Expert aux Nations Unies et écrivain, Nasser, un Kabyle installé à Paris, ne peut se taire devant l’ignoble assassinat d’Hervé Gourdel. Il appelle à se mobiliser contre la barbarie.

Face à l’horreur, à l’hypocrisie, à la lâcheté, à l’ignominie, on ne peut qu’afficher le beau, le sincère, le loyal et le noble. C’est notre seule chance de survie : continuer à porter en avant ces valeurs universelles que nous devrions tous être fiers de partager avec le monde civil (ou pas encore barbarisé) fait de tant de sonorités, de senteurs, de couleurs, de croyances et de traditions diversifiées qui ne cessent de nous enrichir tous les jours les uns les autres. J’ignorais qu’une de mes expressions favorites, que j’emploie de temps en temps pour rire, n’aurait trouvé aujourd’hui autant de véracité et d’actualité : « mais pourquoi tant de haine ? »

Il est d’usage dans la doctrine philosophique, littéraire, académique d’opposer la haine à l’amour, les revers, dit-on toutefois, d’une seule et même médaille. Dans un monde qui part dans tous les sens et qui se radicalise toujours plus, partagé en partisans de ceci et opposants à cela, en « …phobes » à outrance et « …phyles » à gogo, en « pro », en « à mort », n’y a-t-il pas de place pour une troisième voie, celle du non-alignement ? Une attitude qui caractérise bien la majorité dite silencieuse. Oui, mais face à l’innommable, la neutralité risque de rimer, au mieux, avec passivité, au pire, avec complicité. Il est temps qu’elle sorte de son silence.

Toutes les formes de dénonciation, de contestation, de manifestation, pacifiques, sont dignes de considération. Sachant que chacun d’entre nous réagit à sa manière à ce qui l’entoure, à ce qui le touche. II est inutile de verser dans la surenchère ou dans la concurrence stérile. Résister à la barbarie (hélas galopante) consiste aussi à accomplir, avec application et conviction, sa tâche quotidienne, de la sage-femme à l’instituteur, de l’hôtesse de l’air au chef de cuisine, du policier à la responsable de rayon, du lycéen à l’ouvrière, du gardien de musée au jardinier, du simple citoyen au guide montagne.

Comme  homme généreux, Hervé Gourdel, originaire d’un charmant petit village des Alpes de Haute Provence (où j’ai été personnellement invité il y a quelques années de cela), qui allait sur l’autre rive de la Méditerranée pour ouvrir une nouvelle voie sur un flanc de la montagne kabyle. Encore et toujours souriant, il ignorait que c’était sa dernière randonnée.

Nasser