En Tunisie, mais aussi ailleurs dans le monde civilisé, la femme est officiellement l’égale de l’homme. C’est constitutionnellement consacré dans certains pays. Il reste qu’il y a loin de la théorie aux faits; car sur le terrain, on est bien loin de cette vérité incontestable, et qui est aussi une nécessité vitale pour réaliser le saut qualitatif vers une société qui soit concrètement et non nominalement égalitaire.

Pourtant, dans les têtes, d’une manière informelle, l’égalité est assumée et admise; il y a juste le milieu de contraintes religieuses et morales qui amène à s’y opposer dans une sorte de conformisme néfaste. C’est ce qui donne l’impression que les sociétés arabes musulmanes, au Maghreb notamment, sont conservatrices, alors qu’elles ne sont que labiles, s’adaptant excessivement au milieu dans lequel elles vivent avec ses tares et ses obligations.

Rompre avec l’intégrisme machiste

Voici donc une proposition qui tient compte de l’importance du facteur religieux dans nos pays maghrébins et la formation d’un tel conformisme. Elle aura pour conséquence de révolutionner les mentalités en usant du levier de la religion, bien incrustée chez le Maghrébin et ce, moins comme culte que comme culture et trait identitaire.

Il s’agit de commencer par rompre avec cette tradition contraire à l’esprit égalitaire de l’islam dans nos mosquées et qui  consiste à séparer les femmes des hommes, les cantonnant même à l’arrière. Il s’agit ensuite de répudier cette autre violation des visées correctement interprétées de l’islam consistant dans le refus que la femme soit imam dans nos mosquées.

Il est impératif que les gouvernements au Maghreb encouragent la formation d’imams femmes et en nomment de suite parmi celles qui le méritent dans nos mosquées soumises à un fâcheux machisme. Car c’est la femme, déjà le futur du Maghreb, qui assurera l’avenir  de l’islam tolérant et humaniste.  Effectivement, elle est généralement et plus facilement mieux attachée que les hommes à la spiritualité de notre religion et moins dogmatiques qu’eux.

Pour une femme imam et mufti !

Et on ne le dira jamais assez,  l’islam est venu élever le rang de la femme et non pas l’abaisser. Aussi, quelle meilleure preuve d’en prendre acte que d’avoir en Algérie, au Maroc et en Tunisie des femmes officiant dans les mosquées en tant qu’imams? Et pourquoi pas une femme mufti, la plupart des occupants de la charge, comme l’actuel en Tunisie, ayant démontré leur incapacité à honorer l’islam, ne serait-ce que par une misogynie évidente chez le mufi tunisien.

Rappelons que du temps de la gloire de la civilisation de l’islam, en ses heures radieuses, on a vu les femmes élevées à la plus grande dignité de juge des juges, fonction chapeautant tous les grades religieux en islam.

Il est sûr qu’avec des femmes imams et/ou une femme mufti, on ramènera plus rapidement nos mosquées à une juste et correcte lecture de notre fi, notamment celles qui sont d’ores et déjà gagnées par le démon intégriste qui, comme on le sait, est machiste dans l’âme.

Ainsi, la femme arabe musulmane au Maghreb, libérée et cultivée, toujours en quête de dignité — ce qui en pousse certaines sur les chemins de traverse, quels qu’ils soient —, pourra éviter de glisser dans l’intégrisme machiste.

Elle réussira même à contrer la dérive wahhabite actuelle en réintroduisant dans la religion, défigurée par une lecture antéislamique, une veine libertaire et une féminité plus spiritualiste conformes à l’humanisme islamique originel.