Le Muséum national d'histoire naturelle de Paris « se tient prêt pour accompagner le processus de restitution » des crânes de combattants algériens tués lors des campagnes de colonisation au XIXe siècle. Il semblerait que la polémique ayant commencé en 2011 va connaître son épilogue très prochainement. Ce qu’il faut retenir, c’est que ce n’est pas une victoire de l’éthique et du sens moral, mais celle du pragmatisme mercantile.   

Les crânes seront restitués incessamment. En tout cas, c’est ce qu’a affirmé le président du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, M. Bruno David. Dans une déclaration à l’AFP, le responsable a laissé entendre que la partie française « saisit parfaitement la nécessité de ces restitutions, étant donné le contexte historique ». Et pourtant, ces restes humains de plusieurs combattants algériens sont restés exposés au grand public depuis des décennies pour ensuite être mis dans des boîtes en carton entreposés sur des étagères depuis 2015.

Ce qui est sûr, c’est que ces restes humains seraient restés indéfiniment dans leurs contenants si ce n’est l’engagement d’un homme, celui d’Ali-Farid Belkadi, un historien algérien qui a fait de la restitution de ces crânes, son combat. D’ailleurs, c’est le premier à avoir soulevé la question en 2011 suite à des recherches qu’i avait mené dans le musée.

Le chercheur s’était indigné de ces restes de résistants "calfeutrés dans de vulgaires boîtes en carton ressemblant à des boîtes de chaussures". Des contenants que les responsables du musée qualifiaient comme adéquates. Pour répondre au chercheur, ils n’ont pas trouvé mieux que de lui dire que ces boites étaient "couteuses".

Ces dernières années, plusieurs historiens à l’image de Benjamin Stora, Pascal Blanchard et Mohammed Harbi, ont signé des pétitions réclamant le retour de ces restes en Algérie. Des initiatives restées sans suite, car la volonté politique n’y était pas.

Les déclarations du président du Muséum national d'histoire naturelle évoquaient toujours des problèmes techniques ou juridiques. Est-ce que M. Bruno David a son mot à dire dans cette histoire de restitution ? Peu probable. On se souvient d’ailleurs de ses propos lors qu’il évoquait devant les députés de l’Assemblée française en décembre dernier, la complexité du processus de restitution des crânes des résistants algériens réclamés par l’Algérie. À peine un mois plus tard, ces difficultés semblent se dissiper.

Ce qui est sûr, c’est que cet épineux dossier est éminemment politique. Les problèmes techniques évoqués ne sont, en réalité, que des outils de négociation. La restitution de ces carnes est proche, mais ce que l’on doit se demander, c’est qu’est ce que la partie française a eu en retour ? C’est clair qu’il y aura une contrepartie puisque cette restitution n’est pas une victoire de l’éthique et du sens moral, mais celle du pragmatisme mercantile.

Restitution des crânes algériens / Le dénouement approche, mais des questions restent en suspens  
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