois vont vouloir s’en mêler mais la donne a changé. On est arrivé à un point où le changement viendra par les urnes », estime celle qui administre le comité de soutien nord-américain. Si Atika Boutaleb découvre le militantisme politique sur le tard, Malika El Nour l’a reçu en héritage. « Je suis issue d’une famille de moudjahid et syndicaliste. En plus, je suis révoltée car je peux faire affaire avec le monde entier mais je n’arrive pas à exporter mes produits naturels, des compléments alimentaires pour animaux, en Algérie. C’est purement à cause de raisons bureaucratiques, on me demande des documents qui n’ont aucun sens. Ça fait un an et demi que je me bats », se lamente cette dirigeante d’une PME, établie à Montréal.

Symbolique

Elle espère que les choses changeront si Ali Benflis est élu Président de la République. « Il m’inspire confiance. Il veut mettre fin aux déchirures au sein de la société algérienne, c’est un rassembleur. Et il place la jeunesse au coeur de son programme », énumère Malika El Nour . Le discours sur la jeunesse c’est justement ce qui séduit le plus les expatriés algériens. « Ali Benflis ne sera pas un Président qui s’éternisera au pouvoir. Il préparera la relève », renchérit ainsi Atika Boutaleb, bluffée par le « courage » de l’homme. « J’étais étudiante en droit en 1991 quand il a claqué la porte du ministère de la justice (ndlr Benflis a été démis de ses fonctions par le Premier ministre de l’époque, sans doute suite à  son refus de cautionner l’annulation des élections législatives de 1991). Je l’ai trouvé hyper courageux, se souvient-elle, même si l’a fait partie d’un gouvernement et a même géré une équipe gouvernementale, il a su rester prêt de ses principes ».

Aujourd’hui, la priorité pour ces comités n’est pas tant d’appeler à voter Benflis que d’inciter les citoyens algériens, résidant à l’étranger, à s’inscrire sur les listes électorales au consulat d’Algérie de la ville de laquelle ils dépendent. Ils sont quelques 990.470 électeurs algériens à vivre à l’extérieur des frontières nationales, soit 4% du corps électoral. Un poids dérisoire qui « n’a pas de véritable impact sur le résultat final », reconnait Fatma-Zohra Bouchemla. « Mais leur mobilisation est importante symboliquement. Ils sont les premiers à voter, ils lancent une dynamique », soutient-elle. Ainsi, sur le terrain, les pro-Benflis se mobilisent. « Ce vendredi (ndlr 24 janvier), on a distribué des lettres aux imams afin qu’il les lisent durant le prêche. Dans ces lettres, on invite les expatriés à s’inscrire sur les listes électorales », raconte ainsi la fondatrice du groupe de soutien québécois. Objectif : concrétiser l’engouement que suscite la campagne de Ali Benflis à l’étranger en suffrages. « Beaucoup nous ont dit qu’ils soutenaient Benflis mais au final très peu sont allés votés en 2004″, regrette Fatma-Zohra Bouchemla, qui était déjà à la tête des opérations lors de la première tentative de Ali Benflis. Bis repetita en 2014 ?