Le nouveau modèle économique promis pour le mois d’avril par le premier ministre se fait attendre. Pourquoi un tel retard ? On peut imaginer facilement que l’actualité des dernières semaines, entre « Panama papers » et fiasco  de la visite de  Manuel Valls à Alger, n’a pas été jugée très propice pour une telle annonce. Elle devrait finalement faire l’objet, selon nos sources, d’un «léger décalage» et intervenir au mois de mai. C’est peut être tant mieux. Si cela doit  permettre au gouvernement de peaufiner sa copie.

Au fait, un nouveau modèle économique pour quoi faire ? Est-ce qu’on s’oriente simplement vers un nouveau tour de vis budgétaire avec à la clé des réductions de dépenses et de nouvelles augmentations de tarifs contenues dans une loi de finance complémentaire ?

Abdelmalek  Sellal a donné une  indication en affirmant, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle session parlementaire en début mars, qu’«il faut faire des réformes». Manifestement, le Premier ministre  ne parlait  pas simplement des prochains mois ou de l’année en cours, mais d’un «projet qui couvre la période 2016-2019». Autre indication, dans le même sens, Abdelhak Lamiri, qui fait partie de la «task-force» de conseillers économiques dont s’est entouré le Premier ministre, évoque régulièrement une «fenêtre d’opportunité de trois ans à ne pas manquer».

Une feuille de route pour  trois  à  cinq  ans

C’est donc d’abord une feuille de route économique pour notre pays au cours des prochaines années qui est en préparation et sera dévoilée  au mois de mai. Combien de fois n’a t’on pas reproché aux autorités économiques algériennes de «naviguer à vue» au gré des lois de finances corrigées presqu’aussitôt par des lois de finances complémentaires, de manquer d’un projet, d’une «vision stratégique capable à la fois d’éclairer son avenir et d’orienter son action au quotidien» ? Pour ses promoteurs, le nouveau modèle économique va donner de la visibilité à l’action du gouvernement et «éclairer l’avenir» de l’économie algérienne en soulignant les  enjeux principaux auxquels elle est confrontée.

Sortir des déficits

Le premier, et certainement le plus urgent, est de rétablir des équilibres financiers et budgétaires qui étaient déjà fragiles avant la chute du baril et que la crise des marchés pétroliers a plongé dans des déficits abyssaux.

Pour l’instant, la politique économique mise ne œuvre par le gouvernement, en dépit de beaucoup d’effets d’annonce, s’est principalement traduite par…la consommation de nos réserves financières. Les dernières prévisions livrées par le FMI dans ce domaine n’ont rien de rassurant. Des déficits budgétaires supérieurs à 15% du PIB jusqu’en 2017, des déficits de la balance des paiements supérieurs à 30 milliards de dollars au moins pour les deux prochaines années, des réserves de change en chute libre et  réduites à un peu plus de 90 milliards de dollars fin 2017…

Du baril à 100 dollars au baril à 50 dollars

Comment  dans ces conditions assurer la «soutenabilité» de nos finances internes et externes ? En gros, comment passer d’un baril à plus de 100 dollars à un prix du baril compris entre 50 et 60 dollars au cours des prochaines années ? Pour résoudre cette équation compliquée, le nouveau modèle économique proposera, selon nos informations, un «cadrage économique sur trois ans et sur cinq ans qui  annoncera une trajectoire budgétaire étalée dans le temps dans le but d’afficher une vision qui dépasse le très court terme et pour répartir dans le temps les efforts d’ajustement».

Ce ne sera pas simple. Il faudra sans doute réduire sensiblement les importations, geler les rémunérations  et  les transferts mais aussi différer beaucoup de projets d’infrastructures. L’urgence dans ce dernier domaine devrait être en revanche de compléter et de valoriser les investissements réalisés depuis plus d’une  décennie.

Haro sur les subventions

Un autre sujet tiendra une place de choix dans le nouveau modèle économique. Il s’agit de la réforme des subventions.  Le diagnostic sur le système de subventions est aujourd’hui généralement partagé. Il absorbe une part croissante des ressources de la collectivité (près de 30% du PIB) dans un contexte, qui semble durable, de réduction des ressources de l’Etat. Il favorise la surconsommation et le gaspillage des produits concernés. Il arrose enfin, à travers un vaste réseau de contrebande, un bassin géographique important au-delà des frontières du pays.

L’idée qui sous tend cette réforme est qu’«on peut faire mieux avec moins de ressources financières en élaborant un système de transferts monétaires directs en direction des couches les plus défavorisées» et qu’il est souhaitable de «subventionner les ménages plutôt que les produits». Signe que la démarche de l’exécutif  n’est plus au simple stade de la «réflexion», le ministre des finances a annoncé voici quelques mois que  le gouvernement  a commencé «à mettre en place une carte des ménages défavorisés afin de passer d’un système de subventions généralisées à des subventions ciblées».

Dans le but de gérer au mieux son impact  social, la réforme de ce système passerait par une augmentation «progressive  et différenciée» des prix accompagnée de la mise en place d’un filet social élargi et d’une vaste campagne de sensibilisation du public algérien.

Cap sur les énergies renouvelables

Dans un pays ou les hydrocarbures représentent encore 40% du PIB le secteur pétrolier ne peut pas rester à l’écart de la définition d’un nouveau modèle économique. Dans ce domaine, la tâche des concepteurs du nouveau modèle a certainement été facilitée par  les orientations d’un célèbre «conseil restreint» sur l’énergie réuni en février dernier. Il pose  la problématique de la transition énergétique en traçant des priorités classiques comme «la poursuite et l’intensification de la prospection des ressources en gaz naturel» ou encore «le respect des plannings d’amélioration des capacités de production des gisements en cours d’exploitation». Mais la nouveauté est surtout constituée par l’accent mis sur la dynamisation du programme de développement des énergies renouvelables  et les  efforts de rationalisation de la consommation d’énergie. «Des sujets sur lesquels on a beaucoup insisté», affirment nos sources.

«Carte blanche» aux managers des entreprises publiques

Le climat des affaires et la gestion des entreprises publiques sont également au menu du modèle économique. A propos du premier, on compte beaucoup sur un nouveau code des investissements «beaucoup plus ouvert et libéral» actuellement en discussion au parlement. Son adoption, qui a pris beaucoup de retard, doit finalement coïncider avec la présentation du nouveau modèle économique avec le but recherché  de renforcer  son effet d’annonce.

Dans un contexte ou le remplacement des dirigeants d’entreprises publiques,  alimente régulièrement la «Une» des médias nationaux, la «réforme du mode de gouvernance  des entreprises d’Etat»  doit également, nous dit –on, faire l’objet de mesures audacieuses qui se traduiront par une «carte blanche» donnée aux managers.

Beaucoup de bonnes intentions, donc, dans ce recensement (non exhaustif) des objectifs annoncés par un nouveau modèle économique  complètement «en phase» avec la plupart des recommandations formulées par la plupart des économistes nationaux au cours des dernières années. Il s’agit d’un projet  qui a au moins le mérite d’exister et d’afficher noir sur blanc des objectifs qui souvent auront un caractère quantifiable. On jugera sur pièce les résultats et la détermination avec laquelle il sera mis en œuvre  au cours des prochains mois.

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