La réalité du système de santé dans notre pays est aux antipodes des discours triomphalistes dont se gargarisent les responsables du secteur  à longueur d’année. Les malades souffrent le martyr dans les hôpitaux publics et ce, quand ils ont la chance d’être admis dans ces structures aux allures de mouroirs. Tizi Ouzou est l’une de ces wilayas où il ne fait pas bon tomber malade ou accoucher. D’ailleurs, beaucoup d’encre et de salive a coulé ces dernières années à propos de la gestion catastrophiques des structures de santé de cette wilaya. Mais les problèmes qui empoisonnent la vie quotidienne des citoyens ont, apparemment, la peau dure.

Cette semaine, c’est un couple de jeunes mariés qui a fait les frais de ce système de santé déliquescent. La gestion irresponsable de ces structures de santé, qui avait produit d’irréparables conséquences sur les patients, sévit toujours. En fait, le couple en question habite le village Agraradj, dans la commune d’Aghribs, dépendante de la daira d’azeffoun, à 42 km au nord du chef-lieu de wilaya. La parturiente avait alerté son mari à 20h sur la nécessité de l’emmener à l’hôpital. Celui-ci a pris la décision de la transporter immédiatement à l’hôpital d’Azeffoun. Une structure située à une trentaine de kilomètres de leur village. « L’hôpital d’Azeffoun s’est fait une réputation de structure qui fonctionne bien. Donc j’ai pris la décision de la transférer là bas, au lieu de l’hôpital Maghnem-Lounès d’Azazga, qui est situé à 7 km de chez moi. Ce dernier traîne une très mauvaise réputation », déclare Djamel, le mari de la parturiente.

Une fois à Azeffoun, les infirmières ont conseillé à la parturiente de rentrer chez elle, et de revenir trois jours plus tard. L’insistance de la jeune mariée, et ces douleurs n’ont pas eu raison du personnel de cet hôpital, qui s’est montré singulièrement intransigeant. Le couple de jeunes mariés a alors pris la décision d’aller à l’hôpital d’Azazga, malgré sa sinistre réputation et la qualité médiocre des services fournis par cet établissement de 272 lits. «Une cinquantaine de kilomètre à parcourir. C’est le plus proche de la localité d’Azeffoun », dira Djamel.

Aux environs de minuit, le couple débarque à l’hôpital Maghnem-Lounès d’Azazga. « J’ai demandé à ce qu’ils accueillent ma femme pour accoucher et…ils m’ont orienté vers Tizi Ouzou ». L’hôpital d’Azazga, deuxième pôle de santé dans la wilaya de Tizi Ouzou, qui couvre près d’une dizaine de communes, ne dispose pas d’un seul gynécologue de nuit. « C’est aberrant ! Je m’attendait à tout, sauf à cette réponse de leurs part. La seule chose qu’ils ont pu me faire, c’est une lettre de recommandation pour la clinique Sbihi de Tizi Ouzou », affirme Djamel, avec une pointe de colère.

A une heure du matin, le couple reprend la route pour rejoindre la clinique gynéco-obstétrique Sbihi de Tizi Ouzou, située à 40 km. Environs une heure plus tard, ils arrivent à la clinique avec espoir de trouver une place. Mais c’est sans compter avec l’esprit «je-m’en-foutiste» des infirmières de garde. Ayant présenté la lettre de recommandation, l’une des infirmière, « hautaine et dédaigneuse », assène au mari: «Eux, ils dorment la nuit, et ils nous envoient leurs malades ici ! ». Furieuse, elle lui donne, à son tour, une lettre de recommandation pour aller dans une clinique d’accouchements située à M’douha, toujours dans la ville de Tizi Ouzou.

«J’ai préféré encaisser toute ces humiliations et me concentrer plutôt sur ma femme souffrante. Je suis allé, comme on me l’a demandé, à la clinique M’douha », témoigne-t-il. Mais le calvaire du jeune couple ne voulait pas connaître son épilogue. « Une fois à la clinique de M’Douha, on m’a informé que la lettre de recommandation de la clinique Sbihi n’était ni signée ni cachetée. On m’a renvoyé une nouvelle fois dans cette clinique. Mais là, les employées ont refusé de signer cette lettre de recommandation qu’elles avaient elles-mêmes rédigée ». Et c’était la goutte qui a fait déborder la vase. « J’ai alors menacé d’aller déposer plainte illico, et leur faire porter la responsabilité de ce qui pouvait arriver à ma femme. J’ai menacé de saisir la presse et de porter à la connaissance de l’opinion publique leurs pratiques criminelles et hautaines envers les patients. Et c’est alors qu’une chef de service est enfin apparue. Celle-ci a décidé de prendre en charge ma femme et l’a enfin admise », témoigne-t-il.

«Ma femme a accouché trois heures après son admission et elle a été très bien prise en charge ; elle et notre bébé. Mais je trouve aberrant qu’en 2015, une parturiente soit obligée de parcourir environs 200 km, de nuit, en voiture, pour accoucher », conclut-il.