Mobilis est un opérateur de téléphonie mobile censée se montrer exemplaire au niveau de la gestion de ces deniers. Malheureusement, depuis plusieurs jours, Mobilis recourt à une pratique très douteuse qui permet de payer des prestations de services en devises et à l’étranger. 

En effet, ces derniers jours, des bannières publicitaires de Mobilis ont fait leur apparition sur Youtube et les divers sites web conventionnés avec Google. Des bannières publicitaires commandés à la régie publicitaire de Google.  Bannière sur la homepage de youtube, Préroll avant la diffusion d’une vidéo, des annonces publicitaires diffusées avec l’outil  Google AdWords, depuis le lancement officiel de la 4G, Mobilis fait un véritable forcing sur le web pour promouvoir ses offres. Des campagnes publicitaires qui, étrangement, ne respectent pas la réglementation algérienne pour la simple et bonne raison qu’il est interdit à un opérateur économique algérien de payer une prestation de services à l’étranger et en devises sans une dérogation accordée par la Banque d’Algérie.

En effet, le règlement de la Banque d’Algérie précise clairement que tout paiement opéré à partir de l’Algérie doit avoir une contrepartie exclusive en Algérie.  En plus, les importations de services font l’objet d’une réglementation spécifique et sont accessibles librement aux seuls producteurs de biens et services. Elles ne portent que sur une liste exhaustive de prestations de services admises à l’import. Et la communication ne figure pas sur cette liste. Tout autre type de services non prévus par le texte en question doit faire l’objet d’un accord dérogatoire du régulateur, à savoir la Banque d’Algérie.

Dans le cas de Mobilis, l’opérateur public n’a pas importé réellement une prestation de service. Il a commandé une prestation réalisée à partir de l’étranger puisque la régie publicitaire de Google n’est guère implantée en Algérie. L’opérateur algérien doit donc verser des devises pour payer cette prestation, à savoir ses annonces publicitaires. Il s’agit donc d’une opération de paiement pour un service qui n’a pas été produit dans notre pays l’Algérie. Sans une dérogation délivrée par la Banque d’Algérie, l’argent versé par Mobilis à la régie publicitaire de Google relève d’une opération qui est illégale et viole tout simplement la réglementation nationale.

La Banque d’Algérie a-t-elle accordé la moindre autorisation à Mobilis pour financer cette opération publicitaire ? Contactée par nos soins, la direction de communication de l’opérateur de téléphonie mobile à révélé à Algérie-Focus que Mobilis dispose bel et bien de cette dérogation accordée par la Banque d’Algérie. Mais comment l’opérateur public a-t-il fait pour payer en devises les prestataires étrangers ? Il est fort probable que l’opérateur algérien ait recouru aux services d’une agence de communication pour payer les frais de sa campagne publicitaire.

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Il est à souligner que plusieurs autres entreprises algériennes recourent à ces agences de communication pour commander et placer leurs annonces publicitaires sur les plateformes de Google. Cette pratique est totalement illégale puisqu’elle engendre une sortie de devises du territoire national qui n’est guère conforme à notre législation. Celle-ci prévoit que l’intermédiation en matière d’importation ou de paiement des prestations de services à l’étranger est tout simplement interdite. L’opérateur économique, comme Mobilis, ne peut guère passer par une agence de communication établie en Algérie pour une telle prestation de service délivrée à l’étranger. Il doit s’adresser directement au prestataire étranger en demandant une dérogation à la Banque d’Algérie. En période de crise financière et de rareté de la devise, celle-ci est très regardante sur ces opérations qui n’obéissent pas à des logiques économiques fiables. Et pourtant, les autorités ne bougent guère le petit doigt contre ces agences de communication qui commercialisent les offres publicitaires des géants du web comme  Google et Facebook. Des opérateurs qui peuvent coûter à l’Algérie des sommes colossales en devises puisqu’une bonne campagne d’affichage sur Youtube ou le sponsoring massif d’une vidéo publicitaire peut valoir jusqu’à 150 mille euros.

Ces sommes sont consenties par des opérateurs algériens au bonheur des mastodontes du web américain alors que le contenu local algérien peine à se développer faute de ressources financières. Les start-ups algériennes qui développent des sites locaux avec des contenus produits par des Algériens se retrouvent déclassés et privés de la manne publicitaire dirigée vers Google, Youtube et Facebook. Ces pratiques menacent plus jamais les créateurs de contenus sur le web en Algérie. Mobilis, opérateur public et où l’Etat est actionnaire majoritaire, vient de démonter qu’il ne porte aucun intérêt au développement d’un écosystème fiable sur le web algérien. Mobilis, comme plusieurs autres annonceurs algériens, préfère enrichir Google et Facebook plutôt que de travailler avec des start-ups algériennes.