On connaissait les problèmes de la production algérienne de pétrole, et tout le monde s’inquiète maintenant de la demande européenne de gaz dont la baisse et la diversification de l’offre vont peser à terme sur l’industrie gazière algérienne. Plus généralement, toutes ces problématiques remettent en cause la politique énergétique de l’Etat algérien.  Quelles sont ses ambitions à long-terme dans ce secteur stratégique ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

L’exploitation du gaz naturel est un phénomène récent, et sa production mondiale a, d’ailleurs, augmenté de 28% entre 2004 et 2014. Les Etats-Unis et la Russie sont les deux premiers producteurs de gaz naturel. D’après Wikipedia, en 2014, la part mondiale de la production américaine était de 21.4%, alors que la production russe était quand à elle de 16.7%. Le pétrole et le gaz naturel étant souvent extraits des mêmes zones de production, avec des méthodes d’extractions similaires, l’Etat algérien aurait tout à fait intérêt à augmenter le rythme d’exploitation de ces ressources, voire à favoriser le gaz naturel sur le pétrole brut.

L’Europe préfère le gaz russe et norvégien 

Un peu partout dans la presse algérienne, on se plaint de la demande de gaz en baisse de l’Union Européenne, alors que les européens tendent, d’ailleurs, à préférer le gaz russe et la production norvégienne. On peut dans cette préférence des causes conjoncturelles : dans le dernier rapport de l’International Energy Agency est évoquée l’instabilité politique libyenne et la lente progression du développement des nouvelles ressources en Algérie, le manque d’investissement et les problèmes sécuritaires notamment avec les conséquences de l’attaque terroriste de Tiguentourine à In Amenas en 2013. Mais on peut aussi comprendre les sources structurelles de ces préférences : à la différence du pétrole, le transport du gaz naturel est plus complexe. Il faut des infrastructures spécifiques pour transporter le gaz d’un pays à l’autre, il peut être liquéfié mais les gazoducs continuent de rester le moyen de transport classique. Dans cette perspective, le russe Gazprom, d’après un article Bernard Lugan publié dans Reuters, « est en mesure de fournir à l’Europe le gaz russe entre 10 à 15% moins cher que celui produit par l’Algérie ».

Comme pour les autres secteurs de l’économie algérienne, la baisse des prix du pétrole devrait inciter l’Etat à diversifier la production de ses ressources énergétiques. La concurrence dans ces secteurs se fait de plus en plus forte, et les sous-entendus d’un article récent de l’agence Bloomberg, mettant en exergue le manque d’efficacité des diverses politiques d’exploitation du gaz algérien, sont donc surprenants, à l’heure où l’Etat algérien se doit d’être vif et dynamique.

Les marchés du gaz et du pétrole accueillent plein de nouveaux arrivants

Même si la production américaine était la plus importante dans le monde, les Etats-Unis n’ont jusqu’ici jamais joué un rôle important eu sein de l’Union Européenne. Mais la situation va probablement évoluer. La société américaine LNG (‘Liquefied Natural Gas’) cherche à s’implanter à long-terme en Europe pour concurrencer le russe Gazprom, dont l’importance économique a souvent pesé sur les intérêts stratégiques européens, et plus largement occidentaux, notamment au cours de la crise ukrainienne. La commission européenne et les régulateurs de la région voient, d’ailleurs, cette implantation d’un bon œil alors que la légalité de la stratégie de construction des gazoducs russes est régulièrement remise en cause.

La majorité des consultants de l’industrie du gaz considèrent donc que ce mouvement des américains va menacer la position russe sur le marché européen, alors qu’elle était dominante, et on peut dès lors s’interroger sur la place que prendra la production algérienne dans le futur, et la stratégie que l’Etat algérien adoptera pour protéger sa position. Augmenter la production ? Baisser les prix ? Se tourner vers d’autres pays demandeurs ? Vers les pays voisins ? Le gaz algérien pourrait-il s’offrir le luxe d’une politique africaine ? De plus, la nouvelle influence américaine risque de faire perdre un client au gaz algérien alors que la demande américaine représentait aussi une forte part des recettes de la Sonatrach.

L’Iran, le futur nouvel acteur régional 

En plus, au Moyen-Orient, comme tout le monde la sait, le marché du pétrole et du gaz va accueillir un tout nouveau protégé. Avec la fin des sanctions contre l’Iran, l’Etat perse est maintenant dans la mesure de proposer une myriade de projets de pétrole et de gaz naturel. L’Iran espère devenir un acteur régional majeur dans l’industrie gazière. Téhéran avait produit 172 milliard de mètres cubes de gaz en 2014 et espérait à l’époque doubler sa production à 365 milliards d’ici à 2016.

Cette nouvelle donne énergétique, la baisse de la demande européenne, l’arrivée sur le marché de nouveaux concurrents, amènent donc à nous interroger sur la politique énergétique algérienne. Quelle est dont la politique de l’Etat en la matière ? Les investissements souhaités par le gouvernement seront-ils suffisants pour maintenir les niveaux de production et affronter la concurrence internationale ? Le marché européen est-il le seul marché intéressant pour la production algérienne ? Plus généralement, le court-termisme ambiant est inquiétant. Y a-t-il une politique énergétique à long-terme, qui prenne en compte la fin tout à fait proche de la production pétrolière ? L’énergie solaire du Sahara est-elle considérée à sa juste mesure ? Tant de questions, si peu de réponses. Transparence politique, quand tu nous tiens…

Notez cet article