Scientifique ou spécifique, qu’importe, l’essentiel est que le pays avait quelque chose à réaliser. Et il le faisait tant bien que mal. Pour nous soutenir dans notre courageuse action, l’ex.

Union soviétique avec laquelle nous avions certaines affinités politiques et des intérêts économiques, suivait de très près nos valeureux pas dans la construction de ce socialisme qu’elle voulait comme un solide socle pouvant contribuer à consolider son bloc idéologique contre le bloc capitalo-impérialiste dont les USA étaient la tête de pont.

Pour mieux étudier les différents instruments qu’utilisait l’Algérie pour se construire, le Kremlin avait cru bon d’y envoyer en mission spéciale un éminent économiste.

Cet expert qui avait derrière lui de nombreuses années de pratique  » laborieuse  » et des tonnes de thèses sur la macro et la micro économie, était resté en Algérie un certain temps. En fin de mission, il était rentré chez lui pour rendre compte de ce qu’il avait vu et appris en Algérie.

Dans son rapport à ses chefs, il avait noté, entre autres « belles » choses : « J’ai vu plus de monde dans les cafés que dans les bureaux. J’ai vu des usines qui produisaient des « choses » alors qu’elles ne respectaient aucune norme économique.

J’ai vu une administration qui fonctionnait sans administrateurs et une agriculture qui produisait la pénurie. J’ai vu un théâtre sans auteurs, un cinéma sans cinématographie et un sport sans stades. En un mot comme en mille, de toute ma vie, je n’ai rien vu de tel.

En conclusion, je demande au camarade supérieur de m’accorder une autre mission pour vérifier sur le terrain une nouvelle théorie que les Algériens appellent « Qodrat Allah » et qui fait que personne ne travaille mais aucun ne meurt de faim ». Autres temps, mais les mêmes moeurs.

Pire : De nos jours les mêmes reflexes subsistent même s’ils ont été renforcés par d’autres, autrement plus « sciants » ! Nos cafés sont toujours mieux remplis que nos bureaux.

Nos usines sont fermées. Notre administration ne forme plus que des bureaucrates, nos écoles des ignares et nos universités des chômeurs. Les fléaux sociaux se sont multipliés. Les dilapidations des deniers publics se sont affinées pour atteindre le must en la matière.

De par leur doigté et leur génie, nos escrocs-mystificateurs sont cités en exemples et sont même dragués par les firmes internationales (cas du « jongleur » Farid Bedjaoui à qui des magnats américains du pétrole offrent une confortable situation).

La contrebande sévit aux frontières où tout est transbahuté vers l’étranger : denrées alimentaires soutenues par l’Etat, gasoil, cheptel, déchets ferreux, fils de cuivre…la maffia politico-financière enserre le pays, les détournements essorent la vache des orphelins, les pétrodollars sont transvasés vers l’étranger…mais malgré tous ces fléaux et d’autres, le pays demeure encore debout. Irrésistiblement debout.

Se poserait alors et tout naturellement, la question de savoir ce qu’aurait eu à dire le même éminent économiste russe s’il était envoyé, chez nous, de nouveau, pour la même mission ? Aurait-il à écrire dans son rapport de fin de mission « Qodrat Allah » ou « Qodrat el pétrole  » ?

Lu sur La Tribune des lecteurs