Par Ahemd Ancer, journaliste à El Watan

Signe révélateur de la mémoire à l’évidence quelque peu défaillante d’un homme de 90 ans, la dernière sortie de Ali Yahia Abdennour trahit une perspicacité tâtonnante et plutôt oublieuse d’attitudes passées souvent contradictoires, et parfois peu honorables.

En effet, lors de sa dernière sortie avant-hier, notre homme politique a appelé clairement et sans détour l’armée à fomenter un nouveau putsch. Aussi curieux que cela puisse paraître, dans la même déclaration Ali Yahia Abdennour dénonçait, encore une fois : « la révision de la constitution en 2008 est un coup d’Etat constitutionnel commis par un président illégitime désigné par l’armée et non élu par le peuple.» (In le Soir d’Algérie du lundi 25 avril 2011). La logique de maître Ali Yahia Abdennour n’est-elle pas troublante du fait qu’elle dénonce le coup d’Etat et appelle ensuite au putsch militaire ?

En somme, il existe des hommes politiques qui peuvent dénoncer une forfaiture et appeler le lendemain à son accomplissement. Mais ce qui est encore plus troublant c’est que notre « champion des droits de l’homme » est lui-même un ancien partisan des coups de force militaire ! C’est bouleversant mais néanmoins incontestable. Oui et c’est le journal officiel algérien qui témoigne : Maître Ali Yahia Abdennour a applaudi le coup d’Etat de 1965.

En effet, député de Tizi Ouzou, il est dans la liste des signataires (sous le n°13) des « parlementaires » qui ont paraphé la motion dite « des députés présents à Alger » qui saluait le putsch (voir le journal officiel n° 56 du 06 juillet 1965). Voyons ce que disait, entre autres, le texte de la motion de soutien au redressement révolutionnaire du 19 juin 1965 : « Font confiance au Conseil de la révolution pour exercer les pouvoirs et attributions qui étaient confiés à l’ex-chef de l’Etat et pour prendre toute mesure que requiert, dans les circonstances présentes, le bon fonctionnement des rouages de l’Etat. » Et, ironie de l’histoire, le même Bouteflika d’aujourd’hui, était aussi membre de ce Conseil de la révolution, auteur du coup d’Etat et par conséquent, bénéficiaire du soutien en question.

S’était alors ouverte au milieu des années soixante, une période sombre et douloureuse : les militants communistes comme feu Bachir Hadj Ali et des membres l’Organisation de la résistance populaire (ORP) dont maître Hocine Zahouane ou encore celui qui deviendra un historien connu (Mohamed Harbi) sombrent dans la clandestinité parce que pourchassés de façon impitoyable. Nombreux sont ceux qui comme Bachir Hadj Ali et autre Hocine Zahouane ont été torturés de façon sauvage par la sécurité militaire de Kasdi Merbah. Quant à Ali Yahia Abdennour, il a, suite à ce précieux soutien venant d’un député de Tizi Ouzou au moment où le maquis FFS n’était qu’en voie de résorption, bénéficié d’un bien juteux poste de ministre qu’il a assumé avec abnégation pendant plusieurs années. Une fois son pouvoir consolidé, le nouveau maître du pays se débarrasse de Ali Yahia Abdennour et ce dernier sachant quelles casseroles lui colle au train, ne se remettra à faire de la politique qu’une fois Boumédienne six pieds sous terre.

En 1992, il se découvre une vocation d’anti-putschiste et s’investit en tant qu’avocat mais aussi en tant que politique dans la défense des islamistes y compris les plus violents. Qu’un avocat défende un accusé, Abdennour n’est pas le seul à l’avoir fait mais ce qui sera retenu c’est surtout son investissement politique dans la tentative de remettre en selle les islamistes grâce à l’opération Sant’Egidio en 1995 à un moment où le FIS déployait des efforts pour rationaliser les sanglantes actions des groupes armés.

Ce sont tous ces éléments qui expliquent aussi pourquoi les Algériens rechignent à rejoindre une CNCD (partis) dans les fameuses marches du samedi. C’est que la réputation de certain de ses symboles est loin d’être reluisante. Pourtant le pays a besoin de changements mais cela est prouvé par 50 ans de pratique, ce ne sera pas une armée qui est le socle du système qui va les mener. Il appartient au peuple comme en Tunisie, en Égypte et maintenant en Syrie de mener sa révolution pour se défaire des rentiers.

Ahme Ancer
Mardi 26 avril 2011.

N.B : Cet article était destiné à la publication dans les colonnes d’El Watan où je suis journaliste.