Une jeune femme jetée à la vindicte populaire parce qu’elle ne parle pas le kabyle. Haine, insultes, mépris, dénigrement et offenses. La jeune femme, élue Miss Kabylie, mais qui n’a pas parlé en kabyle sur un plateau de télévision, est depuis quelques heures l’objet d’une campagne d’une violence sans précédent. Son tort ? Ne pas parler le kabyle, la nouvelle langue sacrée pour certains de nos compatriotes. 

Ces gens haineux lui dénient donc le droit d’être Kabyle. Ils lui refusent, désormais, cette « qualité prestigieuse » et remettent en cause tout bonnement sa « kabylitité ». Elle ne parle pas notre langue ? Elle n’est donc pas de chez nous ! Le principe de cette équation est aussi simple aux yeux de ces pseudo-gardiens du temple identitaire, qui érigent leur langue en un principe sacré et inviolable. Ce déchaînement calomnieux, assumé le plus normalement du monde, par ses auteurs démontre, une nouvelle fois, que le racisme est ancré au plus profond de nous-mêmes. Celui qui ne parle pas ma langue n’est pas de chez-moi. Pis, il n’est pas membre de ma communauté et je lui conteste toute légitimité de partager mon identité. La langue, la religion, l’origine ethnique ou identitaire, s’imposent toujours dans notre pays comme les références absolues pour se situer dans un monde pluriel et diversifié.

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Et pourtant, de nombreux Algériens ne parlent pas le kabyle, mais sont Kabyles et le revendiquent avec fierté. Ne pas parler une langue ne signifie nullement être amputé d’une identité. Celle-ci est d’abord, et avant-tout, un sentiment d’appartenance avant d’être une simple question de langue. Je suis kabyle parce que je partage une histoire commune, des valeurs communes et un imaginaire commun et dont les origines remontent à plusieurs millénaires. Je ne cesse pas d’être kabyle parce que je ne maîtrise pas le kabyle. Le réductionnisme bête et méchant dans lequel certains ont voulu enfermer la jeune Miss Kabylie témoigne d’un régionalisme primaire, d’un repli sur soi archaïque. Ces attitudes dangereuses révèlent des sentiments extrémistes et insensés. En 2016, on exige d’une Miss, élue pour sa beauté et sa personnalité, de parler parfaitement la langue de ceux et celles qui ont bien voulu l’élire. Une Miss n’est pas une fonction politique. Elle n’est ni députée ni sénatrice. Elle n’a pas à représenter une population entière au plus sommet de l’Etat.

Et puis pourquoi ces chantres du « kabyle parfait et pur » n’ont pas adopté la même critique vis-à-vis de Zinedine Zidane, Zizou, la star mondiale du football, kabyle lui-aussi. Aucun de ces fanatiques ne lui conteste sa « kabylitié » parce qu’il ne parle pas le kabyle. Hypocrisie. Des milliers de chercheurs, sportifs et artistes d’origine kabyle ont réussi dans leurs domaines respectifs. La Kabylie doit-elle les rejeter parce qu’ils ne parlent pas le kabyle ?

En vérité, le fond du problème est que la Kabylie est minée ces derniers temps par des extrémistes séparatistes qui s’emparent de tout et n’importe quoi pour imposer une vision idéologique raciste de l’identité kabyle. Ces partisans de la dislocation du pays, cultivant un grégarisme obéissant à des pulsions racistes, veulent à tout prix diviser la société algérienne pour précipiter la dislocation de l’Etat national et édifier le leur sur ses ruines. Il est temps de dénoncer ces extrémistes qui se cachent derrière la lutte pour l’identité amazighe qui n’a guère besoin de leurs manigances pour s’épanouir. Elle a plutôt besoin d’ouverture et de tolérance pour s’imprégner d’universalité. Et la jeune Miss Kabylie représente certainement beaucoup mieux la Kabylie que ces séparatistes racistes qui travaillent pour le démembrement de notre pays.