On y revient, on n’y échappe pas, on s’y résume: l’hospitalisation de Bouteflika à Val-de-Grâce met sur le tapis non pas seulement la question de la succession, mais celle de la mauvaise impression.

 

L’homme a songé à construire la plus grande mosquée d’Afrique et pas le plus grand hôpital d’Afrique. Le souci de l’au-delà prime sur les soucis du corps. Il faut sauver l’âme, pas la vie. Il faut préparer l’éternité pas la vie. Comme tous les Algériens, presque, Bouteflika est tombé depuis des années dans cette sorte de mystique de marchands qui se préoccupe de la sépulture, de la charité calculée et de la construction des mosquées pour résoudre l’inquiétude du vivre et fuir le poids de la présence au monde. Cela se fait dans les cités, les villages, les quartiers et chez les riches. Une sorte de Kaboul de retraités et de vieux marchands.

 

C’est donc le débat de l’heure sur Facebook, dans le net, dans les bouches et les têtes :  l’hospitalisation de Bouteflika à Val-de-Grâce est perçue et vécue comme une blessure, une preuve supplémentaire de l’ironie qui ravage l’histoire de l’Algérie indépendante et comme la preuve que ce pays est maudit par ses imbéciles. La raison ? Évidente : c’est cette même génération qui nous gonfle à l’hélium de l’hyper-nationalisme et du « tous contre la contre-France », qui a l’accusation facile contre ses opposants qualifiés, vus et traités comme des harkis et qui aujourd’hui cherche le salut du corps en France et le salut de l’âme par la mosquée, mais pas les deux dans la déclaration de novembre. C’est répété, déjà dit mais encore revécue avec cet AVC.   Et cela provoque le même sentiment de colère, de rire jaune et d’auto-dérision. C’est le piège de la surenchère : à force de travailler le souverainisme comme mythologie politique majeure, on se retrouve cible des insultes populistes ou pas. Bouteflika cristallise aujourd’hui cette ambiguïté fondamentale des décolonisateurs en chefs ou de leur sous traitants: ils fondent leur légitimité interne sur la guerre mais c’est en occident qu’ils mettent leur confiances, leurs argent, fortunes et espoir de guérison.

 

Pour le cas de Bouteflika, c’est la consécration de l’absurde et de la moquerie. C’est l’un des pires messages envoyés aux Algériens. C’est la consécration d’un nouveau jeu de mot malhabile mais tentant : Val Djnanou. Synthèse entre Val-de-Grâce et le reste de l’histoire que l’on connait tous.