Le parti de Louisa Hanoune, le Parti des Travailleurs (PT), accuse le candidat Ali Benflis, ancien Premier ministre, d’être « l’artisan » des fraudes de l’élection législative de 2002. Démentant de telles accusations, Ali Benflis regrette de son côté que le débat politique se concentre sur des attaques personnelles.

Invité de la chaîne III ce lundi matin, le député du Parti des Travailleurs (PT) Ramdane Taazibt est l’auteur d’une déclaration tonitruante. Une missive contre Ali Benflis, l’ancien Premier ministre et aujourd’hui principal rival d’Abdelaziz Bouteflika. Cet élu du parti de Louisa Hanoune, la seule candidate de l’élection présidentielle 2014, qui en est à sa troisième candidature consécutive, a effectivement ironisé sur la position d’Ali Benflis : il « dénonce les fraudes aux élections alors qu’il était l’artisan de la fraude en 2002 (ndlr l’élection législative du 30 juin 2002) ». A cette époque, Ali Benflis occupait le poste de chef du gouvernement, ce qui le place, selon Ramdane Taazibt, en première ligne pour trafiquer la vérité des urnes.

Un argument qui ne tient pas pour l’équipe de campagne du principal visé. « Nous rejetons en bloc ces accusations. Si le chef du gouvernement est supposément le mieux placé pour manigancer des fraudes électorales alors pourquoi ne pas aussi mettre en cause les prédécesseurs et les successeurs d’Ali Benflis au poste de Premier ministre comme Ahmed Ouyahia (ndlr 1995-1998; 2003-2006 et 2008-2012) ou Abdelaziz Belkhadem (2006-2008) », affirme Mohamed Salim Moussaoui, un des responsables de la communication du staff de campagne d’Ali Benflis, qui s’étonne même qu’un député du parti de Louisa Hanoune tienne de tels propos : « C’est la première fois qu’un député d’un parti proche du pouvoir, qui a longtemps défendu le bilan et le programme du Président Abdelaziz Bouteflika, laisse entendre qu’il y a déjà bien eu fraude au cours d’élection« .

Au QG de campagne d’Ali Benflis, installé dans une belle demeure dans le quartier de Ben Aknoun à Alger, on estime par ailleurs que cette attaque contre leur candidat tombe d’autant plus mal qu’à l’époque « l’opposition n’avait pas contesté les résultats de l’élection. Ce qui est rare pour être souligné », soutient ainsi Mohamed Salim Moussaoui. Rappelons toutefois que près de 187 recours avaient été déposé auprès du Conseil constitutionnel suite au vote du 30 juin 2002. « Mais le Conseil n’en avait retenu aucun », défend encore ce même responsable.

Benflis face à ses contradictions

Ce matin, Ramdane Taazibt n’a pas seulement évoqué l’implication supposée d’Ali Benflis dans un cas de  fraude électorale. Le député du PT s’est aussi moqué de la position ambiguë, voire contradictoire du candidat « lorsqu’il parle des libertés alors qu’il a interdit les marches à Alger lorsqu’il était chef du gouvernement ». Celui qui dénonce les atteintes à la liberté d’expression et s’élève aujourd’hui contre la répression par la police des rassemblements anti-4è mandat, organisés tant par le mouvement citoyen Barakat ! que par la coalition des partis politiques boycotteurs, a effectivement pris la décision le 18 juin 2001 d’interdire toute manifestation publique en Algérie. Pour le staff de campagne d’Ali Benflis, le candidat ne tient pas une position contradictoire étant donné que la décision de son gouvernement « était temporaire et s’inscrivait dans un contexte particulier (ndlr celui du soulèvement des Kabyles en 2001). Elle avait vocation à prendre fin une fois le calme retrouvé », explique Mohamed Salim Moussaoui, joint par téléphone. La décision d’interdire les marches en Algérie, en vigueur encore aujourd’hui, fait également suite à la marche historique du 14 juin 2001, initiée par le mouvement citoyen des archs, qui avait vu déferler sur Alger près d’un million de personnes. Réuni en urgence, le gouvernement d’Ali Benflis avait décidé d’éviter l’escalade de la violence en « adoptant une mesure préventive. Elle aurait dû être levée. Mais ce n’était pas dans les prérogatives du Premier ministre d’abroger une telle décision. Il y avait un blocage à un niveau au dessus du Premier ministère », raconte le responsable presse du candidat à l’élection présidentielle 2014, sans désigner directement la Présidence de la République. « Aucun parti ne s’est indigné de cette décision ces dix dernières années. Pourquoi en reparle-t-on maintenant si ce n’est pour discréditer Ali Benflis et s’attaquer directement à sa personne? », interroge enfin Mohamed Salim Moussaoui, qui regrette que le débat présidentiel relève, pour le moment, surtout d’attaques personnelles plutôt qu’un débat d’idées.

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